Henri IV prit soin lui-même de faire l'éloge funèbre de Bertrand de Salignac, dans les instructions remises au comte de La Rochepot, qui lui fut donné pour successeur.
Il le chargea de dire au Roi d'Espagne[20] «que si la mort n'eust prévenu et surpris le feu sieur de La Mothe Fénélon, que Sa Majesté avoit désigné et dépesché pour l'aller trouver, et la servir auprès de lui en cette charge, lequel trespassa par les chemins, Sa dicte Majesté luy eust témoigné il y a longtemps combien elle desire luy correspondre en toutes sortes de devoirs et offices de bon frère et amy, de quoy ce gentilhomme, qui estoit des plus sages et expérimentez du royaume, se fust si bien acquitté que Sa dicte Majesté s'asseure qu'il en fust demeuré content, mais Dieu n'avoit voulu permettre que le dict sieur de La Mothe Fénélon ait fait ces services à Leurs Majestez.»
DISCOURS
DRESSÉ EN JUILLET 1575
POUR LE DIRE AU ROI, RETOURNANT D'ESTRE SON AMBASSADEUR EN ANGLETERRE[21].
Sire,
Je loue Dieu de la grâce qu'il me faict aujourd'huy que je puis baiser très humblement les mains et voir la face de Vostre Majesté, chose que j'ay infiniment desirée; et parce qu'en quelle sorte qu'il advienne à un gentilhomme de recevoir bienfaict de son Roy et de son Maistre, il l'en doit remercier, je veus rendre très humbles grâces à Vostre Majesté pour le bien qu'elle m'a faict maintenant de me retirer de cette tant longue et ennuyeuse absence de six ans et deux mois que j'ay esté continuèlement en Angleterre; là où je vous promets bien, Sire, que pour mon particulier je n'y ay faict autre acquest que d'y estre devenu vieus, maladif et pauvre, et n'y ai rencontré que perte et dommage. Mais, si pour le bien de voz affaires, il est advenu que Dieu m'ayt faict la grâce d'y avoir ainsi conduict ma Négociation, que Vostre Majesté la deigne maintenant approuver et l'avoir agréable, et qu'il vous reste quelque contantement du service que je vous y ay faict, je réputerai toutes mes pertes et mes maus et moy mesme très heureus.
Et vous supplie très humblement, Sire, de considérer que dès l'heure que j'arrivai par delà jusques à ce que j'en suis parti, j'ay tousjours rencontré, outre les anciennes querelles des Anglois, trois fort grandes difficultés en teste, qui se sont tousjours opposées et se sont rendues formèlement contraires au service de Vostre Majesté.
La première a esté celle de la nouvelle religion et de la guerre de vos subjects, en quoy du commencement, le cardinal de Chastillon, Cavaignes, Du Doict, Sainct Simon, Pardailhan, Chastellier Pourtault, les agens du prince d'Orenge, ceux des princes protestans d'Allemagne, avec l'ayde des évesques, et plusieurs du Conseil d'Angleterre, et une tourbe des plus aspres ministres qui fussent en France: et, après eux, le comte de Montgomery, monsieur le Vidame, M. de Languillier, et dernièrement M. de Méru, m'y ont donné tant d'affaires que je dois estre aucunement excusé si je n'ay pu faire réuscir proprement toutes choses par delà sellon vostre desir et contantement.