A la Royne.
(Lettre à part.)

Madame, après que le Sr Cavalcanty a heu dellivré le pourtraict à Mr le comte de Lestre, la Royne d'Angleterre l'a faict aporter en son cabinet privé, où elle l'a veu fort oportunément, et m'a le dict sieur comte despuis mandé que ce que le dict pourtraict avoit représanté de la taille et de la disposition de la personne, encore que ce ne fût tout aultant comme de Monseigneur, si n'avoit il semblé que fort bien à la dicte Dame, et si, avoit jugé que l'accidant du visage s'en yroit avec le temps. Vray est que, quand elle estoit venue à lyre l'inscription de l'aage, elle avait dict qu'il n'arrivoit à la moictié du sien, de dix huict à trente huict; et que les choses, qu'elle avoit crainct, pour ce regard, de son ayné, estoient encores plus à creindre de luy: qui est tout ce, Madame, que le dict sieur comte m'en a mandé; et que, à l'arrivée de Mr de Montmorency, le propos s'en aprofondiroit davantaige; vers lequel il me promettoit de uzer, en cest endroict, aultant ouvertement et clèrement, et en fidelle amy, comme il le pourroit desirer, et de s'y emploier de tout son pouvoir; et qu'il s'assuroit que milord de Burgley, après s'estre desmélé des affères de ce parlement, et de ses gouttes qui l'avoient travaillé tous ces jours, en feroit de mesmes.

J'ay sceu d'ailleurs, Madame, que, discourant ceste princesse de cest affaire, elle avoit monstré que la disproportion de l'aage seroit ung très grand obstacle en ce propos, parce qu'elle ne vouloit, en façon du monde, qu'on jugât qu'elle se fût maryée par nécessité plustost que par ellection, veu sa grandeur et ses aultres qualités, et que cella la faysoit bien fort incliner à ne se marier jamais; bien disoit que, de cent ans, n'avoit esté contractée une plus loyalle amytié entre princes, que celle qu'elle espéroit avoir conclue avec Voz Très Chrestiennes Majestez, et qu'elle y persévèreroit jusques à la mort. Dont, Madame, de tant qu'il semble qu'on débatra fort ce point de l'aage, Vostre Majesté pourra, sur cella, uzer vers Mr le comte de Lincoln par dellà, et Mr de Montmorency, icy, des meilleures et plus convenables persuasions qui vous sembleront bonnes pour en dissouldre la difficulté; et je mettray peyne d'y disposer cependant la matière et les personnes, le mieulx qu'il me sera possible. Sur ce, etc.

Ce xxive jour de may 1572.

CCLIIIe DÉPESCHE

—du xxviiie jour de may 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer).

Soupçon de peste qui empêche l'ambassadeur de demander audience.—Communication par lettres.—Réponse faicte par Burleigh au nom de la reine.—Danger que court la reine d'Écosse depuis la réunion du parlement.—Conférence du comte de Lincoln avec l'ambassadeur.

Au Roy.

Sire, estantz deux de mes valletz devenus malades en mon estable, le xe de ce moys, avec quelque souspeçon de peste, encor que ce soit assez loing hors de mon logis, et que, les ayant faict transporter encores plus loing, ilz soient depuis fort bien guéris, j'ay voulu néantmoins m'abstenir de demander la présence de la Royne d'Angleterre, jusques après avoir prins l'aer des champs; mais cependant j'ay extrêt les principalles particullarités qui m'ont semblé nécessayres de communicquer, des dictes deux dépesches, à la dicte Dame et les luy ay mandées par escript.