Le faict de la dicte Dame iroit plus mal sans le support du duc de Norfoc et du comte d'Arondel, qui, oultre ce qu'ilz ont remonstré vifvement les droicts de ceste princesse en ceste conférance, ilz ont encores représenté à la Royne, leur Maitresse, qu'en laissant opprimer ceste princesse à ses subjects, elle préparait contre elle ung mauvais exemple aux siens.

La garde de la personne de la dicte Dame a esté reffusée au comte de Hontinton, comme suspect à elle, et a esté commise au comte de Cheirosbery, grand seigneur vers le nord et bon catholique, et à qui aussy le chateau de Thitbery, où l'on a ordonné de la remuer, apartient en propre.

Tous les Escouçois, qui sont ici, ont esté arrestez, mesmes le duc de Chatelleraut et le comte de Mora, jusques à ce qu'on aura notiffié à la dicte Royne d'Escoce toute la procédure qui a esté faicte jusques icy, et qu'on aura heu sa responce, de quoy le comte de Mora monstre n'estre contant.

L'évesque de Ross estime qu'il feroit grand bien à la dicte Dame que Leurs Majestez escripvissent à ceste Royne quelques bonnes lettres de recommandation et de mercyemant pour la peyne qu'elle a prins de vacquer et faire vacquer son conseil à l'expédition des affaires de la dicte Dame, la pryant d'y mettre bientôt une bonne fin, de peur qu'il ne surviengne quelque inconvéniant à la personne et à l'estat de ceste princesse, se voyant si long temps détenue où elle est, et si long temps absante de son royaulme, et que, quant le secours que la dicte Royne d'Angleterre luy a promis lui deffaudroit, que Leurs Majestez s'esforceront, parmy leurs grandes affères, de luy bailler le leur.

Proposition de L'évesque de Ross, et autres depputez de la Royne d'Escoce, baillée, par escript, en langaige escouçois, à la Royne d'Angleterre, et traduicte, comme l'on a peu, en françois.

