Audience.—Remerciement de l'ambassadeur pour l'élection du roi comme chevalier de la Jarretière.—Serment prêté par le roi sur la confirmation de la ligue.—Demande afin qu'Élisabeth remplisse les nouvelles formalités auxquelles le roi s'est soumis.—Son refus de prêter un nouveau serment motivé sur ce qu'elle a déjà juré le traité.—Renvoi au conseil de cette difficulté.—Déclaration de la reine que, par suite du retard mis à acquitter en France une créance due à un anglais, il lui a été donné autorisation de se payer par lui-même sur les biens des Français.—Vives réclamations de l'ambassadeur contre cette résolution.—Délibération du conseil.—Instance pour que la reine déclare formellement à son ambassadeur auprès du roi, qu'elle desire la pacification en France.

Au Roy.

Sire, la veille de la Pantecoste, j'ay esté à Grenvich, où, d'arryvée, la Royne d'Angleterre m'a reproché que je l'avoys quasy oublyée; et je luy ay dict que je ne vouloys nullement excuser ma faulte d'avoyr esté plus longtemps que je ne debvoys à l'aller trouver, et que je cognoissoys très bien que ce que, depuis deux moys en çà, elle avoit faict vers Vostre Majesté, aultant honnorablement qu'il se pouvoit dire ny desirer au monde, méritoit bien que je luy usasse de plus grand debvoir, mais que j'avoys différé de venir à elle pour attandre qu'il me vînt quelqu'une de voz dépesches, après le retour de Mr de La Chastre; et vous aviez si continuellement esté occupé à ouyr les depputez de voz subjectz, que ne m'en aviez peu fère pas une, jusques à celle de maintenant.

De laquelle, premier que de traicter rien de ce qu'elle contenoit, je la vouloys bien fort humblement remercyer du soing qu'elle avoit eu, au dernier chapitre de son ordre, de vous fère eslire ung des chevalyers de la Jarretyère; qui estoit une suyte de ses bonnes démonstrations vers vous, par lesquelles elle faisoyt foy, à toute la Chrestienté, qu'elle vouloit avoyr beaucoup d'amityé et de bonne intelligence avecques Vostre Majesté; et que les troys gentilshommes, qu'elle m'avoit envoyez pour me le signiffier, n'avoyent rien, obmis de ce qui pouvoit servir à l'ornement de ce propos, et de m'assurer qu'aussytost qu'elle pourroit sçavoyr que vous l'auriez agréable, qu'elle vous dépescheroit ung seigneur de qualité pour vous aller apporter le dict ordre, ce que je vous avoys tout aussytost mandé; qu'elle ne sçauroit avoyr faict eschoyr ceste élection sur prince de la Chrestienté qui mette plus de peyne, que vous ferez, d'honnorer son dict ordre, et de l'accepter de très bon cueur.

Elle m'a respondu que, voyrement, avoit elle voulu fère cecy pour ung acte patant à ung chascung de la confirmation d'amityé et de plus estroicte intelligence qu'elle avoit avec Vostre Majesté; et que, si elle eût eu quelque aultre chose de plus présant et de plus grand en sa puissance, elle eût mis peyne de vous en honnorer; et que elle espéroit qu'ainsy que les feus Roys, voz bisayeul, ayeul, père et frère, ne l'avoyent refuzé de la main des prédécesseurs Roys de ceste couronne, qu'aussy Vostre Majesté ne dédaigneroit de l'accepter maintenant de la sienne.

