Sir Raf Sadeller est party, le xxviiie du passé, pour aller garder la Royne d'Escoce, pendant que le comte de Cherosbery vient présider en la cause du duc de Norfolc avec les douze pairs. Il me semble, Madame, que les depportemens de ceulx cy vous admonestent bien fort de presser ce qu'avez à faire avec eulx, et tirer, le plus tost que pourrez, une conclusion de la négociation de Mr Smith, sans en remettre rien au temps; car ilz se veulent trop servyr d'icelluy pour leurs commoditez, et n'ont nulle considération aulx vostres: et puys leurs évènementz sont si incertains et muables qu'il les fault prendre, pendant qu'on les trouve en une si bonne disposition comme à présent ilz sont, ou bien le tout reviendra despuys à rien.
J'entendz que dom Francès d'Alava, voulant par trop précipiter son retour en Espaigne, s'est embarqué, avec plusieurs aultres, par ung si maulvès temps, en Zélande, que leur vaysseau et tous ceulx qui estoient dedans se sont perduz. L'ambassadeur d'Espaigne, qui estoit icy, est encore attandant à Gravesines le mandement du duc d'Alve, et luy a l'on préparé deux navyres de conserve pour le passer dellà. Sur ce, etc. Ce iiie jour de janvier 1572.
CCXXVIIIe DÉPESCHE
—du ixe jour de janvier 1572.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jean Monyer.)
Raffermissement de la paix en France.—Nouvelles d'Écosse.—Combat dans les faubourgs de Lislebourg.—Nouvelles de Marie Stuart.—Affaires d'Espagne.—Efforts des députés des Pays-Bas pour renouer la négociation du traité sur les prises.
Au Roy.
Sire, par ma dépesche de devant ceste cy, laquelle est du iiie de ce moys, il a esté satisfaict à celle que j'ay despuys reçue de Vostre Majesté, du xxiiiie du passé, en ce qui concerne les choses advenues à Paris, desquelles et des aultres bruictz, qui ont couru de monsieur de Guyse et de monsieur l'Admyral, j'en avois desjà si bien informé la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil, sur voz précédentes du xixe, qu'il n'a esté besoing de leur en donner plus grand esclarcissement. Et me semble, Sire, qu'ilz sont demeurés très bien persuadés de la paix de vostre royaulme, sinon que le Sr de Quillegrey, par ses dernyères, leur en ayt faict penser aultrement; lequel a escript que la Royne de Navarre avoit refuzé de venir, parce que Mr de La Valète, avec sa compagnie, estoit dedans Leytoure, et qu'elle disoit ne pouvoir vivre sans beaucoup de souspeçon, tant qu'elle sentiroit ceste garnison si près d'elle. Je n'ay, à présent, nul plus grand soing que de faire comprendre à ceulx cy que Vostre Majesté a, en sa main, son royaulme très paysible et très puissant, pour meintenir très bien et apuyer le leur, quant il en sera besoing, et qu'ilz le doibvent ainsy espérer et s'en assurer parfaictement, aussitost que Vostre Majesté leur en aura donné sa parolle. Et ay bien tant faict, Sire, que, despuis six jours, ilz ont envoyé amplyer la commission de Mr Smith, et luy ont mandé d'estreindre les choses le plus tost que faire se pourra, et qu'il offre ardiment, de la part de sa Mestresse, d'accomoder, par commune intelligence avec Vostre Majesté, les choses d'Escoce, sans y envoyer des forces; et que mesmes elle retirera celles qui s'y pourroient trouver de sa part, car ne me veulent dissimuler que la dicte Dame ne soit preste d'y en envoyer, aussitost qu'elle entendra que des estrangers y seroient descendus. Tant y a que je ne puis pour cella changer de l'opinyon, que j'ay desjà mandée, touchant le passage de milord de Flemy et de Mr Du Croc par dellà, veu que ceulx cy ne cessent d'instemment presser et solliciter ceulx de Lillebourg, desquelz ilz attandent leur responce en brief, par le capitaine Caje, qui est encores devers eulx, et lequel je sçay qu'a escript que l'espérance des choses, que les dicts de Lillebourg attendent, d'heure en heure, du costé de France par milord de Flemy et par le frère du capitaine Granges, les faict tenir fort fermes.
Il y a heu du combat assés rude dans les faulxbourgs du dict Lillebourg, de quoy, et des aultres choses que le dict capitaine Caje rapportera de dellà, j'espère, Sire, de vous en escripre bien au long aussytost qu'il sera arrivé. Je n'avois failly, dès le iie du passé, par une dépesche que j'avois faicte au Sr de Vérac, de l'assurer, touchant ces mauvais et pernicieux bruietz, qu'on faisoit courir par dellà, qu'ilz estoient faulx et malheureusement controuvés; et je le luy confirmeray encores par la première commodité que j'auray de luy escripre.
J'ay obtenu de pouvoir envoyer aulcunes besoingnes à la Royne d'Escoce pour sa santé, mais avec condition que le messager doibve estre muet. Je le luy ay desjà dépesché, et luy ay mandé toute la consolation, de la part de Vostre Majesté, qu'il m'a esté possible. Sir Raf Sadeller est desjà auprès d'elle, et me creins assés que, pendant que le comte de Cherosbery sera icy, l'on la vueille remuer au chasteau de Herfort: car j'entendz qu'on y a faict quelques provisions, et qu'on y envoyé de la tapisserie, et ne voy point que, pour le bon propos où ceulx cy sont avec Vostre Majesté, ilz monstrent nul signe de modération vers ceste princesse, ny vers son ambassadeur, qui est fort estroictement tenu, et bien fort mal tretté; et néantmoins la cause d'elle, et celle du duc de Norfolc, n'ont faulte de leur support qui se manifeste en plusieurs sortes dans ceste court, et ceulx de ce conseil en ont, à toute heure, des adviz secretz; et voyent souvant des placartz et des libelles diffamatoires qui s'en publient contre eulx, dont ilz vivent en grande souspeçon et deffience les ungs des aultres.