Elle m'a réplicqué que cella seroit ung argument, ou que vous seriez malcontante, ou que ne vous souciez pas beaucoup qu'elle le fût, et qu'elle se trouvoit bien empeschée que vous debvoir mander sur ce que le Roy luy faysoit dire, si je ne luy disoys aussy quelque chose de vostre part; et m'a, de rechef, fort conjuré que je ne luy voulusse rien dissimuler de ce que m'en escripviez.

J'ay tiré lors vostre lettre de ma pochète, et, après avoyr pryé la dicte Dame, si, d'avanture, elle y trouvoit quelque marque de vostre courroux, qu'elle voulût considérer que c'estoit l'offance que milord de North vous avoit trop indiscrètement faicte, et celle que depuis, elle mesmes, pour y avoyr trop tost creu, y avoit adjouxtée, qui vous avoient touché le cueur de deux justes dolleurs, desquelles vous demandiez avec rayson d'estre maintenant satisfaicte; dont failloit qu'elle prînt de bonne part tout ce qu'elle y verroit. Et la luy ayant ainsy tout franchement présentée, elle l'a incontinent et bien fort curieusement toute leue jusques à la fin, ensemble l'addition qui estoit au bas. Puis m'a dict qu'elle n'y trouvoit rien qui ne fût en termes très honnorables, et desquels elle ne vouloit fallir de vous en rendre le plus exprès grand mercys qu'elle pouvoit, et qu'elle voyoit bien que la lettre du Roy et la vostre non seulement luy rendoient ung très certain tesmoignage de la grande sincérité de toutz deux vers elle, mais encores du grand soing que l'ung et l'aultre aviez qu'elle demeurât bien esclarcye de tout ce qui y pourroit fère survenir du doubte; et qu'elle ne se souvenoit pas bien si milord de North, en luy faysant le compte du feu Roy Henry, son père, luy avoit aussy parlé du feu grand Roy Françoys, mais que ce n'estoit pas aulmoins à elle, à qui il avoit mal interprété le faict des deux neynes, car ne luy eût layssé passer, ayant entendu qu'elles estoient fort jolyes et bien fort proprement habillées, et qu'elle eût desiré de les pouvoir voyr, et seroit chose qu'elle accepteroit, de bon cueur, s'il vous playsoit luy en fère présant d'une;

Et que, de l'article de Mr de Guyse elle avoit ouy dire jusques aujourdhuy que la coustume de France en estoit aultre, mais, comment que ce fût, si je n'avoys sur ce qu'elle m'avoit dict icy, ny son ambassadeur sur ce qu'elle luy avoit escript par dellà, bien représanté au Roy, et à Vostre Majesté, l'obligation qu'elle recognoissoit vous avoyr à toutz deux, pour la faveur et bon traictement qu'avez faict au dict de North, que de nouveau elle vous en remercyoit le plus grandement et du meilleur cueur qu'il luy estoit possible; et que, de toute la faulte qui pouvoit estre advenue, depuis son retour, elle s'en prendroit, ainsy qu'elle debvoit, entyèrement à luy; et que, pour vostre satisfaction, elle vous prioit, Madame, de demeurer très fermement persuadée qu'elle n'avoit entendu ny entendoit avoyr dict, sinon qu'elle ne pouvoit estimer que fussiez si mal honnorable princesse que d'avoyr voulu mal honnorablement parler d'ung si honnorable prince comme estoit le feu Roy, son père; et que c'estoit le moins qu'elle avoit peu ny deu dire, pour l'honneur de son dict père, à celle qu'elle honnoroit comme sa mère, et de laquelle elle desiroit estre plus singullièrement aymée et bien volue que de princesse de tout le monde.

Et m'ayant fort prié de mesnager ainsy ce propos qu'il n'en peût rester rien d'offance en vostre cueur, comme il n'en restoit ung seul brin dans le sien, et après m'avoyr encores quelque temps entretenu d'aulcunes aultres choses, dont le Sr de Vassal vous rendra compte, elle m'a fort gracieusement licencyé. Et semble bien, Madame, que la grande expression, dont elle m'a uzé sur la déclaration du propos qu'elle avoit tenu de Vostre Majesté, monstre assés qu'elle ne se veut aulcunement despartyr, si elle peut, de celle privée amityé et honneste entretien dont avez de loing uzé l'une avec l'aultre. Et sur ce, etc.

Ce XXVIIIe jour de febvrier 1575.

CCCCXXXVIIe DÉPESCHE

—du VIIe jour de mars 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Audience.—Excuse pour le retard apporté à la communication du mariage du roi.—Méfiance inspirée à Élisabeth par l'alliance du roi à la maison de Lorraine.—Desir qu'elle témoigne de recourir à des alliances hostiles à la France.—Remontrances de l'ambassadeur.—Assurance que le roi veut renouveler solennellement le traité de la ligue.—Plaintes à l'occasion de réjouissances faites à Londres par les réfugiés pour célébrer une victoire remportée par le maréchal de Danville.