A la Royne.
Madame, le doubte en quoy l'on m'avoit miz que la Royne d'Angleterre se vouloit déterminer à la guerre, ainsy que, par mes précédantes, je le vous ay mandé, a esté cause dont j'ay esté, naguières, devers elle à Grenuich, pour sonder, par divers propos, ce qu'elle en avoit en opinion; et de tant que le sommaire des dictz propos, avec sa responce, est en la lettre que j'escriptz au Roy, laquelle responce je suplie Vostre Majesté vouloir entendre, car elle me l'a faicte fort considéréement et avec grand affection, je ne la réciteray, icy, de nouveau, seulement je y adjouxteray, Madame, qu'ayant toutjour miz peyne d'entretenir ceste princesse en quelque craincte de guerre, aussi bien qu'en une grande espérance de paix du costé de France, sellon qu'elle se vouldroit bien ou mal déporter envers Voz Majestez, il a succédé qu'avec la naturelle inclination qu'elle a d'évitter affères et despence, et par l'assistance d'aulcuns principaulx d'auprès d'elle, nous avons diverty, jusques à ceste heure, la déclaration de guerre où l'on s'est tant esforcé de la fère entrer. Je ne sçay dorsenavant que pourra produyre le temps, ny si la multiplication des affères de vostre royaulme et l'entreprinse qu'a faict le duc de Deux Pontz d'entrer si avant en pays, et les aprestz qu'on dict qui se font en Allemaigne pour le renforcer, et ce, qu'on ne voyt mouvoir que fort froidement les aultres princes catholiques à ceste entreprinse, fera monter quelque nouvelle entreprinse au cueur de cette princesse; car vous sçavés, Madame, ses prétentions, et je vous puys asseurer qu'elle est merveilleusement persuadée et sollicitée de les poursuyvre meintennant. Elle a de l'argent et est après à lever encores ung emprunct, elle a ses navyres aulcunement prestz, assés d'armes, d'artillerye et monitions de guerre prestes, la monstre s'est, despuys ung moys, faicte en ce royaulme, ses intelligences sont establyes avec les princes d'Allemaigne et avec ceulx de la Rochelle, et, dict on qu'il y a une levée de reytres preste pour elle, quant elle vouldra; mais l'espérance que j'ay, après Dieu, est en la prospérité et bon succez de voz affères, d'où je sens bien que de là dépendra toutjour le mouvement de ce royaulme, et je mettray bien peyne, aultant qu'il me sera possible, que vous n'en ayés du tout point de mal, au moins qu'il vous en viègne le moins que fère se pourra.
Et, quoy que soit, ilz ne pourront, quel présent apareil qu'ilz ayent, estre si soubdains en leurs entreprinses, que je ne vous donne toutjour, tout à temps, advertissement de ce qui debvra sortir d'icy, pour y pouvoir remédier. Et, à présent, grâces à Dieu, les choses vont encores assés bien, ainsy que je le mande en la lettre du Roy, avec espérance de les fère encores mieulx porter, s'il ne survient mutation, chose qui est fort ordinaire en ceste court; mais je vous donray plus grand confirmation du tout par ung des miens, que j'envoyeray bien tost devers Voz Majestez, ne voulant cependant, Madame, obmettre de vous dire que pour taster en quelle disposition est ceste princesse sur les affères des Pays Bas, esquelz j'entendoys qu'on trettoit accord, je luy ay demandé congé de pouvoir fère ung honneste debvoir de visitation envers l'ambassadeur d'Espaigne, affin de n'estre veu manquer, de ma part, à ce que l'étroicte amytié et alliance d'entre noz deux maistres nous oblige mutuellement l'ung à l'aultre; ce que la dicte Dame a vollu différer de m'accorder: mais, enfin, elle m'a octroyé de l'envoyer visiter par ung des miens, en ce que je luy donroys charge dire au dict sieur ambassadeur que la deffance, qu'elle m'en a faicte jusques icy, a esté pour avoir trop de quoy se plaindre de luy, mais qu'elle me le concède meintennant pour ne fère tort à mon office: et ainsy, je l'ay envoyé visiter avecques toutes bonnes parolles, qui néantmoins ont esté dictes en présence du gentilhomme qui le garde.
J'ay aussi, de la part de Voz Majestez, vifvement insisté à la dicte Dame qu'elle veuille poursuyvre sa bonne et vertueuse dellibération sur le restablissement de la Royne d'Escoce. A quoy elle m'a promiz d'y mettre la main à bon escient, et qu'elle n'attend que quelques depputez, qui doibvent venir d'Escoce, pour y commancer. Ung navyre, d'un certain merchant escouçoys, nommé Cabran, qui alloit porter des armes, de l'artillerye et des monitions de guerre au comte de Mora a coru en fons, près de Neufchastel. De quoy aulcuns, icy, sont bien marrys, aultres en sont bien ayses, et samble que les affères de la Royne d'Escoce vont plus en amandant que empirant, qui est tout ce que, pour le présent, je diray à Votre Majesté. Et sur ce, etc.
De Londres ce xve de juing 1569.
L'ambassadeur de France a la Royne d'Angleterre, touchant les responces qui lui ont esté faictes sur sa dernière remonstrance, du xxve d'apvril 1569.
Je n'ay peu, ny vollu, doubter que Vostre Majesté n'ayt pareille estime de l'amytié du Roy, Mon Seigneur, que le Roy l'a toutjour eue de la vostre, estant les deux cogneues importer grandement au proffict et utillité de l'ung et de l'aultre.
Ce qui m'a faict ozer franchement requérir Vostre Majesté qu'il vous pleût donner ung semblable tesmoignage de vostre amytié envers le Roy, au proffict de ses subjectz, que le Roy au proffict des vostres en a, naguières, par son ordonnance, du xıııȷe d'avril dernier, donné ung bien exprès de celle qu'il vous porte;
Ayant Sa Majesté Très Chrestienne espéciallement, et oultre la généralle mencion de ses alliez et confédérez, mandé qu'on ayt à asseurer la mer et le commerce par tout son royaulme, nomméement aulx Anglois, et leur rendre, et restituer, tout ce qui se trouvera avoir esté prins et arresté sur eulx despuys ces troubles;
Là où l'ordonnance, que Vostre Majesté a faicte, du xxvıȷe d'avril ensuyvant, bien qu'on m'allègue qu'elle pourvoit suffizamment aulx Françoys, ne porte toutesfoys rien de plus expécial pour leur asseurer la mer et le commerce par deçà, que pour ceulx mesmes qui sont excluz d'y venir, tant elle est généralle pour toutz navigans;