Confirmation de l'entreprise sur Stirling.—Communication faite par Burleigh.—Mort du comte de Lennox.—Le comte de Mar nommé régent.—Rigueurs exercées contre Marie Stuart.—Assurances d'amitié données par Burleigh au nom d'Élisabeth.—Explications de l'ambassadeur.—Effet produit à Londres par l'arrestation du duc de Norfolk.—Hésitation des Anglais à l'égard de l'Écosse.—Nécessité pour le roi d'envoyer dans ce pays d'importans secours.
Au Roy.
Sire, ce que je vous avois mandé de l'hazardeuse entreprinse, que ceulx de Lillebourg avoient faicte pour surprendre dedans Esterling plus de soixante seigneurs comtes, lordz, évesques, abbés ou aultres principaulx de la noblesse, qui estoient là assemblez pour tenir ung parlement contre leur Royne, est très véritable, et n'a l'on ouy de longtemps rien de plus mémorable que cella, si l'yssue eust correspondu à son commancement; mais la chose enfin est devenue aulx termes que Vostre Majesté verra par les deux adviz cy encloz[14].
Tant y a que milord de Burgley m'a envoyé dire par le Sr de Quillegrey, son beau frère, que asseuréement le comte de Lenoz y a esté tué, et qu'aussitost le comte de Mar a esté créé régent, mais qu'on ne sçayt encore s'il aura accepté la charge; m'a mandé davantaige que, à cause de quelques pratiques qu'on a découvertes du duc de Norfolc, la Royne d'Angleterre a dellibéré de faire observer de plus près que jamais la Royne d'Escoce, et ne permettre que, de quelques jours, elle ayt aulcune intelligence par messaiges, ny par lettres, avec personne du monde, et par ainsy qu'elle me faisoit renvoyer ung pacquet, que naguières j'avois escript à la dicte Royne d'Escoce, bien que je le luy heusse dépesché par saufconduict; et, quant aulx choses d'Escoce, qu'elle avoit mandé à son ambassadeur qu'après le retour de Mr de Foix il en allast tretter avec Vostre Majesté, à quoy pensoit qu'il ne feroit faulte; au regard de ce qui estoit advenu des deniers que j'envoyoys en Escoce, qu'elle en avoit prins ung peu de souspeçon, mais qu'elle s'asseuroit tant de la parfaicte amytié de Vostre Majesté qu'elle en demeuroit hors de toute deffiance, et s'asseuroit aussi que ne prendriez sinon de bonne part la dilligence que, pour la conservation de son estat, elle mettoit de vériffier les pratiques que Ridolphy avoit menées contre elle, où il avoit toutjour, dez le commancement, vollu pourvoir que ne fussent communiquées à moy, vostre ambassadeur, ès quelles la dicte Royne d'Escoce et le dict duc se trouvoient à ceste heure meslez. Et adjouxtoit de soy, le dict de Burgley, qu'il ne voyoit pas pour cella qu'il deubt venir rien de réfroydissement au bon propos, et que l'ung de quatre seigneurs: savoir, du comte de Betfort, de milord de Boucost, de mestre Smith ou de luy; avoient esté proposez pour aller devers Vostre Majesté sur la correspondance du voyage de Mr de Foix, après qu'on auroit receu responce du Sr de Valsingam, bien que la Royne, sa Mestresse, ne vouldroit estre veue aller recercher ce dont l'advantaige, réservée aulx dames, requiert qu'elle soit recerchée.
J'ay respondu, Sire, à chacun poinct sellon que j'ay estimé convenir à la grandeur de Vostre Majesté, et à l'entretennement de vostre commune amytié avec ceste princesse, et au desplaysir que vous aurez si la Royne d'Escoce est maltrettée, ensemble au regrect qui vous touche de ces désordres qui continuent entre les Escossoys, avec un desir infiny d'y remédier, ce que je n'estendz icy aultrement pour éviter longueur; et que je percistoys, quant aulx deux mil escuz, de les demander et d'estre prest d'aller satisfaire la dicte Dame comme je les ay baillez, et de n'avoir jamais heu pratique avec le duc de Norfolc ny avec nul des siens; que, touchant le propos du mariage, Mr de Foix avoit emporté les responces, ès quelles il n'avoit garde d'y rien empyrer, mais bien luy avoit semblé expédiant que quelcun des seigneurs de ce conseil deust aller remonstrer à Vostre Majesté combien toutz eulx les estiment raysonnables.
