Mesmes est l'on après à pourchasser que la Royne d'Angleterre et elle se voyent bien tost, par prétexte qu'elles pourront plus seurement et plus ayséement contracter, en présence l'une avecques l'aultre, du tiltre de ce royaulme, que ne feroient par procureurs; mais c'est pour plus ayséement conclurre le dict mariage, auquel semble à la vérité qu'ilz prétendent d'y procéder si soubdainement que puys après, si aulcuns princes ou parans ne le trouvoient bon, l'on leur puisse respondre qu'il est desjà faict.
XLIXe DÉPESCHE
—du Ier jour d'aoust 1569.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon.)
Voyage de la reine d'Angleterre.—Explications demandées par l'ambassadeur aux seigneurs du conseil, sur les actes d'hostilité contre la France, qui se multiplient tous les jours.—Désir qu'ils montrent de conserver la paix et de voir terminer promptement les guerres civiles de France par une pacification.—La reine confirme toutes les déclarations faites par son conseil.—L'ambassadeur pense néanmoins que les Anglais n'attendent pour se déclarer qu'une occasion favorable.—Espoir d'un prompt arrangement pour la restitution des prises.—Mouvements dans les duchés de Suffolk et Norfolk.—L'audience est refusée à l'ambassadeur d'Espagne, mais on ne doit concevoir pour cela aucune crainte de guerre entre les deux pays.—Nécessité de se tenir en France sur le pied de guerre à l'égard d'Élisabeth.—Vive recommandation de l'ambassadeur auprès de la reine-mère en faveur de Mr. Norrys et de sa femme.—Déclaration d'Élisabeth pour la restitution des prises.
Au Roy.
Sire, voyant faire icy, despuys quelques jours, plus grand dilligence que de coustume de mener bien vifvement les affaires à solliciter ceulx du conseil, à pratiquer gens, armer vaysseaulx, cercher deniers, dépescher messagiers en Allemaigne, envoyer souvent à la Rochelle, et plusieurs aultres démonstrations et préparatifz, qui me faisoient doubter d'une prochaine déclaration de guerre, j'ay bien vollu, avant que ceste Royne ayt commancé son progrez, et avant que aulcuns seigneurs de ce conseil, qui ne la vont accompaigner, mesmement de ceulx qui tiennent le party de la paix, se soyent esloignez en la contrée, les prier de venir prendre leur disner en mon logis, pour leur parler si vifvement de ces matières que les bons eussent occasion de les prandre à cueur pour y remédier, et les aultres cognussent qu'elles estoient desjà descouvertes.
Dont y estantz venuz messieurs le duc de Norfolc, les comtes d'Arondel et de Lestre, milor Chamberlan, le secrétaire Cecille et aultres seigneurs, après que je les ay heu honnorez, et trettez, et mercyés, je les ay priez de m'excuser si, pour l'occasion du soubdain voyage de la Royne, leur Mestresse, et de la prochaine absence d'aulcuns d'eulx, que je n'espérois de long temps trouver ensemble, je ne différois à plus loing qu'à ceste heure, en mon propre logis, de leur parler d'affaires; mais ce ne seroit pour les ennuyer, ains pour garder qu'il ne vînt ennuy à noz Maistre et Mestresse sur aulcunes choses, lesquelles on s'esforceroit de faire mal aller entre eulx et leurs deux royaulmes: que je les voulois bien asseurer, sur la parolle royalle de Vostre Majesté et sur celle de la Royne vostre mère, que, despuys la dernière conclusion de la paix, vous n'aviez faict, ny tretté, ny presté l'oreille à tretter aulcune chose de ce monde, qui fût contre le bien, la grandeur et l'estat de la dicte Dame, ny en quoy vous eussiez pensé l'offancer, ny luy faire desplaysir, ny pareillement à nul d'eulx; et qu'ayant espéré la mesme correspondance de leur costé, vous estiez merveilleusement esbahy de veoir que les effectz fussent meintennant au contraire.