J'entendz que le cappitaine Melvin est mort de ceste bruslure de poudre, et que ceulx de Lillebourg ont abattu tout le faulxbourg de Queneguet, où le comte de Lenoz avoit tenu son parlement, et qu'ilz ont retiré grand nombre de vivres dedans le chasteau de Lillebourg. Je suys de rechef fort instantment sollicité de suplier Vostre Majesté d'empescher en toutes sortes le retour du comte de Boudouel, car l'on estime que nul plus grand escandalle à la réputation de ceste pauvre princesse, ny nul plus grand destorbier à ses affaires et à ceulx de vostre service par deçà, ne sçauroit venir de nulle aultre chose qu'on peult pratiquer au monde. Et, au reste, Sire, affin que Vostre Majesté voye de quelle grandeur de cueur et patience la Royne d'Escoce dellibère d'attandre l'yssue de ses affaires, je vous envoye l'extraict d'une lettre qu'elle m'a escripte, du xiie de ce mois[10], sur laquelle je vous diray seulement que je ne puys vériffier en façon du monde que les trois centz Anglois, dont elle faict mencion, soyent coulez en Escoce; ains m'asseure l'on par divers aduiz qu'il n'en y est encores entré pas ung en armes, dont je travailleray de le sçavoir encores plus au vray, affin de vous en advertyr.

Et quant aulx choses que le docteur Dumont a négociées icy, elles ont esté pour la pluspart en confirmation de celles que, l'année précédente, le Sr de Quillegray avoit trettées pour la Royne d'Angleterre avec les princes protestantz, affin d'estraindre davantaige l'intelligence qu'ilz ont ensemble, et a proposé qu'il se fît fondz de cinq centz mil escuz à Estrabourg pour un soubdain besoing à la deffance de leur religion, et que la dicte dame en fornyst cent mil, et les trèze princes et dix huit villes de la confédération les aultres quatre centz mil, pour pouvoir avec cella toutjour arrer les principaulz capitaines et les meilleures levées d'Allemaigne, avec obligation toutesfoys de la dicte somme et des intérestz, par les dicts princes vers la dicte Dame, qu'il n'y sera touché que pour la dicte cause, ny sinon après que l'on en aura toutjour heu son congé et commandement; et desiroit le dict Dumont en emporter présentement la lettre de crédit pour avoir le payement en Hembourg à la my aoust prochain, ce que je ne puys encores bien descouvrir qu'il l'ayt obtenu, et croy qu'il est seulement encores en promesse; mais je sçay bien qu'il a esté fort gracieusement expédié, et qu'il s'en est retourné joyeux et contant.

Le comte de Herfort, qui avoit fort longtemps esté en arrest et demeuré interdict pour le mariage de Madame Catherine[11], a esté, le xve de ce moys, restitué à son entière liberté et à la court; et espéroit l'on que le mesmes se feroit du duc de Norfolc, mais les offances qui procèdent de la Royne d'Escoce sont plus rescentes et vifves que celles de la dicte Madame Catherine, qui est desjà morte; par ainsy ne se peuvent si tost résoulder.

Les affaires des Pays Bas, encor qu'ilz aillent lentement et froydement, ilz se poursuyvent néantmoins toutjour avec fort grande espérance qu'ilz s'accommoderont: l'on y attand, d'heure en heure, une responce du duc d'Alve, et le retour du jeune Coban, pour y mettre à bon esciant la main. L'ambassadeur d'Espaigne a heu fort à playsir le bon ordre, que je l'ay asseuré que Vostre Majesté avoit donné de faire bien recepvoir les vaysseaulx d'Espagne et de Flandres en toutz les portz de vostre royaulme. Et de tant que ce dessus satisfaict à la pluspart du contenu en la dépesche de Vostre Majesté du xie du présent, laquelle je viens, tout à ceste heure, de recepvoir, je n'adjouxteray rien plus icy. Sur ce, etc.

Ce xxiiie jour de juing 1571.

Tout à ceste heure, le capitaine Briquonel est arrivé en poste, qui asseuré que le comte de Morthon s'est saysy du Petit Lict, et qu'estant milord de Humes le xvie du présent sorty de Lillebourg, pour l'empescher, il luy est allé au devant avec toutes ses forces, et y a heu ung aspre rencontre, où le dict de Humes et son fils bastard, et le capitaine Coulain sont demeurez prisonniers, Quelouin tué, et envyron douze soldatz et deux pièces de campaigne perdues. Il fauldra, Sire, donner aultre adresse à ceulx que Vostre Majesté envoyera dorsenavant en Escoce que non pas du Petit Lith.

A la Royne.
(Lettre à part.)

