Clôture du parlement.—Exécution de Storey.—Nouvelles d'Écosse.—Résolution prise par Élisabeth d'envoyer des troupes au comte de Lennox.—Accusation portée contre le duc de Norfolk d'avoir adressé de l'argent en Écosse.
Au Roy.
Sire, le iie de ce moys, vigille de la Pentecoste, la Royne d'Angleterre est allé elle mesmes clorre son parlement, et ceux qui estoient présens m'ont asseuré que ce a esté par ung parler si digne et honnorable, et encores si grave et elloquent, que la pluspart de l'assemblée en a esté esmerveillée; et toutz en sont restez fort contantz. Elle a rejetté par bonnes raysons les nouvelles loix et les contrainctes qu'on requéroit estre imposées sur l'observance de leur religion, ayant layssé les choses comme elles estoient, et a confirmé en quelque partie la loy de lèze majesté pour la seurté d'elle et de son estat o[8] protestation que le tiltre d'aulcun qui prétande droict à la succession de ce royaulme, n'en puysse estre intéressé; elle a remercyé l'assemblée de l'ottroy du subcide, et a confirmé, au reste, la pluspart de leurs aultres demandes. Il semble que le parlement n'a esté du tout finy, ains qu'on y a miz poinct, ainsy qu'ilz disent, pour le pouvoir continuer, quant les affaires de la Royne et du royaulme le requerront.
Le docteur Estory[9] a esté enfin exécuté à mort, en l'eage de 80 ans, nonobstant la remonstrance de l'ambassadeur d'Espaigne, et nonobstant qu'il se soit toutjour opiniastrément meintenu estre subject du Roy Catholique; mais ceste Royne a respondu:—«Que le dict Roy auroit bien la teste, s'il la vouloit, mais que le corps demeureroit en Angleterre.» Plusieurs des seigneurs de court et du conseil ont assisté à l'exécution, espérant tirer de luy, à sa fin, ce qu'il pouvoit avoir entendu de l'entreprinse du duc d'Alve et des fuytifz Anglois, qui sont en Flandres, contre ce royaulme, et pareillement quelque déclaration s'il ne recognoissoit pas la Royne d'Angleterre pour sa vraye et légitime princesse, avec toute authorité temporelle et ecclésiastique en ce pays; mais ilz n'en ont rien raporté qui les ayt contentez.
Le comte de Lenoz, se trouvant à l'estroit, a envoyé en dilligence solliciter icy du secours, et ont les lettres du mareschal de Barvyc, qui a desjà conféré avecques luy, joinct la bonne estime du Sr Briquonel, le plus renommé cappitaine d'Angleterre, qui les a apportées, esté de grand moment pour faire mettre la cause en dellibération; en laquelle, après avoir cogneu, par le jugement mesmes du dict Bricquonel, que l'entreprinse d'assiéger le chasteau de Lislebourg seroit très difficile et de grand despence, il a esté advisé de n'envoyer point pour encores d'armée par dellà. Mais voycy, Sire, ce qui a esté ordonné, et à quoy il a esté, quant et quant, pourveu: que le dict Bricquonel yra promptement trouver le dict de Lenoz à Esterlin, avec deux centz harquebuziers, pour demeurer là à la garde du petit Prince, et que icelluy de Lenoz, avec cinq centz soldatz escouçoys, entretenuz aulx dépens de la Royne d'Angleterre, pourra aller courre sur ceulx de l'aultre party, et se saysir du Petit Lict, s'il luy est possible; que le mareschal de Barvyc s'entremettra cependant de mettre en quelque accord les ungs et les aultres à la confirmation de l'authorité du petit Prince, aultant qu'il le pourra faire, menaçant ceulx du party de la Royne à toute extrémité. Qui est tout ce que, pour le présent, je puys descouvrir au vray avoir esté résolu en ce faict, bien qu'on ayt renvoyé le Sr de Cuniguem avec beaucoup d'aultres grandes promesses devers le dict de Lenoz. Cella crains je, Sire, que, de tant que icelluy cappitaine Briquonel, lequel part tout à ceste heure, doibt, à ce que j'entendz, embarquer les dict deux centz hommes, que ce ne soit pour aller enlever le Prince d'Escoce et le transporter de deçà, ou bien pour mettre ceste garnyson dans Dombertran au lieu de la conduyre à Esterlin; vray est qu'on m'a asseuré que le comte de Morthon s'est vivement opposé qu'on n'y mette point d'Anglois, et en est pour cella en assés mauvais prédicament en ceste court, encor qu'il se soit rabillé avec le dict de Lenoz, lequel luy a cédé les terres, d'où le différant estoit nay entre eulx. La comtesse de Lenoz s'est fort escryée que les adversayres de son mary et de son filz estoient secouruz d'argent de France, de Flandres et encores de quelque endroict d'Angleterre, dont l'on en a chargé le duc de Norfolc, et en est la Royne d'Angleterre entrée en telle indignation contre luy qu'elle a curieusement cerché, avec des gens de loix et de justice, s'il y auroit nulle juste prinse sur luy pour le pouvoir bien chastier, mais il se trouve de plus en plus net et deschargé de tout crime. J'attandz responce de Vostre Majesté sur la continuation de l'instance que j'auray à faire à la Royne d'Angleterre pour les choses d'Escoce, sellon que j'ay commancé de les luy proposer, et aussi ce que j'auray à luy dire de vostre part sur la détention de l'évesque de Roz son ambassadeur, qui attand tout son remède de l'assistance qu'il vous plairra luy faire. Sur ce, etc. Ce ixe jour de juing 1571.
J'entends que le deuxiesme de ce mois ceulx de Lillebourg se devoient mettre en campaigne pour aller exécuter quelque brave entreprinse. Je ne sçay encores ce qui en aura succédé.
CLXXXVIe DÉPESCHE
—du xiiiie jour de juing 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Dièpe par Petit Bron.)