Sire, la bonne et digne façon de laquelle Mr de La Chastre s'est conduict à fère la visite que luy avez commandé vers ceste princesse, et à luy présenter les lettres de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, (mesmement celles qui estoient escriptes de voz mains, lesquelles, avec l'acte d'acceptation de la ligue, qui a esté trouvé fort bien couché, ont esté de grand moment), et à luy bien explicquer les poinctz de sa créance, et singulièrement à luy ouvrir clèrement la droicte intention de Voz Très Chrestiennes Majestez, et aussy à luy admener de bien vifves raysons pour luy oster tout escrupulle qu'il y ayt aultre chose que toute sincérité, bien esloignée de faintise et de dissimulation, en l'amityé que luy promettez, ont faict que la confirmation de la dicte ligue, pour laquelle principallement l'aviez dépesché par deçà, a heureusement succédé, ainsy que luy mesmes vous en fera le récit, et vous en délivrera l'acte et les lettres, que la dicte Dame vous en escript. Qui me semble, Sire, que les choses en sont venues à si bons termes que de meilleurs ny de plus honnorables, pour ce regard, n'en pourroient estre desirez pour Vostre Majesté. Et j'en loue Dieu de bon cueur, car, avec l'utillité de vostre service, je puis, à ceste heure, plus confidemment supplyer très humblement Vostre Majesté de m'effectuer la promesse de mon congé, sans craindre que le changement d'ambassadeur puisse rien altérer en la négociation de deçà, et commander de rechef à Mr de Mauvissyère de se rendre, icy, le XVe de ce moys, ou au plus tard à la fin d'icelluy, sellon que, par la dépesche du XVIIe du passé, j'ay veu que desjà il en avoit receu vostre commandement. Sur ce, etc.

Ce VIIe jour d'apvril 1575.

CCCCXLIVe DÉPESCHE

—du XVe jour d'apvril 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mousnyer.)

Audience.—Remerciemens de l'ambassadeur pour l'honorable accueil fait à Mr de La Châtre et le renouvellement de la ligue.—Demande d'Élisabeth que le roi prête serment pour la confirmation du traité.—Déclaration des armemens faits à Saint-Malo contre ceux de la Rochelle.—Adhésion de la reine à ces armemens qu'elle juge nécessaires pour réprimer les excès des protestans.—Affaires d'Irlande.—Réclamation de l'ambassadeur au sujet de son traitement.

Au Roy.

Sire, je viens de dire à la Royne d'Angleterre que, quand il n'y eût eu aultre argument que celluy de l'obligation, que je luy avoys, de m'avoyr rendu si heureux qu'avant la fin de ma charge elle eût faict réuscyr très honnorable et pleyne de contantement la première légation que Vostre Majesté luy avoit envoyée, qu'encores n'avoys je, pour ce regard, voullu fallir de luy en venir très humblement bayser les mains, et la remercyer, d'abondant, de ce qu'elle avoit donné à Mr de La Chastre, et aulx gentilshommes françoys de sa compagnye, de quoy rapporter à Vostre Majesté que, en nulle aultre part du monde, ilz eussent peu estre mieulx veus ny plus caressez qu'ilz avoyent esté, icy, ny recepvoir tant d'honnestes gracieusetez qu'ilz avoient faict d'elle, comme d'une des plus vertueuses et courtoises princesses que le monde ayt, ny, possible, aura de longtemps; et que toutz ensemble avions loué Dieu du prompt et franc desir dont elle avoit très volontiers, et de bon cœur, accepté Vostre Majesté en la continuation de la ligue, que le feu Roy, vostre frère, avoit avec elle; et que le dict Sr de La Chastre la pryoit bien de croyre qu'il n'avoit layssé tomber ung seul mot de tant d'honnestes propos qu'elle nous avoit tenus de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et de toutz ceulx de vostre couronne, ny de toutes les responces qu'elle nous avoit faicte, ny des honnorables signiffications d'amityé qu'elle nous avoit monstré vous porter, ny encores des aultres tant habondantes et vrayement royalles faveurs que, pour l'honneur de vous, elle luy avoit faictes, et à luy et à sa compagnye, qu'il n'eût soigneusement recueilly le tout pour en pouvoir donner bon compte à Vostre Majesté; et qu'il desiroit que quelque chose de ce qu'il avoit de plus cher au monde, ou mesmes une partye de soy mesmes, se peût convertyr en mercyement qui se trouvât digne de l'obligation qu'elle avoit gaignée sur luy, et aulmoins luy layssoit il par deçà une très dévote affection de luy fère, après Vostre Majesté et ce qu'il debvoit à vostre couronne, plus de service qu'à nul prince ny princesse de la Chrestienté;

Et que les aultres gentilhommes françoys, en leur disant adieu, m'avoient prié, toutz d'une voix, que, en leur nom, je luy voulusse aussy bayser ses royalles mains; et qu'ilz réputeroyent à grand heur que, quelques jours, avec le bon congé de Vostre Majesté, ilz peussent estre employez en chose qui fût pour l'honneur et service d'elle; car ilz n'y espargneroyent ny leurs vies ny leurs personnes; et que, en expécial, Mr de Beauvoys luy rendoit très humbles grâces de ce qu'elle avoit deigné privément l'enquérir de plusieurs particullaritez de Vostre Majesté et fort famylièrement l'en entretenir; et que celle grande faveur, dont une si excellente princesse l'avoit voulu fère digne, luy avoit réaulcé le cueur, pour espérer d'estre quelque chose de meilleur à l'advenir qu'il ne s'estoit encores jamays ozé promettre; et qu'il avoit faict un registre, en soy mesmes, de toutes les vertueuses parolles et honnestes démonstrations de la dicte Dame, et singullièrement de celle très expresse commission qu'elle luy avoit donné pour ne faillir d'en entretenir, bien au long et à loysir, Vostre Majesté.

Lesquelz propos je vous promectz, Sire, que la dicte Dame a eu souveraynement agréables, et, nonobstant la dilligence d'aulcuns, qui s'estoient cependant efforcez d'attiédyr nostre précédante négociation, elle, d'une démonstration de playsir et de contantement, plus que ordinayre, m'a respondu que, quoyqu'on luy eût voulu dire, ny persuader de Vostre Majesté, elle avoit trouvé que, sur le voïage de Mr de La Chastre, aussy bien qu'en aultres choses, j'estoys plus véritable que ceulx qui en avoyent mal rapporté, et qu'elle ne se souvenoit d'estre jamays demeurée plus pleynement satisfaicte de nulle autre négociation qu'elle eût faict en sa vye, que de ceste cy; et que pourtant, si j'avoys jamays rien faict à sa pryère, que je voulusse, à ce coup, avec plus d'expression que jamays, infinyement remercyer Vostre Majesté de sa part, pour l'effect de ceste ambassade, laquelle vous luy aviez faicte fère en termes si honnorables qu'elle ne le sçauroit desirer davantage; et qui estoyent très signifficatifs de la droicte amityé que luy portés; et puis il sembloit que eussiez choysy l'ambassadeur, garny de toutes les qualitez dignes et propres pour l'honnorer beaucoup à elle et donner grand contantement à toutz les siens, et qu'elle avoit desjà envoyé à son ambassadeur par dellà ung pouvoir pour assister à vostre sèrement et requérir une plus ample confirmation; jouxte le XXXIXe article du traité, et la lettre de vostre main, affin de donner perfection à cest affère, duquel, si elle voyoit que les choses se continuassent sellon ce bon commancement, elle vous promettoit bien que vous auriez en elle une très loyalle et perpétuelle confédérée pour tout le temps de sa vye.