L'évesque de Rosse estant naguières arrivé, de la part de la Royne d'Escoce, a esté bien receu de ceste Royne et des seigneurs de son conseil, et a proposé à la dicte Dame que, veu l'estat des affères de sa Mestresse, elle luy veuille promptement bailler son, tant de foys promis et tant espéré, secours pour estre remise en son estat, ou bien luy permettre d'en aller procurer ailleurs. Sur quoy elle ne luy a encores respondu, seulement luy a dict, en passant, que luy mesmes n'estimeroit raysonnable qu'elle la layssât passer en France pour aller trouver ceulx qui l'avoient, à ce qu'elle dict, autreffoys conseillée de luy quereller sa couronne, et il a répliqué qu'il failloit donques qu'elle s'y employât si bien qu'il ne fût besoing de recourir à nul autre prince. L'on est après à y dellibérer.
L'assemblée de l'Islebourg, à ce que j'entendz, a eu telle yssue: qu'ayant la Royne d'Escoce, jouxte l'adviz que je luy donnay d'escripre incontinent à ceulx de son party qui s'y debvoient trouver, envoyé bien à propos ses lettres, elles y arrivèrent, le propre jour de l'assignation, et eurent tant d'efficasse qu'estant la tenue remise au lendemain pour la révérence du jour de Pasques, le duc de Chatellerault fut meu de si grand repentance qu'il ne cessa, toute la nuict, de pleurer, et mylord Herriz tumba mallade, et, tant ces deux que les autres principaulx du party de la dicte Dame ne vollurent, le lendemain, rien accorder ny mesmes entrer en l'assemblée; dont le comte de Mora, frustré de son espérance, recourut aulx menasses et en fin les fist constituer prisonniers et mettre dans le château; mais il n'a peu encores tirer autre chose du dict duc, sinon qu'il conduyra sa teste jusques au poteau plus tost qu'il recognoisse autre pour son souverain que la Royne, sa Mestresse. Et j'entendz que les comtes d'Arguil, de Hunthely et d'Atil sont si fortz, vers le Nort, qu'ilz y font entièrement obéyr la dicte Royne; ilz craignent toutesfoys bien fort que le chateau de Donbertan soit contrainct de se rendre, par faulte de vivres, qui est leur principalle espérance, dont désirent qu'il y puisse aller quelque rafreschissement, de France, dans la fin de ce moys; et croy que c'est, à ceste heure, le plus important et le plus hasté ez affères de la dicte Dame. Sur ce, etc.
De Londres ce vıe de may 1569.
A la Royne.
Madame, je n'ay rien, à présent, qui soit pour estre commiz à une ordinaire dépesche, que ce que Votre Majesté verra en la lettre du Roy; oultre laquelle je ne vous diray, Madame, sinon que la Royne d'Angleterre est, à présent, bien fort agitée pour les divers succez des choses de France, à cause du passaige du duc de Deux Pontz par deçà la Sône et pour la venue de ces nouveaulx messagiers de la Rochelle, lesquelz, tout ainsy que pour mon regard je la sollicite de se porter droictement en la cause que vous pourchassez pour le recouvrement de l'obéyssance de voz subjectz, qui est bien fort convenable à sa qualité de Royne, eulx, et les depputez des princes d'Allemaigne, la sollicitent de ne laysser deffinir la cause de sa religion par les armes, sans y opposer les siennes, et s'esforcent, par plusieurs aparans argumens, l'attirer à leur intention, avec l'assistance de ceulx d'auprès d'elle qui les favorisent; et je la retiens, d'autre part, par le moyen du respect qu'elle porte à Voz Majestez, avec le support d'aulcuns autres des siens, qui m'aydent à luy fère bien recepvoir mes remonstrances. Tant y a qu'il se cognoist assés qu'en fin le Roy et Vous, Madame, n'avés à espérer de ce costé, ny, comme je croy, de celluy de voz aultres plus estroictz aliez, qu'aultant que la bonne conduicte et prospérité de voz propres affères les retiendra en votre amytié et intelligence; car, certes, ilz tendent toutz à advantaiger leurs propres affères, mesmes il semble qu'ilz serchent d'en fère l'establissement sur les évènementz de votre royaulme, comme sur ung estat qui ne peult, tant que ces malheureux troubles et divisions dureront, estre que tout ouvert et exposé à l'injure de tout le monde.
La dicte Dame, par aulcuns siens propos, lesquelz seroient longs à mettre icy, monstre avoir adviz, de plusieurs endroictz, que, si ce mal ne s'achève bien tost ou ne se divertit ailheurs, qu'il est pour vous attirer toutes les aultres guerres de la chrestienté en votre royaulme, et semble bien qu'elle vous en vouldroit veoir deschargez. Je métray le plus de peyne que je pourray de garder qu'il ne vous viègne guières de mal de ce costé, ou poinct du tout, s'il est possible, et au moins de vous tenir toutjour bien advertye des desseings et pratiques, que je descouvriray qu'on mènera pour vous en fère, et sur ce je suplieray le Créateur, etc.
De Londres ce vıe de may 1569.
XXXVe DÉPESCHE
—du xııe de may 1569.—