Charles IX refuse de s'établir médiateur entre l'Angleterre et l'Espagne.—Négociations de l'ambassadeur d'Espagne pour obtenir la restitution du trésor saisi par Élisabeth.—Prises faites par les Anglais.—Liste des capitaines de réputation qui se disposent à se mettre en mer.

Au Roy.

Sire, bien peu d'heures après ma dépesche, du xxıe du présent, je receuz celle qu'il avoit pleu à Vostre Majesté me fère, de Joynville, le ixe auparavant, toute en chiffre, en laquelle j'ay comprins vostre desir sur les affères d'entre ce pays et les Pays Bas, lequel je mectray peyne d'accomplir, ainsi que je le verray bien à propos, et comme j'avois desjà commancé de le fère, n'ayant esté mon intention que fissiez office de médiateur en cella, sinon pour vous obliger l'ung party et l'aultre en ung faict duquel, aussi bien, ilz demeureront d'accord; et affin aussi qu'estant la matière une foys venue en voz mains vous la menissiez, ou au tard, ou au long, ainsi que le bien de vos affères le requerroit, et eussiés cependant ung gaige pour vous fère requérir et observer des deux costés. En quoy, possible, se fut trouvé moyen de fère passer plus avant les choses, que je crains qu'elles ne feront.

Tant y a que j'yray, du premier jour, veoir ceste Royne, et mettray peyne de descouvrir si son intention en cella est conforme à la démonstration qu'elle et ceulx de son conseil en font; car les deniers d'Espaigne sont toutjours resserrés en la Tour, ausquels toutesfoys l'on ne touche point, et le Sr. d'Assoleville, encor que despuys le retour du corrier qu'il avait envoyé au duc d'Alve ayt eu permission de communiquer de rechef avec l'ambassadeur d'Espaigne, ilz ne sont toutesfoys, l'ung ny l'aultre, en termes d'estre encores ouys de ceste Royne. Vray est que le dict d'Assoleville a esté devers le mylor Quiper, garde des sceaulx, et le secrétaire Cecille a esté devers luy, mais il ne leur a exposé sa charge, sinon en général, c'est qu'il estoit venu procurer la délivrance des deniers, comme, à la vérité, il semble que luy et le dict ambassadeur d'Espaigne ne prétendent que de les avoyr et de dissimuler toutes aultres injures, mesmes, si ceulx cy sçavoient tenir bon, je croy qu'il se contanteroit de la seule asseurance des dicts deniers plus tost que de venir à nulle ropture.

La responce que le susdict ambassadeur d'Espaigne avoit faicte à la proclamation de ceste Royne, dont vous envoyay naguières la coppie, a esté traduicte par quelcun en langaige de ce pays, qui l'a publié avec des additions telles, que ceste Royne et tous ceulx de ce conseil en sont fort escandalizés et en ont faict enquérir, dont plusieurs notables personnaiges en ont esté envoyés en pryson, ce qui monstre qu'il y a une bien aspre division, bien que encores lattante, dans ce royaulme.

Cavaignes et Du Doict font grand dilligence, et la font fère aussi par leur faulteurs, de trouver deniers par deçà, et offrent grand asseurances; mais j'espère, Sire, qu'ilz en recouvreront si peu, ou poinct du tout, qu'ilz n'auront dorsenavant, par les supportz d'icy, guières moyen de se maintenir contre Vostre Majesté.

Aulcuns des principaulx seigneurs de ce conseil entendant qu'on soubspeçonnoit les Anglois d'avoir eu intelligence en ces menées, qui ont esté découvertes en Normandie, et en quelques aultres de Callays, m'ont envoyé dire qu'ilz me prioyent de croire que cella n'estoit ny ne pouvoit estre aulcunement procédé de l'intention de la Royne, comme pour leur regard ilz seroient prestz de se purger, quant il sera besoing, qu'il n'en avoit esté rien pratiqué de deçà, sinon que le secrétaire Cecille l'eust faict tout seul, de quoy seroit à luy d'en rendre compte, mais, ny en une façon ny aultre, je n'ay peu descouvrir que les Anglois y ayent esté meslez.

Au reste, Sire, de tout cest armement que ceste Royne a faict préparer, il n'en est encores rien sorty hors de ceste rivière que quatre grandz navyres. Vray est que les deux naves veniciennes sont sur l'emboucheure d'icelle et ung nombre d'aultres particulliers sont à Plemmue, qui ont encores freschement prins neuf ou dix ourques de Flandres, retornans de la Rochelle, chargés de vins: mais ilz ne trouvent guyères plus que prendre en mer, et entre les dicts vaysseaulx particulliers il y en a qui pourroient estre de quelque effect, estans à des cappitaines de mer qui sont en réputation par deçà, desquelz j'ay miz peine de sçavoir les noms, et incisteray à ceste Royne de les fère révocquer, ou, si elle s'en excuse sur le doubte de la guerre qu'elle crainct avoir avec les Pays Bas, que aulmoings elle leur règle tellement leurs entreprinses que voz payz et subjectz n'en puissent estre aulcunement endommaigés; ce que j'espère obtenir, pourveu, Sire, qu'il vous playse fère accommoder le faict de la saysye de Roan.

L'on a commancé de fère les monstres généralles et ordinaires en ung quartier de ce royaulme, et se continuera de mesmes partout, mais je n'entendz qu'il y ayt rien d'extraordinaire pour encores. Je procureray, en ma première audience d'inpétrer de ceste Royne les choses que la Royne d'Escoce luy a envoyé requérir par ses lettres et mémoires, du xiiȷe du présent, ainsi que, en mes précédantes, je vous en ay faict quelque mention, et, prieray, au reste, le Créateur, etc.

De Londres ce xxve de février 1569.