Et au comte de Cherosbery a esté envoyé une commission de lieutenant de Roy en la contrée où est assize sa principalle mayson, le deschargeant de la garde de la Royne d'Escoce, laquelle, pour ceste occasion, il doibt admener, à ce qu'on dict, du premier jour en la ville de Conventry, là où le comte de Huntingthon la recepvra de rechef en sa charge, pour la conduyre à Quilingourt, maison du comte de Lestre, ou bien à Vuyndesor, d'où l'on dict que la Royne d'Angleterre, pour luy faire place, s'en vient la sepmaine prochaine à Hamptoncourt, et la consigner là en la garde de quelque aultre, lequel je ne sçay encores qui ce sera.

L'on dict que les dicts eslevez demandent cinq choses:

La première, est la réunyon de la religion avec réformation d'icelle, et, quoy que soit, le restablissement de la catholique par tout le royaulme, affin que les estrangiers n'entrepreignent de l'y venir restablir;—la seconde, est le règlement du Conseil d'Angleterre pour y remettre les principaulx et plus anciens de la noblesse qui avoient accoustumé d'en estre, et chasser aulcuns nouveaulx, que mal à propos l'on y a introduict;—la troisiesme, est la délivrance du duc de Norfolc et aultres seigneurs, qui sont en prison ou en arrest;—la quatriesme, est la restitution de la Royne d'Escoce à sa couronne, comme prochaine parante et héritière présomptive de celle de ce royaulme après sa cousine;—et la cinquiesme, est de chasser d'Angleterre toutz les estrangiers, qui y sont fuytifz des aultres pays;—et m'ont aulcuns asseuré d'avoir leu de leurs escriptz qui contiennent tout cella. Tant y a que celluy que j'ay veu ne touche que le poinct de la religion, en la forme que Vostre Majesté verra. Bien pensè je que de leur costé soit venu certain libelle diffamatoire contre l'estat de ce gouvernement et contre ceulx qui le manyent, à cause duquel je croy que la Royne d'Angleterre et son conseil ont ainsy passé oultre à déclairer rebelles les deux comtes et ceulx qui sont avec eulx de ceste entreprinse, comme le porte sa proclamation.

Le marquis de Chetona n'a pour encores grande espérance de pouvoir accorder les différans d'entre ce pays et les Pays Bas, veu certaine responce que la Royne d'Angleterre luy a desjà faicte sur la deffectuosité de son pouvoir; tant y a que, avec assés de regrect d'elle et des siens, vers lesquelz croyt le souspeçon de la demeure du dict marquis par deçà despuys ces troubles, il a vollu attandre encores une responce du duc d'Alve, premier que de prendre congé; et semble que, en toutes sortes, le dict accord est recerché de la part du Roy d'Espaigne, voyre avec désavantaige, dont sera merveille si en fin ceulx cy ne condescendent de l'accepter, voyantz mesmement les choses du dedans de leur royaulme n'aller si bien qu'ilz puissent entendre à celles du dehors. Sur ce, etc.

De Londres ce xxxe de novembre 1569.

A la Royne.

Madame, ayant comprins, par le retour du dict Sr. de La Croix et par les lettres qu'il m'a apportées, beaulcoup de choses de vostre intention, je mettray peine de les accomplir le plus entièrement qu'il me sera possible, et me semble que la bonne lettre, que le Roy a escripte à monsieur l'ambassadeur d'Angleterre, touchant l'interception de mon pacquet, et touchant le faict de la Royne d'Escoce, a esté bien à propos. L'on dict que la Royne d'Angleterre porte ung merveilleux ennuy dans son cueur de ceste eslévation du North, disant avecques larmes qu'elle n'a rien moins mérité que cella de ses subjectz, et qu'elle ne peult croyre qu'ilz ayent sitost oblyé les bons trettemens qu'ilz ont toutjour receu d'elle, pour s'en monstrer à ceste heure si ingratz; et qu'il fault que cella procède de la menée d'aulcuns estrangiers, dont est entrée en grande souspeçon et deffiance du duc d'Alve et des ministres du Roy d'Espaigne, et se crainct assés de Voz Majestez Très Chrestiennes pour les choses qu'elle sçayt que les siens ont mené avec ceulx de la Rochelle; mesmes qu'il semble,

Chiffre.—[Qu'ung nommé le Sr. Standen, Anglois, lequel, despuys la mort du feu Roy d'Escoce, s'est tenu en France, ayt, entre aultres particullaritez de la bataille et de ce qui a succédé despuys icelle, naguières escript à ung sien frère en ceste ville, qu'il se préparoit quelque entreprinse en France contre ce pays, dont icelluy frère a esté interrogé là dessus, et de certaine prison appellé le Flit où il avoit esté long temps dettenu l'on l'a remué dans la Tour,]—Vostre Majesté advisera s'il sera bon de rasseurer ceste princesse de vostre part, ou la laysser en ce suspens.

Les adviz, qu'on a icy d'Allemaigne, sont que le duc de Cazimir a sa levée de quatre mille chevaulx et quelques gens de pied toute preste, et, qu'aussitost qu'il aura touché certain argent, que je présume estre celluy des bagues de la Royne de Navarre, qu'il marchera. Je ne sçay si Mr. de Lizy aura trouvé les deniers si prestz de dellà, mais le Sr. Grassan, qui est après à cercher icy parmy les merchans cinquante mil {lt} esterlin (c'est cent soixante sept mille escuz) pour frayer à la guerre qui se commance icy, ou pour envoyer en Allemaigne, pensant les pouvoir trouver en quatre heures, n'a, en dix jours, peu assembler qu'envyron cinquante mil escuz; n'ozantz ceulx cy encores distribuer rien de ce qui est provenu d'Espaigne. Néantmoins, sellon aultres adviz qui sont venuz du duc d'Alve, l'on dict qu'il ne s'entend encores pas ung mouvement de guerre en Allemaigne.

Chiffre.—[L'homme merqué de pouldre au visaige]—m'est, despuys dix jours, venu deux foys dire adieu pour s'en retorner, allégant quelques occasions de son retardement, et en fin, m'a dict qu'il avoit fort bien accomply ce qu'il avoit à faire par deçà. Sur ce, etc.