J'ay suivy à luy dire que vous me commandiez, par ceste vostre dernière dépesche, de luy bien tesmoigner l'ayse et grand plésir qu'aviez eu d'entendre, par Mr de La Chastre, qu'elle avoit bien et agréablement receu la première négociation que luy aviez envoyée, avec toutz les poinctz qu'elle contenoit, comme elle avoit grandement caressé et bien traicté vostre ambassadeur et toutz les gentilshommes françoys qui estoyent avecques luy; de quoy vous la vouliez, de tout vostre cueur, infinyement remercyer, ensemble de la bonne et prompte volonté dont elle vous avoit, sans excuse ny difficulté, ny sans remise aulcune, accepté en la ligue commancée avec le feu Roy, vostre frère, et de vous en avoyr expédyé ung acte en termes de grande amityé et qui vous attribuoyent beaucoup d'honneur et de louange; et aussy que, en beaucoup de sortes, et par plusieurs de ses propos, elle vous avoit clèrement signiffyé son intention et la bonne affection qu'elle vous portoit; mesmes, lorsque, voyant retirer ung dogue mort d'entre les pattes de l'ours, elle avoit souhayté qu'ainsy fussent toutz les ennemys de Vostre Majesté. Qui estoyent toutes démonstrations qui vous avoyent extrêmement contanté, et vous la vouliez bien pryer de croyre qu'elle les avoit colloquées en l'endroict du meilleur et plus certain de ses amys, et du plus recognoissant prince, d'entre toutz ceulx de son alliance; et que à nulle aultre promesse, que vous eussiez jamays faicte, vous n'aviez plus allègrement ny plus volontiers obligé vostre foy et sèrement, qu'à celle de son amityé et de la confédération que vous aviez avec elle; et que, tout ainsy que vous la luy aviez sollennellement jurée, qu'ainsy la luy garderiez vous très sainctement et de bonne foy; et n'y auroit occasion du monde, ny persuasion de personne vivante, qui vous en peût destourner. En confirmation de quoy, vous luy envoyez la lettre, de vostre main, qu'elle avoit demandée.

La dicte Dame, avec beaucoup de plésir, a soubdein prins, et leu, et releu, fort curieusement, la dicte lettre, ensemble la soubscription et la suscription d'icelle; et l'ayant trouvée entièrement sellon son desir, elle m'a dict qu'elle avoit à se louer beaucoup de Mr de La Chastre et de moy, des bons et honnorables raportz qu'elle cognoissoit bien que nous avions faict et escript d'elle, et mesmes de ne vous avoyr cellé la particullarité de l'ours, qui estoit ung compte qu'elle me vouloit confirmer, de rechef, qui n'avoit nullement esté feinct, ny prins d'aylleurs que de la vraye affection de son cueur; et qu'il vous avoit pleu, de vostre costé, si parfaictement accomplyr tout ce à quoy le traicté vous obligeoyt vers elle, qu'elle restoit, à ceste heure, très estroictement obligée vers vous; de quoy elle avoit plus de playsir que de nulle aultre bien qu'elle eût en ce monde, et mettroit peyne de le conserver soigneusement, tant qu'elle vivroit, et de vous donner occasion que n'en sentissiez moindre bien ny moins de contantement de vostre part.

J'ay continué de luy dire que, oultre les quatre choses que vous aviez très libérallement accomplies en cest endroict, s'il en restoit encores quelqu'une à fère, de vostre costé, pour la rendre davantage assurée de vous, que vous vous y offriez de bon cueur, et estiez prest de l'accomplyr; et que, de mesmes, vous la priez qu'elle ne se grevât de vous contanter de troys aultres choses qui estoyent bien raysonnables, et d'une mutuelle satisfaction entre vous: la première estoit de vous renouveller son sèrement; la segonde, de vous escripre ung mot de sa main, au mesmes sens que vous aviez escript à elle; et la troysiesme, de procéder à l'établissement du commerce entre voz deux royaulmes, sellon la teneur du traicté.

Elle m'a respondu qu'elle, de son costé, ne mettroit nulle difficulté en nulle de ces troys choses, mais on luy avoit remonstré, quand aulx deux premières, que vous aviez desjà, devers vous, le sèrement qu'elle avoit faict et la lettre qu'elle avoit escripte au feu Roy, vostre frère, qui l'obligeoient tout de mesmes à vous qu'elle s'estoit obligée à luy, et l'obligeroyent encores vers toutz les successeurs de vostre couronne qui voudroyent continuer en la ligue avec elle, et, par ainsy, qu'il n'estoit besoing de renouveller rien de cella; et quand au commerce, qu'elle vouloit, de bon cueur, que les choses s'effectuassent sellon le traicté.

J'ay réplicqué qu'encor qu'elle eût bien devers elle le sèrement et la lettre du feu Roy, vous ne luy aviez pourtant dényé vostre propre sèrement et vostre lettre, bien que le traicté ne vous obligeât qu'à luy signiffier simplement vostre intention; et, que pour ne donner lieu à nul escrupulles, je la supplyois qu'elle ne se voulût rendre difficile vers vous de ces deux choses, parce que l'une et l'aultre ne luy estoyent d'aulcun intérest à elle, et qu'après avoyr, Vostre Majesté, ouy là dessus son ambassadeur, vous n'aviez layssé de me mander de luy en continuer à elle mesmes vostre instance. Et n'ay rien obmis, Sire, de ce que j'ay estymé la pouvoir mouvoyr à n'y fère poinct de refus.