Madame, à peyne a esté party le corrier avec ma dépesche, du vie de ce moys, que Mr le comte de Lestre m'a envoyé dire ce que je mande en la lettre du Roy du contenu de celles de Mr de Valsingam, et davantaige qu'il donnoit une grande louange à Voz Majestez Très Chrestiennes et à Monseigneur de la tant vertueuse et royalle façon, dont toutz trois procédiez vers la Royne, sa Mestresse; qui rejettiez toutjour toutes les persuasions qu'on vous pouvoit donner contre le bon propos encommancé, et ne vouliez admettre les pratiques, lesquelles le dict de Valsingam mande que Mr le cardinal de Lorrayne, ou quelques aultres pour luy, menoient secrectement, de proposer le party de la Royne d'Escoce, sa niepce, ou encores plus expressément celluy de la Princesse de Portugal, à Mon dict Seigneur, et qu'il feroit qu'en faveur de l'ung ou de l'aultre mariage, ou au moins pour faire cesser celluy de la Royne, sa Mestresse, le clergé de France luy donroit quatre centz mil escuz par an. A quoy le Roy avoit respondu:—«Qu'il estoit bien ayse de cognoistre que son clergé fût assés riche pour pouvoir faire de telles offres, par où il espéroit qu'il en pourroit tirer de grandes subventions pour payer ses debtes, mais qu'il ne trouvoit bon qu'il se meslât de telz affaires; car tout ce qu'il avoit estoit bien à son frère.» Néantmoins que le dict sieur comte s'esbahyssoit comme il me tardoit tant à arriver quelque dépesche de cella, et si je pensoys qu'il y eust encores rien de changé. Je l'ay remercyé infinyement de la privée communication, dont il continuoit user vers moy, et que je ne fauldrois toujour de luy bien correspondre, mais qu'à présent je ne luy sçauroys dire sinon que j'estoys plus esbahy que luy que je n'avoys ny lettre, ny nouvelle quelconque de Voz Majestez. Et, bien peu après, est arrivé mon secrétaire avec la certitude du partement de Mr de Foix pour s'en venir; dont j'ay incontinent dépesché homme exprès pour en aller advertyr le dict sieur comte. Sur ce, etc. Ce ixe jour d'aoust 1571.
CCe DÉPESCHE
—du xiie jour d'aoust 1571.—
(Envoyée jusques à Calais soubz la couverte du Sr Acerbo.)
Mission de Mr Foix pour conclure la négociation du mariage, ou former un traité d'alliance.—Nouvelles d'Écosse.—Succès des révoltés en Irlande.—Confirmation de l'accord fait avec l'Espagne sur les prises.
Au Roy.
Sire, ceulx qui veulent bien et qui portent beaucoup d'affection au mariage de Monsieur sont bien marrys que Vostre Majesté n'ayt, tout d'un train, envoyé Mr de Monmorency pour en conclurre le propos, car leur semble que la matière y est à présent bien disposée, et craignent que tant de remises, à la fin, n'y aportent de l'empeschement, néantmoins se resjouyssent grandement de la venue de Mr de Foix, comme de celluy qu'ilz ont en la meilleure opinion du monde, et dont nul aultre n'eust sceu venir à qui ilz adjouxtent plus de foy, ny qui leur soit plus agréable que luy; et j'espère, Sire, que, trouvant les choses au bon estat que, grâces à Dieu, elles sont, il ne s'en retournera sans les vous raporter ou conclues, ou fort aprochées de leur conclusion. Car encores despuys ma dépesche du xxiie du passé, j'ay miz peyne de leur donner beaucoup de pied et de fondement en ce, mesmement, que vous ay lors mandé par mon secrétaire touchant satisfaire à l'honneur, à la conscience et à la seureté de Monseigneur au poinct de la religion; mais je sentz bien, Sire, que, si l'on change de propos, et mesmes, si Mr de Foix use de alternative, à sçavoir ou du mariage ou de confédération, comme il semble que Mr de Valsingam en a escript quelque mot, que ceulx cy tiendront l'ung et l'aultre pour rompuz.
L'on a envoyé le jeune Coban pour le recepvoir à Douvre et le conduyre jusques icy, et milord de Boucaust et sire Charles Havart sont ordonnez pour l'accompaigner en ceste ville, et puys pour nous mener là où sera la dicte Dame, laquelle est desjà en son progrez.
L'on a dépesché coup sur coup deux gentishommes en Escoce, avec mille marcz chacun, au comte de Lenoz, qui est en tout quatre mil escuz, affin qu'il ayt de quoy meintenir son authorité; laquelle ilz craignent que le comte Morthon la luy veuille du tout emporter, et mesmes souspeçonnent que le Sr de Vérac, qu'ilz disent estre meintenant en liberté, ayt quelque pratique avecques luy. Tant y a que la Royne d'Escoce, de ce peu qu'elle pouvoit avoir en ses coffres, a faict mettre deux mil trois centz quatre vingtz douze escuz en mes mains pour envoyer à ceulx de Lillebourg, ce que j'espère, Sire, les leur faire tenir le plus tost et le plus seurement qu'il me sera possible, mais les pouvres officiers et serviteurs de la dicte Dame demeurent cependant fort mal pourveuz. L'on a ordonné, despuys deux jours, que son ambassadeur sera transporté à Ely, qui est cinquante mille loing d'icy; à quoy je me suys opposé, et ne sçay encores si l'on y aura de l'esgard. L'on luy a dict que, le xxviiie du présent, doibt estre tenu un parlement en Escoce pour ordonner aulcuns depputez affin de les envoyer par deçà, et que lors sera procédé tout ensemble et à sa liberté et à la résolution des affaires de sa Mestresse; mais il semble que sa dicte Mestresse, avec rayson, ne veult plus confyer l'accommodement de ses affaires ny la conclusion du tretté à la Royne d'Angleterre ny à ses ministres, si elle mesmes ou ses expéciaulx depputez ne sont présens.
Fitz Maurice prospère en Yrlande, il a deffaict trois centz Anglois des garnysons de dellà, et surprins quelque lieu d'importance. Ceulx cy ont tiré, despuys huict jours, vingt cinq chariotz chargés d'armes de la Tour, pour y envoyer. Milord Sideney faict si grande difficulté d'y retourner qu'il semble que milord Grey enfin y passera. J'entendz que le faict de Flandres, quant aulx merchandises, est accordé, ainsy que l'ambassadeur d'Espaigne mesme me l'a confirmé, mais il semble que l'exécution de l'accord conciste en beaucoup de particullaritez qui pourront encores avoir quelque trêt. Après l'arrivée de Mr de Foix, nous vous escriprons toutz deux plus amplement. Sur ce, etc.