Tant y a, Sire, que je prendray garde si l'adviz qu'on vous a donné là dessus a aulcun fondement, bien me semble que le conseil de deçà n'est si peu judicieulx qu'il veuille faire délaysser à ceste Royne l'ung ou l'aultre de deux grandz apuys qui luy sont proposés, pour suivre ce troisième bien foible, qui ne luy pourroit guières ayder, et qui seroit pour faire unyr les aultres deux contre elle. Dont ne fault doubter qu'elle ne cerche de s'accommoder en quelque bonne sorte avec Vostre Majesté, et, si elle ne le peult faire, qu'elle vouldra retourner, commant que soit, à l'intelligence du Roy d'Espaigne; mais, pour le présent, sa principalle entente, et des siens, est de parachever le propos de Mon dict Seigneur. Et encor que, de l'autre part, l'on offre à la dicte Dame de luy faire de grandz advantaiges, et à plus tollérables condicions que les nostres, ou au moins de mettre les choses d'Escoce en sa main, et que beaucoup de dons et de présens ayent desjà couru en cella avec encores de plus grandes promesses pour l'advenyr, et que soubz main, l'on ayt admonesté les Protestans de penser ainsy de ceste grandeur de Monsieur comme d'une authorité qui se va dresser contre eulx et contre leur religion, ces mauvais offices néantmoins n'ont peu encore avoir lieu, et ceulx qui les ont faictz, bien que ne leur en ayons opposez de semblables, n'ont sceu dissimuler leur dolleur qu'ilz n'ayent monstré avec larmes qu'ilz ne sçavent où ilz en sont. Ce que je laysse, Sire, à Mr de Foix de le vous discourre plus au long par le récit de plusieurs particullaritez qui sont advenues pendant qu'il a esté par deçà. Lequel aussi vous racomptera l'accidant des deux mil escuz que j'envoyois en Escoce, pour l'occasion desquelz l'on a despuys resserré davantaige le duc de Norfolc, comme s'il en estoit coulpable, et miz en la Tour ses deux secrétaires. Et parce que j'ay esté allégué, il y a heu deux seigneurs de ce conseil qui m'en sont venuz parler; ausquelz j'ay dict tout librement que Vostre Majesté, ayant entendu la perte des dix huict mil escuz et des monitions que Chesoin admenoit en Escoce, et la vollerie qu'on avoit faicte au Sr de Vérac, vostre agent, arrivant par dellà, d'avoir prins ses pacquectz, ses coffres, son argent et l'avoir arresté luy prisonnier; et ne sachant que les deux tiers de l'argent fût entré dans Lillebourg, comme on l'avoit entendu despuys, vous m'aviez commandé, Sire, de faire tenir au dict Vérac, ou à quelcun pour luy, le plus dextrement que je pourrois, mil escuz, ensemble une aultre petite partie que Mr de Glasco envoyoit par dellà; et de tant que c'estoit une chose qui concernoit vostre service, laquelle ne debvoit estre désagréable à la Royne, vostre bonne sœur, non plus qu'elle ne luy pouvoit estre en façon du monde dommageable, je prioys iceulx du conseil de faire envers elle que les dicts deux mil escuz fussent, par l'ordre mesmes de la dicte Dame, apportez au dict de Vérac, ou qu'elle me vollust donner saufconduict pour les luy envoyer, ou au moins me les faire randre; et, quoy que soit, qu'elle me mandât ce que j'auroys à en escripre à Vostre Majesté; dont, Sire, j'en attandz, d'icy à deux jours, la responce. Et parce que Mr de Foix est bien instruict de tout ce faict, je vous suplieray seulement, Sire, d'en parler, ou d'en respondre, à l'ambassadeur d'Angleterre, quant il vous en parlera, conforme à ce dessus, et me commander comme il vous playrra que j'en use; se continuant, au reste, toutes aultres choses icy, comme Mr de Foix les a layssées: que le Sr de Quillegrey partira bientost pour aller sollaiger Mr de Valsingam, et que milord de Burgley suyvra, si quelque accidant ne survient.

L'ambassadeur d'Espaigne a publié l'arrivée de don Joan d'Austria en Itallye, avec grand expectation de toute la Chrestienté qu'il exploictera encores cest esté plusieurs notables faictz d'armes sur le Turc. Ung allemant qui se faict appeller le comte de Lumey est arrivé, despuys huict jours, lequel est eschappé, à ce qu'on dict, par grand fortune, des mains des Espaignolz qui cerchoient de le prandre, parce qu'il favorisoit les partz du prince d'Orange. Je verray ce qu'il négociera par deçà; et sur ce, etc.

Ce viie jour de septembre 1571.

PAR POSTILLE.

Despuys la présente escripte, l'on a mené le duc de Norfolc à la Tour; et de tant, Sire, qu'il semble qu'on le travaille, et qu'on le veult recercher de sa vie, à cause que son secrétaire m'a vollu moyenner la conduicte de ces deux mil escuz au Sr de Vérac, vostre agent en Escoce, de quoy je ne sache qu'il soit en rien consent ny sçavant, je supplie très humblement Vostre Majesté d'employer, en quelque bonne sorte, sa faveur envers la Royne d'Angleterre, à ce que le dict duc et ses hommes ne souffrent aucun mal pour cella. Et, au surplus, Sire, j'entendz que l'accord, que milord de Burgley nous disoit estre faict en Escoce, est entre le comte de Morthon et le comte d'Arguil, lequel il a tiré de sa part, au préjudice toutjour de la cause de la Royne d'Escoce.

CCIVe DÉPESCHE

—du xiie jour de septembre 1571.—

(Envoyée jusques à Calais par Clearc, archier de la garde escoçoyse.)

Procédure contre le duc de Norfolk.—Danger de Marie Stuart.—Nouvelles d'Écosse; avantages remportés par les partisans de la reine.—Conclusion de l'accord sur les prises entre les Anglais et les Espagnols.—Entreprise des partisans de la reine d'Écosse sur Stirling.