Il n'a esté rien touché, despuys mes précédantes, aulx choses des Pays Bas, sinon d'avoir envoyé inventorier et mectre soubz la main de justice tous les biens des subjectz du Roy d'Espaigne, qui ont esté arrestez en ce royaulme. Mais estant cejourduy revenu le courrier, que les ambassadeurs avoient dépesché devers le duc d'Alve, je croy que bien tost l'on procèdera à les ouyr et à résouldre toutes choses de ce costé. Ceulx cy couvrent et excusent les faictz de leurs pirates, et les aultres armemens de ceste Royne et des particulliers de ce royaulme, soubz l'incertitude et doubte de la guerre avec les dicts Pays Bas et avec l'Espaigne, tant y a qu'ilz me promectent que, aussi tost qu'on aura bonne responce de Vostre Majesté sur la saysye de Roan, qu'ilz pourvoirront si bien au faict de la mer que voz subjectz n'en sentiront aulcun dommaige et qu'ilz pourront plus seurement, et librement, trafiquer et naviguer, qu'ilz ne firent jamais.
Au regard de la Royne d'Escosse et de ses affères, la dicte Dame m'a escript, du xiiȷe de ce moys, et m'a faict communicquer une lettre qu'elle a escript de mesmes datte à ceste Royne, par la coppie de laquelle Vostre Majesté entendra mieulx la disposition d'elle et la vertueuse résolution qu'elle prend de son faict, que ne feriez par ung récit à part; dont n'adjouxteray rien plus, icy, que une prière à Dieu, etc.
De Londres ce xxe de février 1569.
L'on me vient d'advertir que, du bon vent de hier après midy, au retour de la marée, les susdicts quatre grandz navyres de ceste Royne sont sortiz de ceste rivière et sont sur le Pas de Callays.
A la Royne.
Madame, depuis huict jours en çà, que la Royne d'Angleterre est venue en ceste ville de Londres, l'on a commancé d'y terminer les jours de sa justice, ainsi qu'il est de coustume de le fère toutz les ans en ceste sayson, et entre les causes qu'on y a expédiées il y en a eu aulcunes du faict de la religion touchant certain petit livre, que l'université de Louvain avoit envoyé par deçà en langaige du pays, confutant aulcunes opinions des ministres, lequel livre ayant esté bien receu et accepté d'aulcuns gentishommes, ilz ont despuis publié le contenu, dont il en a esté prévenu huict d'entre eulx pardevant la dicte justice, qui ont soubstenu constamment l'opinion du dict livre, et cuydoit on qu'il s'en deust veoir quelque exemplaire punition, car la matière estoit bien affectée; mais ilz ont esté seulement condampnés en amandes pécuniaires, en suspention d'estatz et à tenir l'arrest jusques à satisfaction. A quoy mesmes les grandz du conseil n'ont vollu assister, lesquelz, pour n'intervenir à la dicte cause, ny à celle des deniers d'Espaigne, ny à la proposition du Sr. Du Doict pour ceulx de la Rochelle, ny encores à aulcuns faictz de la Royne d'Escoce, ilz ont, dix jours durant, faict les mallades en leurs logis, layssans conduyre au secrétaire Cecille toutes ces choses à son playsir; mays n'ont layssé de monstrer et fère entendre au peuple qu'ilz n'en aprouvoient rien, dont ne fault doubter que ce ne soit comme une desjà formée division dans ce royaulme, et les signes en ont esté aparans au faict des dicts huict gentishommes qui, se sentans bien fermement supportez des catholiques, ont monstré qu'ilz ne craignoient guières l'apparante auctorité des aultres. Et le mesmes s'est veu à l'arrivée des réalles d'Espaigne en ceste ville, où aulcuns ont monstre qu'ilz avoient grand pleysir de veoir serrer le trésor espaignol dans la Tour de Londres, et d'aultres avec regrect ont dict que c'estoit quatre vingtz et quinze brandons, car aultant y avoit il de charges d'argent, qui allumeroient bien tost la guerre dans ceste isle.
Il y en a beaucoup aussi qui détestent les pratiques, que ceulx cy mènent avec ceulx de la Rochelle, et les entreprinses de ces pirates, ce qu'ilz font de tant plus ardiment qu'ilz voyent que ceste Royne, et ceulx de son conseil, n'en advouent rien, et cella rend aulcunement difficiles les choses au cardinal de Chatillon et à Cavaignes, qui sont contrainctz de les conduyre en leur nom; et n'est sans qu'ilz y sentent du réfroydissement, et souvant, de la contradiction. Mais encores est l'on plus bandé sur le faict de la Royne d'Escoce, car n'y a matière plus vifve dans le cueur des grandz, ny plus affectée de presque tous ceulx de ce royaulme, que celle de la restitution ou de la ruyne de ceste princesse. Dont la division de la religion donne grand force à tous ces partys, mais l'ambition sera celle qui en esmouvera le débat; de quoy, Madame, je mectray peyne de vous mander, d'heure à aultre, ce qui s'en manifestera, estant assés que compreignés maintenant, par ce peu que je vous en mande, et par le contenu de la lettre du Roy, ce que, en général, je vous puys dire de la présente disposition des choses de deçà.
Il est venu quelque adviz en ceste court qu'ayant le Roy d'Espaigne mandé au duc d'Alve de luy envoyer ung nombre de soldatz pour s'en ayder en la guerre que les Mores luy ont esmeue vers Grenade, que le duc luy a dépesché, par mer, ung de ses filz avec sept centz hommes d'élitte seulement, luy mandant qu'encor qu'il actande bien tost le recommancement de la guerre, où il aura besoin de toutes ses gens, qu'il luy envoye néantmoins son filz, et l'expose à ung manifeste danger avec aultant d'hommes de guerre, comme il le peust à présent secourir, ce que ceulx ci estiment estre vray; mais je ne veoy qu'il y ayt fondement de le croyre, et, en cest endroict, je supplieray le Créateur qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce xxe de febvrier 1569.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.