Sur quoy, je ne fays doubte que les voyant à ceste heure entrez bien avant et avoir besoing de luy, qu'il ne les veuille attirer à ses intentions, et, entre aultres, à celle qu'il a grande du mariage de la Royne d'Escoce et de dom Joan, avec le tiltre de la succession de ce royaulme; à quoy le comte de Northomberlan s'est toutjours monstré fort enclin, et qu'il les veult aussi [engager] de ne poser les armes, ny faire aulcun accord, sans luy.
Et se voyt assés que ce réfroydissement n'est que artiffice par[ce que je] sçay que le dict duc a esté fort marry que le viscomte de Montegu [ne] soit passé devers luy, comme il l'avoit promiz, et comme l'am[bassadeur] luy avoit desjà baillé lettre pour ce faire, et a le dict duc mandé qu'il face grand instance au dict de Montegu, ou bien à quelque [aultre] seigneur de qualité de ce royaulme, de l'aller trouver.
Ce que le dict ambassadeur essaye de faire par toutes les persuasions qu'il peult; et cependant que luy et le marquis de Chetona n'ont peu obtenir passeport pour escripre en Flandres, ilz ont faict que le Sr. Barbarin, gentilhomme florentin, de la troupe du dict marquis, a feinct qu'il luy estoit nécessaire pour sa santé de retourner dellà la mer, dont, ayant pour une si raysonnable occasion obtenu son congé, sans toutesfoys pouvoir pourter aulcunes lettres, ilz luy ont secrectement baillé ces quatre motz d'escriptz «croyez entièrement le pourteur» signé des deux, en si peu de papier, qu'il l'a peu cacher en lieu secrect de sa personne; et sa créance a esté que n'y ayant espérance d'accord ez différandz des prinses, bien que le dict marquis se soit miz en debvoir de l'offrir à ceulx cy avec les plus gracieuses, voyre humbles, condicions qu'il a peu, mais se monstrans eulx opiniastres de n'y vouloir entendre, ilz prient le duc d'Alve de ne temporiser plus à leur faire le piz qu'il pourra comme à obstinez ennemis, et qu'il se haste d'entreprendre quelque chose contre eulx, pendant que ces troubles du North sont en vigueur, car ne recouvrera jamais une plus belle occasion; et que le dict marquis se trouve si offancé des indignitez qu'ilz luy ont faictes, qu'il n'a rien en plus grand desir que de s'en venger. Et, despuys le despartement du dict Barbarin, ung aultre gentilhomme anglois a esté dépesché devers le dict duc de la part du dict de Montegu, lequel, parce qu'il a heu à descendre en France, il m'a requiz ung passeport, et oultre celluy là j'entendz que ceulx du North luy ont dépesché le Sr. de Marconville, qui est le plus capable et suffizant homme qu'ilz ayent.
Certaine déclaration que ceulx du North ont faicte de l'intention de leur entreprinse.
Comme, par le très inique et sinistre raport d'aulcuns malicieux ennemys de la parolle de Dieu et du publicque estat de ce royaulme, ayt esté publié et miz en avant que l'assemblée des nobles hommes, les comtes de Northomberland et de Vuesmerland, et de plusieurs aultres principaulx personnaiges qui suyvent leur party, ayt esté et soit contre la couronne et au préjudice de cest estat, il a semblé bon aus dictz deux comtes, et à ceulx de leur conseil, de signiffier à toutz les bons subjectz de la Majesté de la Royne quelle est en cest endroict leur vraye et saincte intention, et celle de leurs amys et alliés, comme s'ensuyt:
Parce que très saigement et loyaulment a esté naguières admis par le hault et puissant prince Thomas duc de Norfolc, Henry comte d'Arondel, Guillaume comte de Pembrok, et Nous, comtes de Northomberland et Vuesmerland, et plusieurs aultres de l'ancienne noblesse de ce royaulme, avec grand consentement de toutz les gens de bien, qui favorisent la parolle de Dieu et ayment l'honneur de cest estat, qu'il estoit nécessaire, pour obvier à effuzion de sang et à la ruyne de ce commun pays, et aussi pour refformer les désordonnées personnes qui, par abuz et par la malicieuse praticque d'aulcuns aultres, à eulx semblables, ont esté ellevez, de faire entendre à ung chacun quelle est la légitime succession de ceste couronne, et à qui, par légitime droict, cy après elle doibt apartenir, affin de ne la laysser aller à la dangereuse et incertaine descision que, pour rayson de divers tiltres, plusieurs, qui y prétendent intérest, la pourroient faire venir;
Laquelle saincte, bonne et honnorable intention de la dicte noblesse a esté, en plusieurs et diverses façons très mauvaises, préocupée envers la Majesté de ladicte Dame par les communs ennemys de son royaulme, et par iceulx mesmes, et leurs pernicieux et détestables conseilz et pratiques, qui nous sont assés cogneues et au reste de la noblesse, noz vies et noz libertez sont mises meintennant en grand dangier, et monopolles toutz les jours faictz pour apréhender noz personnes, conseils vrayement procédantz de la damnable et ambicieuse affection de ceulx qui, pour aulcune nostre soubzmission, ne peult estre aultrement modérée que par les armes;
A l'ocasion de quoy nous nous sommes assemblez d'une juste et loyalle intention envers la Majesté de la Royne et envers sa couronne, et la légitime succession d'icelle, pour leur résister force par force; et voyantz que nulle intercession ne nous peult valloir, nous nous sommes commiz à la grande bonté et clémence de Dieu et à l'assistance de toutz les vrays zélateurs de ce royaulme, résoluz en nous mesmes d'advanturer entièrement noz vies, terres et biens, en ceste très juste et saincte entreprinse; en quoy nous requérons affectueusement l'ayde et secours de toutz ceulx qui desirent le repoz de cest estat et celluy de l'ancienne noblesse qui y est.
Du mesmes jour.
AULTRE LETTRE AU ROY.