Et semble bien que, pour le moins, l'authorité de la dicte Dame, avec l'association de son filz à la couronne, doibt estre restablye, et que une forme de gouvernement soit dressé des seigneurs de la noblesse, aultant de l'ung party que de l'aultre, pour régir le pays, attandant le retour de leur Royne et la majorité du jeune Roy, et qu'il soit faict un compromiz entre les deux Roynes d'Angleterre et d'Escoce, pour déterminer leurs différans par ung bon tretté: et cependant soit pourveu à ce que la Royne d'Escoce ayt ung honnorable trettement, et soit tenue en quelque honneste liberté, ses serviteurs remiz auprès d'elle, son ambassadeur eslargy et admiz à continuer sa charge, o[19] condition toutesfoys que la dicte Royne d'Escoce, ny ses ministres, ne mèneront aulcune pratique, ny dehors ny dedans ce royaulme, au préjudice de la Royne d'Angleterre; et que mesmes elle baillera ostages de ne s'en aller cependant hors d'icy, sans le congé de la dicte Royne d'Angleterre.

Il est vray que, quant à capituler des dictes condicions, qui concernent la dicte Royne d'Escoce et les Escouçoys, eulx mesmes vouldroient estre ouys, et leur intention se pourra comprendre par deux lettres que le Sr de Sabran emporte, l'une de la dicte Dame, du viie novembre, et l'aultre du Sr de Vérac du xxiiie du dict moys, dont celle de la dicte Dame monstre qu'elle ne veult aulcunement associer son filz; mais je luy ay mandé qu'elle se donne paix, et se veuille reposer de cella sur l'amytié que le Roy luy porte, qui ne conclurra rien qui ne soit à l'advantaige d'elle, et sans que ses proches parans et son ambassadeur soyent appellez.

Quant à toutes aultres condicions, Leurs Majestez Très Chrestiennes les entendent mieulx que je ne les sçauroys considérer; tant y a que, pour tenir ceux cy bien obligez à la ligue, et garder que légèrement ilz ne s'en départent, il n'y a rien meilleur que de transporter le traffic de ce royaulme, qui se faict à ceste heure à Hembourg, en quelque bonne ville de France, et leur ottroyer là de bons privillèges.

Le comte de Lestre et milord de Burgley se monstrent desirer infinyement la conclusion de ceste amytié pour la seurté de leur Royne et pour l'establissement du présent estat du royaulme, et ceulx là, sans aultres, mèneront les choses à perfection, si elles y doibvent jamais venir; dont ceulx, qui entendent les humeurs de ceste court, disent que, quel que ce soit, des deux, sçait très bien que le Roy d'Espagne donne entretennement à ses partisans qu'il a en ceste court, et qu'il est sans doubte qu'ilz s'attendent d'estre gratiffiez du Roy, mesmes qu'ilz sont sollicitez par grandz présens de l'autre costé, mais qu'ilz se contanteront à beaucoup moins de cestuy cy: quoy que soit, il semble estre nécessaire de leur donner quelque chose, et mesmes, à ceste heure, affin de passer oultre. Leurs Majestez entendront là dessus, s'il leur playt, le Sr de Sabran, et jugeront que leur présente libérallité en cest endroict, de mil escuz, sera pour leur espargner, ou pour les choses de France, ou pour celles d'Escoce, la despence possible de cent mil.

Les articles que le Sr Fiesque a raportez de Flandres ont semblé durs aulx Anglois; et la Royne a monstré qu'elle n'estoit pour les accorder en la sorte qu'ilz sont. Tant y a que les depputez des Pays Bas y donnent de si bonnes interprétations qu'il semble qu'à la fin ilz s'accorderont, mais ce sera au grand advantaige de la dicte Dame si elle trouvoit quelque bonne correspondance en France, aultrement je croy bien qu'elle fera une partie de ce qu'on vouldra.