Plaise à Votre Majesté combien qu'en notre réplique, faicte à Yorc, contre la fainte et controuvée responce du comte de Mora et ses adhérans, ayans esgard à la charité et à la clémance de laquelle la Royne, notre Maitresse, se délibéroit d'uzer envers eulx, nonobstant leur déloyauté et forfaicts, pensant en cela faire plaisir à Votre Majesté, les voulant à votre instance réunir au corps et reppublique de laquelle notre Maitresse et souverayne est chef, duquel s'estans par leurs trop diligentes, et subtiles, et fauces inventions séparez, ilz ne méritoient estre ouys ni receus; nous répliquasmes, froidemant et doulcement, mais véritablement, sans railler ou les provoquer à injure quelconque, comme maintenant ils alléguent injustement et sans occasion. Après cela il a pleu à Votre Majesté, pour vous mieulx satisfaire à vous mesmes, et à celle fin que les causes de notre souveraine fussent mieulx entendues, de révoquer la dicte conférance, icy, devant vous et tels de votre conseil privé qu'il a pleu à Votre Majesté depputer pour ce faict; en présence de qui nous avons exibé une protestation par laquelle avons protesté qu'on n'eust à toucher la couronne, estat, personne ny honneur de la Royne, notre Maitresse, et que n'entendions nullement procéder judicialement: laquelle protestation a esté par eulx admise et trouvée raysonable. Mais l'usurpation est si proffondément enracinée dedans le cueur du dict conte de Mora et des siens, et leur malice est tant endurcye et si grande, que, contre le debvoir naturellement deu à leur souverayne, par la libéralité de qui ilz ont esté toutz advancez et faictz grandz, et aussy contre leur protestation et la vraye intention de ceulx qui ont procuré ceste conférance, ilz ont faucement advancé contre l'honneur de la noble personne de la dicte Royne, leur souveraine, pensant péner le droict et dignité de son estat et couronne, tendant jusques à la ruyne de son corps, par quoy eulx ayant perversement de leur part violé, rompu ceste conférance, et que la Royne notre Maitresse ne pourroit jamais cy après uzer de clémance envers eulx, comme aussy leurs indignitez le requièrent, nous, pour notre part, en considération desdictes causes, avons juste occasion de rompre et dissoudre la dicte conférance. Et considéré leurs injures et façon de procéder, qui est intollérable, semant cy devant secrètement leurs fauces inventions et faulx scandalle contre l'honneur de notre Souverayne, et à présent publiquement et désespérémant, ne pouvant autrement trouver moyen de couvrir leurs exécrables trahisons et malheureux actes, nous ne pouvons tant oblyer le debvoir que devons, premièrement, à Dieu, et, après, à notre dicte Souveraine, que de laysser si légèrement passer leurs pernicieulx, détestables faictz avecques silance. Mais d'autant que ceste cause touche de si près à l'honneur et estat de la Royne, notre Maitresse, joint que nous avons exprès commandemant de Sa Majesté que, en cas qu'il soit proposé, icy, autre chose que ce qui a esté exposé à Yorc, qui touche à sa couronne, estat, personne et honneur, de demander que ce soyt votre plaisir que, d'autant que le dict comte de Mora et les autres rebelles ont déjà obtenu présence de Votre Majesté et ont esté admis devant voz commissaires pour calompnier son honneur, que le mesme soyt accordé à Sa Majesté. Par quoy humblemant, et affectionnéement, desirons qu'il soyt permis à notre dicte Souveraine de venir, icy, en propre personne, pour, en votre présence, devant toute votre noblesse, et aussy en présence de toutz les ambassadeurs, résidans icy en votre royaulme, déclairer son innocence, et aussi pour faire entendre à Votre Majesté les faulxes inventions et calompnies de ses rebelles, pour la deffence de son honneur; à celle fin que Votre Majesté, et tous autres princes, et bons subjects, ausquelz la cognoissance de ceste conférance pourroit parvenir, soient mieulx satisfaitz. Et nous ne dobtons que, par l'advis de votre plus honorable et plus sage conseil, Votre Majesté ne nous accorde notre demande, veu que toute équité et raison requiert qu'il soit plus tôt permis à Sa Majesté (estant, comme en effect elle est, princesse libre, et qu'elle est venue en cestuy votre royaume sur la confiance que Sa Majesté a heu qu'elle, qui est votre bonne seur et plus proche cousine du monde), de venir en présence de Votre Majesté pour déclarer son innocence, que d'avoir permis à sesdicts rebelles de faucemant calompnier son honneur en son absance. Nous desirons aussi, au surplus, que, puisque des rebelles ont entreprins de faucement et témérayremant accuser Sa Majesté contre le droict de Dieu et nature, elle estant leur Souveraine et Maitresse, que, par authorité de Votre Majesté, ilz soient arrestez icy pour respondre aux crimes qui leur seront mis sus, et qu'il plaise à Votre Majesté nous donner response, affin que, selon que notre devoir le commande, et que l'exprès commandement de Sa Majesté le requiert, nous luy donnons advertissement de ce que nous sera respondu.

Ce que l'évesque de Ros a comprins, de la response de la Royne d'Angleterre, sur sa protestation baillée en langaige escouçois, et traduict en françois, comme l'on a peu.

A Hantoncourt, le xvıe de décembre 1568.

Le sommaire de la response faicte par la Majesté de la Royne d'Angleterre à l'évesque de Ros, lord Boyd, lord Heris et l'abbé de Kylindin, en la présence de Mr. le garde du grand scel, le duc de Norfoc, le marquis de Norhampton, le comte de Suesex, Bethford et Lestre, le Sr. Clinton admiral, et le lord Havard chamberlan, Sr. Guillaume Cecile chevalier, premier secrétaire, Sr. Raff Sadelle chevalier, chancelier de la duché de Lenclastre, et Sr. Vualter Videlmar chevalier, chancelier de l'eschiquier, a esté que la requeste, par nous présentée à Sa Majesté, tendoit à deux points:

Le premier, qu'il fust permis à la Royne, notre Maitresse, venir, en personne, en présence de la Majesté de la Royne pour, là, pouvoir respondre à toutes et telles choses qui pourroient être objectées à l'encontre d'elle;