C'est qu'ilz remonstrent de bonne sorte à l'ambassadeur de ceste Dame comme ilz sont requis d'aulcunes choses qui concernent sa Mestresse, desquelles ilz n'ont aulcun aparant argument de s'en pouvoir excuser, premièrement, que le pape, entendant l'opression des évesques catholiques d'Angleterre et comme c'est ung païs où les plus adversaires de l'esglize romaine font leur retrette, et où ilz dressent leurs principalles entreprinses, et luy, ayant aussi prins compassion de la Royne d'Escoce, les a priez de trouver bon que les forces qu'il envoye en France soyent conduictes ès frontières, qui regardent l'Angleterre, pour fère réuscir ce qu'il espère en cella de l'effect de ses intentions:

Secondement que le Roy Catholique leur ayant faict entendre la détention de ses deniers en Angleterre, et la prinse des biens de ses subjectz par les Anglois, et comme il délibère s'en rescentir, les a pareillement priez que, pour l'étroicte alliance et fraternité qu'il a avecques eulx, ilz ne luy veuillent estre que favorables en sa juste querelle:

Tiercement que les gouverneurs de Normandie, Picardie et Bretaigne, et les habitans des dictes provinces le long de la coste, leur ont très instantment requis de pourvoir aulx désordres, qui se commètent en mer, et aulx tortz et violences que les Anglois leur font, et de fère, en leur faveur et pour leur protection, quelque démonstration de rescentiment contre ceulx qui ne cessent de les tormenter toutz les jours:

Adjouxtant que, de tant que la Royne d'Angleterre mesmes et luy son ambassadeur cognoissent assés qu'ilz ne peuvent, avec leur honneur, dényer au pape ce qu'il leur requiert pour les catholiques, mesmement pour la Royne d'Escoce, ny au Roy d'Espaigne sa modeste demande sur le recouvrement de ses deniers, et encores moins à leurs subjectz ce qu'ilz requièrent pour leur protection, qu'ilz prient la dicte Dame d'y pourvoir si bien d'elle mesmes que les choses n'en aillent plus avant.

Et pourront, au mesme propos, toucher au dict ambassadeur, ou fère toucher par moy à la dicte Dame, qu'ilz n'entendent se despartir par là aulcunement de son amytié, et que, mesmes, ne pouvans, en nulle de ces choses, estre honnestement pour elle, au moins ont ilz monstré et monstreront qu'ilz ne veulent qu'on passe si avant qu'on viegne fère descente ny conqueste en Angleterre, et qu'elle se doibt contanter d'eulx s'ilz font en cella aultant qu'ilz peuvent pour elle.

Après, si bon leur semble, ilz feront acheminer les dictz Italiens en la dicte frontière, et pourront, sans exclurre le traffic par proclamation, le fère cesser, quelques mois, par prétexte des coursaires et volleurs, lesquelz aussi rendent la navigation très dangereuse pour les marchantz, et cependant procurer icy doulcement tout ce qu'on pourra pour la Royne d'Escoce.

N'obmettant, pour leur grandeur et réputation, de fère demander au duc d'Alve qu'est ce qu'il prétend fère contre ceste Royne et son pays, et la façon comme ilz entendent que l'entreprinse soit limitée; en quoy pourront remonstrer que les feuz Roys n'ont jamais vollu permettre qu'on fist conqueste dans ce royaulme, cognoissans que cella importoit à la seureté du leur, et que, comme le feu Empereur fut bien en accord avec le feu Roy, Françoys premier[64], qu'il peult fère la guerre au Roy Henry huictiesme d'Angleterre pour le recouvrement de Bouloigne, sans toucher néantmoins ny descendre aulcunement en son royaulme, que, de mesmes, ilz trouvent bon que le duc d'Alve face tout ce qu'il pourra pour le recouvrement de ses deniers et des prinses, sans qu'il face aussi descente ny entreprinse dans le dict royaulme.

XXXIIe DÉPESCHE

—du xxiiie d'avril 1569.—

(Envoyée par Jehan Pigon jusques à Calais.)