Or espérè je, Sire, de veoir bientost la dicte Dame et vous mander ce que là dessus elle m'aura vollu plus ayant discourir; cependant, pour vous mieulx tesmoigner des durs déportemens qu'on use envers la Royne d'Escoce et des profondz souspirs qu'elle en adresse à Vostre Majesté, et pour vous faire veoir aussi quel est l'estat présent de son royaulme et comme l'on continue de le vouloir toutjour broiller, qui néantmoins monstre d'attandre sa ressource de la faveur de Vostre Majesté, et que icelle luy viendra à ceste heure plus opportune et plus utille que jamais, je vous envoye l'extrêt de la dernière lettre, du viiie du présent[15], que j'ay receue de la dicte Royne d'Escoce; avec une aultre lettre qu'elle m'a secrectement escripte, le mesmes jour, de sa mein, et deux lettres du Sr de Vérac du vingtiesme et trentiesme du passé, avec celle que, du dict mesmes xxxe, le Sr de Ledinthon a escript à Mr de Roz. Sur toutes lesquelles, après les avoir bien considérées et consultées, et les avoir communiquées à Mr de Glasco, comme la Royne, sa Mestresse, le desire, je vous supplie très humblement, Sire, y vouloir prendre une bonne et bien honnorable résolution, et faire appeller l'ambassadeur d'Angleterre affin de luy en faire aultant entendre comme Vostre Majesté jugera qu'il en sera expédiant pour n'altérer l'amytié de sa Mestresse, et justiffier les honnestes debvoirs dont vous avez toutjours usé vers elle en cest endroict. Et sur ce, etc.
Ce xvie jour de septembre 1571.
A la Royne.
Madame, il semble que l'accidant du duc de Norfolc et celluy du comte de Lenoz facent desirer davantaige à ceste princesse, et aulx siens, la conclusion du propos encommancé, affin de mieulx asseurer l'estat de ce royaulme: car, ainsy qu'on a ramené le dict duc à la Tour, le peuple de Londres, lequel on a toutjour estimé luy estre le moins affectionné du royaulme, a néantmoins accouru de toutes partz pour le veoir et le saluer, et pour dire tout hault qu'il estoit plus homme de bien et plus loyal subject de leur Royne que ceulx qui l'accusoient, et qu'ilz prioient Dieu de conserver son ignocence et de confondre ceulx qui cerchoient sa mort. D'ailleurs, ilz voyent que les choses d'Escoce ne leur succèdent ainsy qu'ilz desireroient, et qu'il leur est besoing, s'ilz y veulent rien establyr à leur dévotion, d'y aller à plus grandes et ouvertes forces, et à plus de fraiz qu'ilz n'y employent; dont semble qu'ilz s'en trouvent assez perplex. Je croy bien qu'ilz feront, à ceste heure, des nouvelles dellibérations ès dictes choses d'Escoce, et qu'ilz envoyeront pratiquer le comte de Mar, et, possible, dépescheront quelques gens de guerre de dellà, par prétexte de venger la mort du dict de Lenoz; mais les lettres du Sr de Vérac monstrent que si, de la part de Voz Majestez Très Chrestiennes, arrivoit, sur ceste conjonction de temps, quelque personnaige d'authorité et de grande qualité vers les Escossoys, avec quelques moyens de vostre faveur, que les ungs et les aultres se réduyroient facillement à l'intelligence de France, et viendroient à paciffication entre eulx, au grand honneur de Voz Majestez et grande réputation des affaires du Roy, non seulement en ceste isle, mais par toute la Chrestienté. Je ne vous diz rien, Madame, de l'extrémité en laquelle la Royne d'Escoce, vostre belle fille, s'estime estre réduicte, car ses propres lettres vous en parleront assés; seulement vous supplie très humblement me commander l'office qu'il vous playt que je y face, conforme à ce que vous sçavez commant la Royne d'Angleterre le prendra. Et sur ce, etc.
Ce xvie jour de septembre 1571.