Quartement, comme il soit qu'on aye conçu sousbpeçon d'une préparation, pour les guerres, de Sa Majesté, et plusieurs raisons alléguées, qu'elle n'auroit besoing de ce fère, espérant qu'elle ne veuille attempter aulcune chose par armes, sans premièrement en donner deffiance;

Il est vray que Sa Majesté a desjà commancé à donner advertissement à ses subjectz de se mettre toutz en aprest, comme par une publicque proclamation, imprimée et publiée en febvrier dernier, peult apparoir à toutes personnes, et, quelques argumentz qu'on fasse qu'elle n'a besoing de ce fère, Sa Majesté toutesfoys entend d'y procéder pour causes sufficientes et bien cogneues à elle mesmes et à son estat; et elle ne peult penser comme telz comme ceulx qui sont autour du Roy, ses principaulx conseillers, quoy qu'ilz trouvent mauvais de ces préparations, encores en leurs consciences ilz ne sont ignorans que Sa Majesté faict en cecy sagement pour respectz qui n'ont pas besoing d'estre expéciffiez; et encores certainement elle n'a intention ni disposition fère guerre contre aulcune personne, mais, comme elle sera provoquée, pour deffance de son estat employer son pouvoir: et pour ce, de mencionner l'affère de deffiance estre faicte par elle à aulcun prince est superflu, combien que, du temps du père du Roy de France, ceste honnorable règle ne fut bien observée envers le Roy Edouard[56].

Et où le Roy de France, ne voulant estre en suspens de ces choses, a, par parolle de sa bouche, déclairé à l'ambassadeur de Sa Majesté, le xiiȷe de febvrier, et, par escript, à son ambassadeur, le xiiiȷe, qu'il veult continuer en bonne paix et amytié, sans la rompre en aulcune manière, et desiroit avoir la résolution de Sa Majesté là dessus, dedans quinze jours, auquel temps, si elle n'estoit déclairée, il pourvoirroit à ce qu'il auroit à fère, dont le dict ambassadeur de France a requis responce, laquelle Sa Majesté ne vouloit reffuser de fère, comme peult apparoir par les parolles de Sa Majesté au dict ambassadeur, quand il les luy remonstra; mais en ce que ce messaige est comme péremptoirement requérir responce dedans quinze jours, où elle n'a donné occasion de concevoir aulcun doubte, ains qu'elle a aultant constante intantion de garder l'amytié avec le Roy, comme il a, ou peult avoir, de la garder envers elle, Sa Majesté est marrye fère aulcune sinistre interprétation d'une telle péremptoire requeste par limitation de jours, imputant icelle à quelque deffaillance d'escripture, considérant le lieu où le Roy estoit si esloigné, comme en Lorraine, au temps que le Roy tint ces propos au dict ambassadeur, de sorte qu'il estoit manifestement inpossible d'envoyer responce d'icy dedans ce temps; ou bien qu'il falloit qu'il vînt de quelque mauvaise intention de ceulx qui gouvernent les affères du Roy: de quoy, si Sa Majesté estoit certaine, elle pourroit leur fère une plus dobteuse responce, mais, pour ceste heure, elle choysit plustost respondre sincèrement et playnement, comme celle qui adresse sa responce seulement au Roy, son frère, pour demeurer en bonne paix et amytié avecques luy, comme il dict vouloir persévérer en la sienne.

Sur le faict de la saysye de Roan, quoy qu'il est dict que le Roy, par ses lettres du xiȷe du mois passé, ayt donné ordre pour la relascher, Sa Majesté se loue des escriptz du Roy, mais elle se mescontante de la paresse et mespriz de ses officiers, car elle est continuellement troublée des plainctes de ses subjectz pour la continuation des dictes saysies.

