Par postille à la lettre précédente.
Comme je fermoys la présente, m'est arrivé, d'ung costé, la dépesche de Vostre Majesté, du xxe du passé, et, de l'aultre, la confirmation du susdict dernier article, de la retrette honteuse de ceulx d'Esterlin de devant Lillebourg, sans avoir ozé donner l'assault, combien qu'il y eust bresche raysonnable; et j'ay receu l'advis que maistre Pierre Caro est desjà désigné pour aller devers Vostre Majesté, et qu'il sera faict vischamberlan et du conseil. Il est personnaige de bonne mayson, riche et bien estimé par deçà, assés bien affectionné à la France et fort intime de milord de Burgley.
A la Royne.
Madame, sellon les propos que le comte de Lestre m'a naguières tenuz, lesquelz je récite en la lettre du Roy, le Sr de Valsingam semble n'avoir bien comprins la responce que Vostre Majesté luy a faicte, touchant les deux mil escuz qui alloient en Escoce, bien qu'il l'a au moins escripte en façon que la Royne d'Angleterre ne doubte plus que je ne les aye baillez, mais dict que Vostre Majesté n'advouhe pas qu'ilz soient provenuz du Roy ny qu'ilz fussent envoyez au Sr de Vérac, son agent en Escoce. A quoy, Madame, je vous suplie très humblement que, la première foys que le dict Sr de Valsingam viendra à l'audience, il vous playse luy dire qu'après vous estre mieulx informée du faict des dicts deniers, vous avez trouvé que la moictié d'iceulx provenoit du Roy, et l'aultre moictié d'une partie que Mr de Glasco m'avoit adressée; mais que le tout estoit envoyé par vostre commandement au Sr de Vérac, et que pourtant vostre vouloir est qu'ilz soient remiz en mes mains: car, Madame, cella emporte grandement à la réputation de voz affaires, et au bien de vostre service par deçà. Et encores semble que le dict Sr de Valsingam n'ayt bien remonstré à la Royne, sa Mestresse, que Voz Majestez ayent à cueur le faict de la Royne d'Escoce et de son royaulme. Néantmoins j'espère aller trouver bientost la dicte Royne, sa Mestresse, pour continuer toutjours la gracieuse négociation d'amytié et de bonne intelligence, qui est commancée entre Voz Majestez et elle, et réduyre le tout aulx meilleurs termes qu'il me sera possible. Et sur ce, etc.
Ce ve jour de novembre 1571.
CCXVIIe DÉPESCHE
—du xe jour de novembre 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Affaires d'Écosse.—Audience.—Assurances réciproques d'amitié.—Mise en jugement des seigneurs qui sont détenus à la Tour.—Déclaration de l'ambassadeur que le roi est sommé de secourir les Écossais.—Réponse d'Élisabeth qu'elle consent à charger le nouvel ambassadeur envoyé en France d'entrer en négociation à ce sujet.—Victoire de Lépante.—Inquiétude que cette nouvelle cause en Angleterre.