Ce xixe jour de febvrier 1572.
A la Royne.
Madame, premier que d'adjouxter rien à ce que je vous ay desjà escript des principaulx poinctz qui se trettent, en France et icy, entre Voz Majestez et ceste princesse, tant de l'allience que de la confédération, j'estime estre besoing que je voye, de rechef, la dicte Dame et ses deux conseillers, de sorte que, pour ceste foys, je vous supplieray très humblement, Madame, estre contante de ce peu que je mande présentement en la lettre du Roy. Et adjouxteray seulement, icy, touchant ce que les Srs Smith et Quillegrey ont dict: que la Royne, leur Mestresse, sçavoit bien que j'avoys esté meslé ez brigues et menées du duc de Norfolc, mais qu'elle le vouloit ignorer; que je ne puis estre marry qu'elle ayt faict une diligente recherche sur moy, car, encor qu'elle ayt cogneu que je n'ay pas esté toutjour endormy à descouvrir les choses d'importance, qui ont peu tourner à quelque conséquence de vostre service en ce royaulme, si a elle trouvé que je ne me suis jamais entremis de pas une qui ne soit honneste et digne de ceste charge, et qui puisse, peu ny prou, estre interprétée contre l'amityé et les trectés qu'elle a avec Vostre Majesté. Et, encor que l'évesque de Roz et les secrettères du dict duc puissent avoyr dict que j'ay sceu l'entreprinse, que les filz du comte Dherby et ceulx de Lanclastre vouloient faire pour mettre la Royne d'Escoce en liberté, il n'a peu toutesfoys, quand il eut esté ainsy, estre décent ny convenable à mon debvoir de le réveller, car ce eust esté procéder maladroictement, d'incister, d'un costé, à la restitution et liberté de la dicte Dame, sellon que Voz Majestez me le commandoient, et de la vouloir empescher, de l'aultre. Aussy la Royne d'Angleterre mesmes et ses conseillers justiffient en telle sorte mes déportemens, qu'elle et eulx m'ont remercyé de n'avoir heu intelligence avec Ridolfy sur les praticques de la rébellion, ayant luy mesmes escript qu'on me les tînt secrettes, affin que je ne les mandasse en France; qui a esté cause de faire prendre à ceste princesse la confiance que l'on voyt qu'elle a aujourd'huy de Voz Majestez. Et est très certein, Madame, que je n'ay jamais rien sceu icy que je ne le vous aye incontinant mandé, ny ne y ay rien faict que Voz Majestez ne me l'ayent commandé, ny rien atempté qui ayt peu gaster vostre service ou réfroidir ceste princesse de vostre amityé, ainsy que les choses du passé, et celles du présent en font assez de foy; vous remercyant très humblement, Madame, de l'honneur que Voz Majestez me font de croyre que je n'ay jamais excédé les choses qu'elles m'ont escriptes: en quoy, à la vérité, je y ay esté si scrupuleux que j'ay toutjour mieulx aymé demeurer dans les termes d'icelles que de les outrepasser d'ung seul mot, bien que, par voz lettres du iiie du passé, il semble, Madame, qu'on vous en ayt voulu parler aultrement, sur quelque propos que Me Smith avoit tenus. Et sur ce, etc.
Ce xixe jour de febvrier 1572.
CCXXXVIIe DÉPESCHE
—du xxiiiie jour de febvrier 1572.—
(Envoyée jusques à Calais par Marc Brouard.)
Audience.—Négociation du traité d'alliance.—Affaires d'Irlande.—Demande adressée par l'ambassadeur à la reine d'une explication sur les reproches qui lui sont faits au sujet du duc de Norfolk.—Négociation des Pays-Bas.
Au Roy.
Sire, à ces premiers jours de caresme, j'ay esté visiter la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, pour voyr en quoy, après la dépesche que Me Smith leur avoit faicte, du xxxe de janvier, ilz continuent d'estre vers les choses du trecté; et ay trouvé, Sire, que ce que le dict Sr Smith leur a ceste foys escript, qui est, ainsy que je l'ay peu comprendre de eulx mesmes, fort conforme aux mémoires que Vostre Majesté m'a envoyés, ne leur fera rien changer en leurs précédentes responces.