Le comte de Pembrot a envoyé remercyer ceulx du conseil de la charge qu'ilz luy ont donnée sur deux provinces, qui sont prez de sa mayson, et qu'il mettra peyne d'en rendre bon compte à sa Mestresse.

Au retour du comte de Betford du pays de Galles, l'on l'a envoyé adjoinct au viscomte de Montegu en Sussex, pour quelque souspeçon qu'on a du dict vyscomte, et ne se peult l'on encores bien asseurer du mesmes comte de Sussex.

Les armoyries du comte de Northomberland ont esté dégradées et ostées publiquement par le Hérauld Jarretière du reng des aultres qui estoient à Vuyndezor, et mises bas avec ignominie, follées aulx piedz et puys jectées aulx fossez, après ung sermon qui a esté faict exprès pour cella.

Le marquis de Chetona ne donne encores grand advancement à ses affaires; néantmoins il est toutjour près de Vuyndezor, attandant d'un costé certaine responce du duc d'Alve, et de l'autre l'oportunité de pouvoir trouver ceste Royne et les siens en quelque bonne disposition, pour leur faire mieulx gouster ses honnestes offres et raysons qu'ilz n'ont encores faict; et leur a le dict marquis uzé de si gracieuses et humbles parolles et démonstrations pour son regard, et pour ceulx qui sont avecques luy, que l'on n'a plus tant de souspeçon d'eulx comme l'on avoit, et a esté commandé fort expressément de ne leur faire aulcun desplaysir, ainsy que l'on commançoyt de les arceller et quereller à tout propos et leur faire beaulcoup d'indignitez. Sur ce, etc.

De Londres ce ve de décembre 1569.

A la Royne.

Madame, ne sachant qu'il soit advenu aultre chose, despuys ma précédante dépesche, laquelle est du dernier du passé, ez entreprinses de ceulx du North, ny aulx aprestz qu'on faict icy contre eulx, que ce que j'en escriptz présentement en la lettre du Roy, je ne vous en manderay rien davantaige en ceste cy; mais je vous diray au surplus, Madame, que de la bonne lettre que Voz Majestez escripvirent, le ııȷe de novembre, à l'ambassadeur d'Angleterre, sur la vollerie de mon pacquet et sur les affaires de la Royne d'Escoce, joinct l'instance que j'en ay faicte icy sur le lieu, sont advenues deux choses, oultre mon expectation:

L'une, que, ayant la Royne d'Angleterre juré sur ung livre de ses oraysons qu'elle estoit ignorante du faict de mon pacquet, et qu'elle mettroit peyne de m'en faire justice, ung homme incogneu vint, devant hyer, sur les huict heures du soir, estant la porte de mon logis desjà fermée, jetter par dessus icelle, dedans ma court, le dict pacquet avec une envelope où y avoit bien peu de motz escriptz en anglois, desquelz je vous envoye la traduction, qui protestent que le dict pacquet n'a poinct esté ouvert, ce que je croy estre vray, lequel je vous envoye tout tel, parce que les lettres que la Royne d'Escoce vous escripvoit sont dedans.

L'aultre est qu'ayant la dicte Dame trois et quatre foys reffuzé de donner audience sur les affaires de la Royne d'Escoce à monsieur l'évesque de Roz, et mesmes ayant dellibéré de faire mettre le dict évesque en arrest, pour le souspeçon qu'elle a heu de luy, elle néantmoins luy a faict escripre par le secrétaire Cecille bien fort gracieusement, qu'elle sera preste de l'ouyr, quant il luy plairra d'y aller, lequel s'y est tout aussi tost acheminé; dont peult estre que la dicte Dame se soit résolue de prendre quelque bon expédiant sur la liberté et restitution de la dicte Dame, sa cousine, ce que nous ne lairrons réfroydir s'il s'y voyt tant soit peu de disposition. Bien pensé je que, parmy le marché, l'on vouldra principallement rompre le mariage d'elle et du duc de Norfolc.

Je croy que ces tumultes du North pourront randre la dicte Royne d'Angleterre plus trettable envers Voz Majestez Très Chrestiennes qu'elle n'a esté jusques icy, ez choses raysonnables qui luy seront requises en vostre nom; et qu'aussi y servira beaulcoup le bon rapport que toute la flotte des siens, qui est allée ceste année pour le vin à Bourdeaulx, a faict du bon trettement qu'elle y a receu, et de la grande faveur que voz gallères luy ont faicte; de quoy la dicte Dame demeure fort contante. Et semble aussi que, pour la difficulté de ne pouvoir ou ne vouloir tretter avec le duc d'Alve des différans qu'elle a avecques luy, elle cerche de se porter plus doulcement et respectueusement envers Voz Majestez, et certes je n'ay jamais guières cogneu de mauvaise intention en ce qui procédoit d'elle, mais je ne dy le semblable de ce qui procédoit de son conseil. Sur ce, je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté, etc.