Madame, à ces deux poinctz que Vostre Majesté a briefvement adjouxté de sa main en la lettre du xie du présent, dont l'ung est que je m'esclarcysse s'il y a de la tromperie, et l'aultre que les condicions ne vous semblent assés correspondre au contenu de ma lettre, je vous diray, Madame, quant au premier, que je n'ay cessé auparavant et despuys que le propos a esté descouvert, d'y cercher, par toutz moyens et de toutz endroictz, le plus de clarté et de vériffication qu'il m'a esté possible; et en ay parlé moy mesmes le plus dextrement et en la meilleure sorte que j'ay peu, bien souvent à la Royne d'Angleterre et à ses deux conseillers, et leur en ay faict parler par d'aultres; et encores ay fort curieusement faict enquérir les amys, et pareillement les ennemys, qu'est ce qu'ilz en entendroient. Mais le tout, à présent, se raporte à ce que ceste princesse procède sans feyntize à desirer le party de Monsieur, et qu'elle y est plus encline et bien affectionnée que jamais; et ceulx qui plus souspeçonnoient la tromperie, du commancement, m'en parlent, à ceste heure, de ceste façon, et que l'artiffice d'elle et des siens va seulement à gaigner les advantaiges et respectz qu'ilz pourront. Encores despuys une heure, le comte de Lestre me vient de mander que la dicte Dame se rend, de jour en jour, mieulx disposée en cest endroict, et que, au soir, estant allée en son parc de Vuesmestre veoir une salve et une reveue d'aulcuns harquebuziers que le comte de Oxfort et les capitaines Orsey et Leyton y avoient menez, elle luy dict qu'il failloit pourveoir de bonne heure à donner des semblables playsirs à Monsieur, mais qu'elle s'esbahyssoit comme son ambassadeur tardoit tant à luy mander quelque responce. Et les dames m'ont faict entendre d'aultres petites particularitez conformes à cella, et surtout le sieur comte m'asseure que milord de Burlay est, à ceste heure, très affectionné à la matière: qui est ce que, à présent, j'ay pour vous dire sur l'esclarcissement de la tromperie.

Et quant aulx condicions, Vostre Majesté me pardonra si je luy diz librement que celles qu'on m'a dernièrement baillées pour vous envoyer, si elles sont bien prinses, ne sont sinon raysonnables, en ayant aultant esté accordé par le Roy Phelipe à la feu Royne Marie, et puys c'est la demande qu'ils font de leur costé, dont c'est à nous de faire, à ceste heure, la nostre, et que l'une soit modérée par l'aultre; et encores que j'eusse proposé de n'en rien débattre jusques après avoir entendu de voz nouvelles, si, en ay je touché ung mot au comte de Lestre, et ay tiré de luy qu'ung honneste entretennement durant la vie, et une fort honnorable provision, en cas de survivance, seront sans doubte assignez à Mon dict Seigneur, et que le pénultiesme article, qui semble limiter par trop l'authorité de Mon dict Seigneur, n'est que pour ne restraindre celle de la Royne, et non qu'il ne l'ayt conjoincte avecques elle, ny qu'elle ne le puysse advantaiger, et que les durtez et ambiguytez, qu'en tout évènement se trouveront ès dicts articles, pourront estre amandées; ayant en oultre considéré la dicte Dame qu'il ne seroit pas raysonnable qu'après elle Mon dict Seigneur demeure sans tiltre de Roy, et pourtant, si elle n'estoit si heureuse de le luy faire porter de Roy Père, qu'il l'auroit au moins de Roy Douarier d'Angleterre.

J'ay vollu passer oultre au poinct de la religion, et luy dire ce que j'avoys dict aussi à elle, que je ne voulois tant mal présumer du parfaict jugement de la dicte Dame qu'elle vollust randre privé et interdict Monsieur, en demeurant sien, de ce que nul aultre prince souverain de toute la terre habitable ny entre les chrestiens, ny entre les infidelles, n'estoit qu'il ne l'eust, qui est l'exercisse de sa religion; ce qu'elle a confessé estre vray, et m'a dict qu'elle espéroit que Dieu y pourvoirroit; et le dict comte, en riant, m'en a dict aultant. Mais ny l'ung ny l'aultre n'ont passé oultre, et veulent attandre la responce de leur ambassadeur, avec lequel je vous supplie, Madame, de faire dresser une forme de contract, où les unes et les aultres condicions soyent mises avec réservation que les articles qu'il n'osera, ou ne pourra accorder, soyent renvoyez, pour estre changez, augmentez ou diminuez par deçà, affin qu'il ne pense qu'on le veuille surprendre, et puys me les envoyer; et je mettray peyne de vous en faire avoir tout incontinent la résolution, et arresteray, au cas que les choses doibvent aller en avant, du temps, du lieu et des personnes qui se debvront assembler pour les estipuler et conclurre, et qu'il vous playse, Madame, m'envoyer vostre bonne instruction sur l'affaire, auquel je apporteray du mien aultant et plus de soing, de dilligence et de fidelle affection, que si c'estoit pour saulver ma vie. Sur ce, etc.