XVIIIe DÉPESCHE

—du xve de février 1569.—

(Envoyée par Nicolas Estoo, chevaulcheur.)

Assurances de paix données par le conseil de la reine.—Nouvelles réclamations contre la saisie de Rouen et l'arrestation de plusieurs Anglais à Bordeaux.—Le sieur d'Assoleville est autorisé à communiquer avec l'ambassadeur d'Espagne.—Marie Stuart au château de Tutbury.—Troubles en Irlande.—Mesures prises par le conseil à l'égard du comte d'Oxford et de milord Southampton.—Proclamation de la reine ordonnant aux Anglais de se tenir prêts à prendre les armes.

Au Roy.

Sire, ayant conféré avec les seigneurs de ce conseil sur les particularités que la Royne d'Angleterre m'avoit, en ma dernière audience, renvoyé à eulx, ilz m'ont en général confirmé les mesmes propoz de leur Mestresse de vouloir persévérer en la bonne paix qu'elle a avec Vostre Magesté, et qu'il ne fault que vous teniez suspect l'armement qu'elle faict, ny celluy d'aulcuns particuliers, ses subjectz, qui se fera par son commandement; car voyant ses voysins en armes, et ne voulant laysser les siens désarmés, elle considère davantaige que ses affères avec les Pays Bas demeurent en tel suspens qu'elle a grand occasion de se pourveoir; mais qu'il ne fault craindre que vous viegne mal ny dommaige d'aulcune entreprinse, qui procède de son costé. Il est vray qu'elle ne peult, à ce qu'ilz disent, remédier en ce temps à ung grand nombre de pirates qui courent la mer, desquelz ne veulent nyer qu'il n'y en ayt aucuns Anglois; mais la plus part sont Françoys, Escossoys, Flamans et saulvaiges Irlandoys, dont estiment toucher aussi bien à Vostre Magesté d'en purger la mer, comme à elle, et que j'avois desjà veu l'ordonnance qu'elle, pour son regard, avoit faict fère contre eulx, en faveur de vos subjectz.

Et, touchant la saisye de Roan, et détention d'aulcuns Anglois à Bourdeaux, qu'elle ne vous avoit donné aulcune occasion de ce faire, ayant toutjours esté prompte de faire avoir rayson à ceulx de voz subjectz, qui avoient eu recours à elle et à sa justice; dont prenoit pour ung grand attemptat ce que l'on avoit ainsi exécuté contre ses subjectz, et qu'elle actandoit vostre déclaration, là dessus, dans les quinze jours qui avoient esté arrestez entre nous, lesquelz seroient tantost passés, pour, puis après, y pourveoir de son costé.

Et, quant à la révocation que je demandois de l'ordonnance, qui avoit esté faicte, d'arester les navyres bretons qui aborderoient de deçà, que cella avoit esté une procédure de justice pour aulcuns Anglois et Irlandoys qui faisoient apparoir que les dicts Bretons les avoient pillés, et n'en avoient peu avoir raison en France; se prouvant manifestement que le juge participoit au butin et pillage. Par ainsi me prioyent fère en sorte qu'on pourveust en France à l'indempnité des Anglois, et qu'on pourvoirroyt très bien icy à l'indempnité des Françoys.

Je leur remonstray que, despuis le dernier tretté de paix, vous n'aviez, directement ny indirectememt, usé que de tous bons déportemens de paix et d'amytié envers la Royne leur Mestresse, ce qui n'avoit esté de mesmes observé d'elle envers vous, ayant assisté et donné support et faveur en plusieurs sortes à ceulx qui vous menoient la guerre dans vostre royaulme, et tenu la main à infinyes pilleries qui s'estoient faictes en mer sur voz subjectz, d'où ne failloit dobter que ce commancement d'altération n'en fût procédé; mais que elle et eulx depposassent, de bonne foy, toutes ces simultés, et ilz pourroient estre certains de joyr d'une aussi entière et asseurée paix avecques vous et avecques vostre royaulme, comme ilz le sçavoient desirer.