De Londres ce xxiiȷe d'avril 1569.
PROCLAMATION DU COMTE DE MURRAY.
Certaines Paroles contenues en une proclamation faicte en Escoce par le commandement du Comte de Mora, Régent, au nom du petit Roy.
Sathan et ses ministres ne voulans obéyr à la volonté de Dieu ne à ses ordonnances, mais tachans toutjour à se rébeller contre icelle ont trouvé nouveau moyen de donner conseil et persuader la Royne, notre Mère, de passer au royaulme d'Angleterre, et là, se plaindre, à la Majesté de la Royne d'Angleterre, de notre Régent et autres de notre noblesse, les accusant de crime de trayson, sur ce qu'ilz ont faict pour l'establissement de notre couronne royalle, et sur la détention de la personne de la Royne, notre Mère, dedans Lothlvin;
Et prétendans esmouvoir le cueur de la dicte Royne d'Angleterre, et autres princes estrangiers, à trouver mauvais notre couronnement et le bon et saint gouvernement de notre dict Régent, et, à ceste cause, introduire des estrangiers dedans notre royaulme pour le mettre en grand trouble, notre dict Régent, avecques la noblesse, a esté contrainct, pour la garde de notre dict royaulme et repoz d'icelluy, passer en Angleterre, et là, par devant la Majesté de la dicte Royne d'Angleterre, se purger et justiffier du crime qui leur avoit esté faulcement imputé;
Et ainsy que la nature de la vérité est de se fère toutjour cognoistre, d'aultant que Dieu mect en fin toutes choses en évidance, après longues et dilligentes preuves qu'ilz ont faictes devant la dicte Royne d'Angleterre, et ses commissaires, et devant la plus part de sa noblesse, il a esté trouvé, prononcé et déclairé que notre susdict Régent, et noblesse, ont très justement et honnorablement procédé en notre susdict couronnement, et en tout ce qu'ilz ont faict pour la revenche et punissement de notre oncle et du murtre de notre très cher père, et de tout ce qui en deppend, et qu'ilz n'ont faict rien qui ne soit honneste et juste à ung vray subject, y estantz obligez pour apaiser l'yre de Dieu et pour le bien public de leur pays natif;
Et partant je les absoulx de l'acusation, et tel est nostre playsir, sans révoquer l'authorité de notre Régent, affin que les yeulx des perplex ne soient poinct rempliz de mensonges et que la vérité soit déclairée par nous et les seigneurs de notre conseil privé, aussi bien devant Dieu que devant le monde:
C'est assavoir qu'il est véritable que le Régent et la susdicte noblesse, pour leur deffance, pour notre couronnement, en ce qui toche leurs honneurs et vies, ont esté contrainctz, avec solemnelle protestation, de manifester et déclairer la vérité que la Royne, notre Mère, a esté participante du murtre et qu'elle a advancé et faict dons, incontinent après, à notre oncle le comte Baudouel, connu le vray autheur du faict commiz, luy donnant terres et offices, joignant sa personne en mariage avec le susdict traistre tirant, comme il a esté suffizamment vériffié par devant la Royne d'Angleterre et sa noblesse, par les lettres escriptes de la propre main de la dicte Royne et notoirement prouvées.
LETTRE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A LA ROYNE D'ESCOCE.
—du dernier de mars 1569.—