Touchant la requeste du Roy, qu'aulcuns particulliers, estantz sur la mer avec navyres de guerre, soyent révoqués et arrestez, Sa Majesté a desjà eu esgard en cella par les meilleurs moyens ordinaires qui se peuvent adviser, qui est que nulle personne ne sera soufferte apporter aulcune chose en aulcun de ses portz pour y estre miz en vante, qui sera prins par aulcun, soubz colleur de guerre; dont elle a donné particullière charge à toutz les portz de son royaulme. Et outre cella, Sa Majesté veult que le dict Roy de France soit asseuré que, ny elle, ny aulcun de son conseil, ministres ou officiers, n'ont authorisé ou licencié aulcunes personnes de s'armer en mer, aultres que ses propres vaysseaulx, pour la deffance de ses pouvres marchands, lesquelz, s'ilz ne peuvent recepvoir, cy après, meilleur trettement par les subjectz du Roy de France, il fault que Sa Majesté les deffande avec plus grand pouvoir de ses propres gens de guerre. Mais, de l'aultre costé, il se trouve de ses subjectz qui ont esté despuys [peu] de temps desrobez, de leurs navyres et marchandises de grand valleur, par aulcuns des subjectz du Roy, advouans l'avoir faict par commission du Roy; et comme il soit vray [que] les hommes spoliez monstrent plusieurs testimonials, faictz par certains notaires et aultres officiers de crédict demeurans en divers portz du Roy, desquelz Sa Majesté ne doubte que le Roy ne se peuve souvenir des expécialles complainctes, que l'ambassadeur de Sa Majesté luy a faictes (au dernier a esté pour certains marchandz irlandoys et aultres) dont réparation n'estant faicte, tout le reste des subjectz de Sa Majesté, lesquelz sont beaucoup, qui ont esté despouillez par ceulx qui font ouverte profession l'avoir faict par commission du Roy, reffuzent entièrement d'aller en France sercher restitution comme en estantz hors d'espérance, n'ayans aussi le moyen, en ce temps des guerres civilles, de fère telles difficiles poursuyttes ez lieux plus loingtains de France, où c'est que le Roy est meintennant, prétendans, pour les aultres légitimes respectz, ayantz veu les dictz tesmoignages, faictz en France par les publicqz ministres du Roy, de leurs despouilles et par ordre de justice, [qu']ilz doibvent avoir quelque récompense icy, par l'ordre de Sa Majesté, de la valleur de leurs pertes, par arrest ou saysye, ou, à tout le moins, par séquestration de quelques aultres des subjectz du Roy estantz par deçà. De quoy Sa Majesté desire instemmant qu'on aye quelque bon esgard, avecques dilligence que son ambassadeur peult avoir authorité d'ouyr, et considérer de ces choses et en fère quelque bonne fin; car aultrement Sa Majesté ne sçayt comme estoupper les aureilles aulx piteuses plainctes de ses subjectz pour telles grandes et manifestes injures, spéciallement se trouvant tant de difficultez à poursuyvre par justice et d'impossibilitez à obtenir.

Quant à ne trouver pas bon le commerce de certains de noz marchandz à la Rochelle pour y sercher des commoditez, lesquelles l'ambassadeur dict se pouvoir trouver en aultres lieux par l'ordre du Roy, et fait offre d'en escripre au Roy, et procurer une dilligente responce. Il est à considérer que c'est le train des marchandz de trafficquer aulx lieux où ilz peuvent espérer d'estre bien trettez, et de se garder du contraire. Et ayans esté, despuys peu de temps, mal trettez à Bourdeaulx et aultres portz, ilz ont, comme il se dict, faict certains marchez pour les commoditez de France estantz à la Rochelle, lesquelles ilz espèrent leur estre bien délivrées, si bien qu'ilz ne peuvent changer ceste roulte, sans estre premièrement asseurez de ce qui est dict en l'escript de l'ambassadeur, qu'ilz puyssent estre forniz, par l'ordre du Roy, des dictes commoditez ès aultres portz de son royaulme, dont les marchandz de Sa Majesté seroient fort contemptz; et en leur bailhant les dictes commoditez à semblable priz, en aultres places commodes, ils consigneront à ceulx, que le Roy vouldra ordonner à la Rochelle, tout l'intérest des besoignes ou commoditez qu'ilz y ont desjà ascheptées pour semblable valleur; car le recours des marchandz angloys à la Rochelle n'est pas pour le lieu, mais pour les commoditez qui y sont, et le bon trettement, lequel ilz espèrent d'y trouver.

Le dernier poinct, concernant ung doubte consceu que Sa Majesté aye deffandu la transportation d'aulcunes marchandises en aulcuns aultres endroictz que là où les Angloys yront, Sa Majesté n'entend pas bien comme ce doubte est consceu, mais respond que les subjectz du Roy de France ne seront empeschez à transporter aulcunes marchandises hors de ce royaulme, comme ilz ont accoustumé de fère, entendant par cecy, que, considérant la mutuelle surcéance faicte entre le pays du Roy d'Espaigne et d'elle, en quoy les subjectz du Roy ne se sont jamais entremeslez, ilz ne debvront meintennant frauduleusement fère aulcune innovation de traffic pour servir au Pays Bas, au préjudice de l'estat du royaulme de Sa Majesté: en quoy s'ilz attemptoient aulcune chose, il ne peult estre que frauduleusement entendu par eulx, dont le reffuz est si raysonnable et allouable que Sa Majesté espère que le Roy, ny aulcuns des siens, ne le trouveront mauvais sans pleine déclaration de leur intention à cercher l'offance de Sa Majesté.

XXIIIe DÉPESCHE

—du xiiie de mars 1569.—