Je luy ay infinyement gratiffié ses parolles et démonstrations, comme très honnestes et pleynes de grand vertu; et ay suyvy à luy dire que j'estimois que le traicté estoit desjà tout conclud et signé, et que bientost Vostre Majesté s'approcheroit ez environs de Paris, en intention d'y voyr de bon oielh et d'y bien recepvoir Mr le comte de Lestre, ainsy comme vous faysiés tenir prest Mr de Montmorency pour passer par deçà. Elle m'a dit qu'elle feroit voyr à Mr de Montmorency combien elle estimoit ung tel vostre ambassadeur, et en quel compte elle auroit toute sa légation, et qu'elle faysoit préparer monsieur l'admiral Clynton pour passer en France, comme celluy par qui elle vous pouvoit mieulx notiffier ses intentions, et comprendre, puis après, mieulx les vostres, à son retour, que par nul des seigneurs de sa court, n'ayant esprouvé de nul aultre, despuis qu'elle estoit Royne, plus de fidélité que de luy, et de madame l'amirale sa femme, et qu'aussy il avoit esté toutjour le moins impérial d'Angleterre; et que, pour la correspondance de Mr de Montmorency, elle vous vouldroit très volontiers envoyer ung sien propre frère, si elle l'avoit, aussy bien que le dict sieur admiral. Dont vous supplioit qu'en ce temps, qui luy estoit plein de grandes souspeçons, et encores plus plein de très grandz affères, Vostre Majesté ne voulût que le comte de Lestre et milord de Burgley s'absantassent; et mesmes que, sans eulx, elle se trouveroit bien empeschée comme bien recepvoir Mr de Montmorency, de tant que les principaulx seigneurs qui souloient estre en sa court, estoient à présent ou mortz, ou fuytifz, ou en prison, et que ces deux seroient encores plus utilles, icy, en la négociation d'entre elle et Mr de Montmorency, que si l'ung ou l'aultre estoient allés par dellà. Sur ce, etc.
Ce xxie jour d'apvril 1572.
Ainsy que je fermois ce pacquet, les seigneurs de ce conseil, ayant veu que nous demandions le congé de Mr Du Croc, m'ont envoyé dire, par Mr de Quillegreu, qu'ilz avoient faict entendre à leur Mestresse toutes noz offres; et que d'icelle dernière, que leur avions mandée de parolle, si nous la voulions ung peu mieulx exprimer par escript, et la signer de noz meins, elle s'en contenteroit, et bailleroit promptement son adjoint au dict Sr Du Croc pour aller, tous deux ensemble, en Escoce. Sur quoy, Sire, nous yrons demein traicter avec la dicte Dame, ou avec ceulx de son conseil, et ferons tout ce qu'il nous sera possible pour advancer le voyage du dict Sr Du Croc, qui, de plus en plus, se monstre estre bien fort nécessaire, et, si nous nous pouvons accorder, il passera oultre; mais ne retarderés pour cella, Sire, s'il vous plaist, de nous mander promptement vostre intention et volonté.
CCXLVIIIe DÉPESCHE
—du xxviie jour d'apvril 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Affaires d'Écosse.—Discussion dans le conseil de la clause contestée.—Consentement d'Élisabeth au voyage de Mr Du Croc en Écosse.—Ordre de la Jarretière donné à Mr de Montmorenci.—Confiance que montrent les Anglais dans l'alliance de France.—Négociation des Pays-Bas.—Nouvelles de Flandre.—Lettre secrète à la reine-mère. Négociation du mariage du duc d'Alençon.
Au Roy.
Sire, affin que, sur l'empeschement que la Royne d'Angleterre faisoit au voyage de Mr Du Croc, elle ne se trouvât conveincue de maulvayse foy par les honnestes offres que nous luy faysions, ceulx de son conseil ont faict venir le Sr de Quillegreu devers nous pour mieulx comprendre quelles estoient noz offres; auquel nous les avons, de rechef, récitées, telles que, par ma dernière dépesche, je les ay mandées à Vostre Majesté. Et il leur a raporté la dernyère des quatre, et mesmes la leur a baillé par escript, en anglois, ung peu en aultre sens que nous ne la luy avions dicte, mais en si bonne sorte, néantmoins, que, joinct les aultres dilligences que nous avons mises d'ailleurs en cest endroict, les dicts du conseil ont desiré que nous la leur envoyssions par ung aultre escript, en françoys, aux propres termes que nous l'entendions; et que, puis après, Mr Du Croc et moy en pourrions venir traicter avec eulx, quand il nous playroit. Dont nous sommes assemblés, sept de leur conseil et nous deux, jeudy dernier, à Grenvich où ilz nous ont, de rechef, sommairement remonstré les difficultés qu'ilz trouvoient en l'instruction que Vostre Majesté nous avoit envoyée; et que, néantmoins, nous y satisfaysions beaucoup par la première et dernière de nos dictes offres, et que, si nous pouvions encores leur lever ung scrupulle qui leur restoit sur la dernyère des dictes offres, ilz estimoient que leur Mestresse s'en pourroit contanter: c'est, Sire, que, là où nous promettions que Mr Du Croc n'yroit ny dyroit rien au contrayre de leur escript, attandant aultre commandement de Vostre Majesté, ilz nous prioyent leur déclarer si nous prétandions que vous luy deussiez mander, ou bien luy heussiez desjà donné en mandement, à part, quelque chose qui fût contre ce qu'ilz nous avoient signiffié de leur intention; car, en ce cas, ilz réputeroient son voyage estre du tout inutille.
Nous leur avons respondu que le dict Sr Du Croc n'avoit charge ny instruction quelconque, que celle qui leur avoit esté monstrée, de laquelle nous ne pensions qu'il nous peust estre loysible d'y rien innover, ou d'en rien obmettre de nous mesmes, sinon attandant aultre commandement de Vostre Majesté; et que nous ne pouvions limyter, ny encores sçavoir que ce seroit: seulement les priyons de réserver entièrement cella à vostre disposition, car se pouvoient souvenir que, par le général traicté, il se debvoit conclure ung article de ce faict, et nous leur promections bien que Vostre Majesté l'observeroit fort droictement de sa part.