CXIe DÉPESCHE

—du Ier jour de juing 1570.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Efforts de l'abbé de Dunfermline pour arrêter l'exécution du traité conclu.—Nouvelles d'Écosse.—Armemens faits en Angleterre.—Exécution des Northon à Londres.—Espoir que le duc de Norfolk sera bientôt rendu à la liberté.—Nouvelles de la Rochelle et des Pays-Bas.

Au Roy.

Sire, ceulx qui sont promptz de nuyre toutjour à la Royne d'Escoce, voyantz que la négociation que je faisois pour elle commançoyt de succéder, se sont esforcez d'introduyre l'abbé de Domfermelin pour m'y donner empeschement; lequel, n'ayant aporté qu'une simple lettre à la Royne d'Angleterre pour créance, ni pour toute aultre sienne instruction qu'ung seul blanc de ceulx qui l'ont envoyé, affin d'estre remply icy par l'adviz de deux de ce conseil, il a vifvement incisté à la dicte Dame, que, suyvant sa vertueuse dellibération et ses promesses, elle vollût recepvoir le jeune Roy d'Escoce en sa protection et le deffandre de la main meurtrière, qui naguières a faict mourir le père, et bientost après l'oncle; et que meintennant elle veuille, par son authorité ou par ses forces, fère aprouver les décrectz qui, durant le gouvernement du dict oncle, ont esté faictz, tant en faveur du dict jeune Roy que pour l'establissement de la nouvelle religion en son royaulme; et qu'à cest effect elle envoye réprimer les Amilthons, lesquels s'esforcent d'infirmer deux si bonnes causes, et sont proprement ceulx qui ont receu ses rebelles; et qu'au contraire elle haste son secours à ceulx qui soubstiennent l'une et l'aultre, qui n'ont onques consenty de les recepvoir; et que beaucoup d'honneur et de réputation à elle, grande seureté à son estat et couronne, perpétuel establissement en la religion par toute ceste isle, et ung très grand proffict et accommodement en toutz ses affères s'en ensuyvra, sans que, en l'exécution d'une si glorieuse et utille entreprinse, il s'y voye aulcun dangier, et bien fort peu de difficulté. Nonobstant lesquelz artiffices, la dicte Dame n'a layssé de fère confirmer, par le marquis de Norampton et par le comte de Lestre, à l'évesque de Roz, les mesmes choses qu'elle m'avoit accordées et qui estoient arrestées entre nous; dont sommes après à les effectuer. Et cependant est arrivée la responce de la Royne d'Escoce, sur les ouvertures que ceulx de ce conseil avoient naguières faictes au dict évesque, lequel a demandé là dessus audience de la dicte Royne d'Angleterre, qui ne la luy a reffuzée; et aussitost que j'auray entendu ce qu'y sera tretté, je ne fauldray d'en donner adviz à Vostre Majesté.

J'entendz que les Anglois, qu'on a envoyez au comte de Morthon, sont arrivez à Lislebourg sans aulcun rencontre et qu'ilz se tiennent là sans fère grandz actes d'hostillité, et que le chasteau de Lislebourg ne respond rien à la ville, seulement les lairs de Granges et Ledinthon se tiennent dedans avec quelques aultres Escouçoys, qu'ilz y ont miz de renfort; que le duc de Chastellerault est à Glasco, avec bonne troupe des siens, lequel soubstient fermement l'authorité de la Royne, sa Mestresse; et que les comtes d'Arguil et d'Honteley s'en sont retournez pour s'establyr de mesmes en leurs quartiers. Quant à l'aprest des six navyres de ceste Royne, il se continue, et de deux davantaige, qui sont huict en tout des plus grandz, pour les fère sortir en mer du premier jour avec deux mil hommes, si ne trouvons moyen de les arrester; mais j'y feray tout ce qu'il me sera possible.

Vendredy dernier estantz trois gentishommes de bonne qualité du North, qui s'apelloient les Northons, condampnez à mort comme coulpables de la dernière ellévation, ainsy qu'on les tiroit de la Tour pour les mener au suplice, le secrétaire Cecille survint en dilligence, qui fyt surceoyr l'exécution, et parla à eux, et estime l'on qu'il espéroit trouver en leur dernière déposition quelque vériffication contre la Royne d'Escoce, et contre le duc de Norfolc, mais ilz n'ont rien dict: et le lendemain les deux ont esté exécutez. Il semble qu'il se commance d'ouvrir des expédians pour la liberté du dict duc, auquel trois de ce conseil sont desjà ordonnez pour aller après demain parler à luy; et son filz aysné, le comte de Sureth, est arrivé despuys huict jours, qui est venu trouver le comte d'Arondel son grand père maternel. Quelcun a bien osé entreprendre d'aposer sur la porte de l'évesque de Londres une bulle du Pape[6] contre la Royne d'Angleterre, mais on l'a incontinent ostée, et faict on grand dilligence de descouvrir d'où elle est venue; mais pour donner entendre au peuple que c'est quelque aultre chose, l'on a imprimé un aultre placart.

L'on commance, despuys ma dernière audience, d'avoir quelque meilleure espérance de la conclusion de la paix de vostre royaulme qu'on ne faisoit; et aussi ung certain messagier, qui est naguière venu de la Rochelle, semble le confirmer, bien qu'on dict qu'il a esté long temps en mer. Je mettray peyne d'entendre ce qu'on publiera de la dépesche qu'il aporte, et d'une aultre qui est freschement arrivée du comte Pallatin, pour vous donner adviz de toutes deux par mes premières. Les depputez de ceste ville, qui sont revenuz de Flandres, ont esté desjà ouys de leur Royne, et puys en son conseil; ilz ont remonstré les difficultez qui s'offrent encores sur le faict de ces deniers et merchandises arrestées, et a esté remiz de leur fère responce d'icy à huict jours, à cause des affères d'Escoce; ce qui me faict juger que, sellon qu'ilz pourront accommoder les ungs, ilz vouldront reigler les aultres. Tant y a qu'ilz pensent que, pour le bon succez que le Roy d'Espaigne commance d'avoir contre les Mores, le duc d'Alve se rend meintennant plus difficile à cest accord. Sur ce, etc. Ce ıer jour de juing 1570.