Mémoire au sr. de Vassal de ce qu'il dira de ma part, oultre le contenu de la dépesche, à Leurs Majestez;

Qu'on pourvoit icy ez ordonnances de la justice et des armes, et en tout aultre règlement du pays, que rien ne s'y face au désadvantaige de ceulx de la nouvelle religion, ains les ministres et évesques tiennent fermement la main, avec l'assistance d'aulcuns d'auprès de ceste Royne, que les déterminations du conseil aillent toutjour à leur proffict et faveur.

Dont, puys naguières, s'est ensuyvy le commandement qu'on a faict aulx officiers de ceste Royne et toutz aultres, qui sont à ses gaiges et à son priviliège, de se réconsilier aulx évesques, et de recognoistre et advouer la dicte Dame pour suprême chef de l'églize de ce royaulme, et luy en prester le sèrement;

Avec grand aguet que nul soit miz en charge, ny commis au gouvernement des provinces, portz et places, ny soit estably capitaine aulx levées, monstres et descriptions d'hommes et d'armes qui se font, qui ne soit de la dicte religion.

Vray est que faisant naguières telle différance de personnes, l'on a senty qu'il y avoit, dans l'opinion du monde, de la contradiction et anymosité grande, dont la susdicte ordonnance de recognoistre la dicte Dame pour suprême chef de l'esglize n'a passé en avant.

Et, encores despuys deux mois, ayant esté non seulement permiz mais expressément commandé par toutes les provinces, de se pourvoir d'armes, nomméement de haquebutes, et de s'exercer à icelles, l'on va, à ceste heure, ez lieux plus suspectz, par ce que les catholiques s'y pourvoyoient et s'exerçoient plus curieusement que les aultres, retirant peu à peu les dictes armes des mains du peuple, pour les mettre soubz la garde des officiers, qui sont toutz, comme dict est, de la nouvelle religion.

Ainsy se manifeste la division dans ce royaulme, laquelle se norryt et prend, chacun jour, acroissement par la menée de ceulx qui aspirent au gouvernement des affaires, et par ceulx qui prétendent à la succession de ceste coronne, lesquelz commancent desjà, tout à descouver, pratiquer leurs partizans; et pareillement pour la contradiction qui se veoyt à conseiller d'un costé, et dissuader de l'aultre, l'accord des différantz des Pays Bas; et surtout pour le manifeste support qu'aulcuns font aulx affaires de la Royne d'Escoce contre d'aultres, qui fermement s'y opposent;

Entreprenans, les ungs et les aultres, de tant plus ouvertement poursuyvre leurs menées, que chacun party a plusieurs argumens pour soubstenir et débattre ce que plus il prétend, et plusieurs sans dangier ozent bien se déclairer pour la cause qu'ilz estiment la meilleure.

Les seulz affaires qui concernent meintenent la France, qui sont deux principallement, demeurent sans deffaveur, parce qu'en l'ung, lequel est de la religion, l'on est contrainct de suyvre les décretz et ordonnances de certain parlement, cy devant tenu en ce royaulme contre la religion catholique, à laquelle encor que plusieurs en leur ceur portent toute faveur, ilz ne s'ozent néantmoins monstrer adversaires de la nouvelle.

Et au segond affaire, lequel est de Callais, toutz, d'ung mesme vouloir et d'une mesme opinion, concourent à ce qui met en avant pour le recouvrer, et semble que ceulx, qui ont maulvaise intention, bastissent sur ce dernier prétexte des entreprinses pour le premier, et font à cest effect dresser les apareilz que nous voyons, lesquelz sont en l'estat que j'ay cy devant escript.