Elle m'a curieusement demandé si l'ambassadeur d'Espaigne s'en estoit allé d'auprès du Roy sans congé, comme le Sr de Valsingam le luy avoit escript, et si le Roy avoit retiré le sien d'Espaigne. A quoy luy ayant respondu que je croyois que non; et que, si l'ung ou l'aultre s'estoient remuez de leur place, que c'estoit affin de changer d'air pour leur santé, elle m'a dict, en ryant:—«Qu'elle vouloit renvoyer celluy, qui est icy, du Roy d'Espaigne, parce que, encores despuys cinq jours, il avoit faict de mauvaises pratiques contre elle.» Et présume la dicte Dame et la pluspart des siens qu'il y doibve avoir guerre entre le Roy et le Roy d'Espaigne; de quoy ilz monstrent estre fort ayses.

De ce que milord Housdon a négocié avec les Escouçoys, la lettre du Sr de Vérac en déclairera une partie; tant y a que j'entendz que, quant le comte de Morthon et l'abbé de Domfermelin ont esté à Barvyc, et ont entendu qu'on ne leur parloit que de faire quelque accord avec ceulx de l'autre party, qu'ilz ont remonstré qu'ilz ne pensoient estre là appellez pour cest effect, ains pour recepvoir les deniers, les monitions, les armes et les gens, que la Royne d'Angleterre leur avoit promiz pour forcer la ville et le chasteau de Lillebourg. Sur quoy milord de Housdon leur a respondu que la dicte Dame estoit en la mesme vollonté, qu'elle leur avoit dict, d'establyr, comment que ce fût, l'authorité du jeune Roy et de son régent en Escoce, et que, si cella se pouvoit conduyre sans envoyer armée dans le pays, affin de n'irriter le Roy Très Chrestien, et ne foller les subjectz, que cella seroit le meilleur; mais qu'ilz s'asseurassent que, si l'on n'y pouvoit parvenir par ce moyen, que dans le commancement de mars, elle leur bailleroit de quoy pouvoir, en une sorte ou aultre, achever leur entreprinse; et que cependant ilz fortifiassent le Petit Lith pour y recepvoir le secours qu'elle leur envoyeroit. De laquelle promesse iceulx de Morthon et Domfermelin se sont contantez, et le mareschal Drury sur icelle est venu poursuyvre en ceste court ce qui faict besoing pour l'accomplyr.

Il y a icy ung ambassadeur secrect, de la part du comte Palatin, qui propose le mariage du comte Christofle, troisiesme filz de son Maistre, eagé de xxii ans, avec la dicte Royne d'Angleterre. Je ne sçay encores comme il est escouté, mais le comte de Montgomery m'a confessé qu'il estoit venu parler à luy, et que le dict comte luy avoit respondu que, quant il pourroit quelque chose en cest endroict, qu'il l'employeroit tout pour Monsieur, qui estoit frère de son Roy.

Il importe assés avec qui maistre Smith aura à négocier, et luy mesmes m'en a parlé, et a regrecté feu messieurs de Laubespine et de Bourdin. Je luy ay respondu qu'il négocieroit principallement avec Leurs Majestez et avec Monseigneur, car c'estoit ceulx là qui entendoient eux mesmes meintenant à leurs affaires; de quoy il a esté fort ayse. Puys luy ay nommé les seigneurs du conseil du Roy, et il a desiré de pouvoir tretter avec messieurs de Morvilliers, de Limoges et de Foix; et m'a demandé si monsieur de Montmorency y seroit, et encores si monsieur l'Admyral s'aprochoit pas, à ceste heure, aulx affaires de Sa Majesté.

La procédure contre ces seigneurs, qui sont dans la Tour, se pourra comprendre par l'extraict d'une lettre que j'ay miz peyne de recouvrer, laquelle ceux de ce conseil ont tirée de l'évesque de Roz, adressante à la Royne d'Escoce; et cependant je sçay qu'on a envoyé en Allemaigne pour consulter avec aulcuns princes si, s'estant la Royne d'Escoce venue à refuge en ce royaulme, et se trouvant à ceste heure qu'elle a pratiqué une rébellion et sédition contre la Royne d'Angleterre, la dicte Royne d'Angleterre la peult justement retenir; et plusieurs gens de lettres de ce royaulme sont après à escripre sur cet article.