Sire, parce qu'il y a huict jours que je ne fay, d'heure à aultre, que regarder si Mr de Mauvissyère arryvera, pour le conduyre incontinent devers la Royne d'Angleterre, laquelle est encores bien loing en son progrès, je temporise d'aller parler à elle du contenu de la dépesche de Vostre Majesté, du XXIXe du passé, jusques à ce qu'il soit icy, affin de fère de tout ung; mais venant de sçavoyr par le Sr de Vassal, lequel ne faict que d'arryver, que le dict Sr de Mauvissyère est desjà en Angleterre, de quoy je loue Dieu de bon cueur, j'espère que, dans ung jour ou deux, nous yrons toutz deux trouver la dicte Dame.

Cependant je ne puis sinon bien fort approuver ce que la Royne, vostre mère, a prudemment advysé de rejetter les offres du cappitayne Bathe comme malhonnestes, et louer infinyement vostre vertu de les avoyr de mesmes mesprisées; car c'est sellon que voz promesses et l'obligation de vostre foy et de vostre sèrement le requièrent, et je mettray peyne de fère voyr à ceste princesse combien ces deux honnorables actes, que luy avez uzé touchant le sire James Fitz Maurice et cestui cy, méritent qu'elle s'acquite de mesmes honnorablement vers Vostre Majesté. Et vous diray, Sire, que j'ay opinyon qu'il y avoit de l'artiffice beaucoup ez offres du dict Bathe, et qu'il cherchoit comme il pourroit trouver le moyen de provoquer sa Mestresse contre vous, et non pas comme il pourroit nuyre à elle, sellon qu'il y en a assez, en ceste court, qui luy en pouvoient avoyr bayllé l'instruction; car, après s'estre eschappé des mains du grand commandeur de Castille, qui l'avoit détenu dix huict moys en prison, à cause qu'il le souspeçonnoit d'estre passé en Flandres pour tuer, de guet à pens, le comte de Vesmerland, aussytost qu'il a esté de retour par deçà, l'on l'a receu et favorizé en ceste court, et ceulx qui manyent les affères ont persuadé à ceste princesse de luy ordonner une pencion de deux centz escuz, l'an, pour toute sa vye, et il ne venoit que de recepvoyr ce bienfaict d'elle quand il est passé en France, avec ce, que je ne pense poinct qu'il ayt eu communicquation avec le comte de Quildar, car l'on l'observe de trop près, ny le dict comte ne se fût jamays commis à luy, car il n'est nullement léger. Mais, quand au cappitayne Morguen, de tant que son offre ne tend à rien qui soit contre sa Mestresse ny contre son pays, ains d'exécuter quelque entreprinse qu'il dict estre d'importance, et laquelle il estime pouvoir conduyre à bon effect pour le service de Vostre Majesté contre ceulx de la Rochelle et les eslevez de vostre royaulme, elle semble avoyr plus d'apparance que l'autre.

Néantmoins luy et les autres cappitaynes angloix, qui sont icy, sont à présent retenus pour la guerre d'Irlande, de peur que le dict sire James Fitz Maurice n'y repasse pour y brouyller les affères. Et puis il semble qu'encor que ceste princesse et les siens ne monstrent pas qu'ilz soyent beaucoup offancez de ce que les Escossoys ont faict en l'assemblée des gardiens de la frontyère du North, ilz en réservent néantmoins une vengeance dans le cueur contre eulx, et si, ont quelque opinyon qu'ilz ayent esté meus à uzer de ceste audace par quelque conseil de France; ce qui faict qu'ilz caressent davantage leurs cappitaynes et leurs soldatz, estimantz qu'ilz en auront bientost à fère. Et depuis troys jours, ilz ont faict sortir troys grands navyres de guerre, de ceulx que je vous ay mandé qu'on apprestoit, et ont envoyé revisiter les fortz qui sont le long de la coste d'Ouest, qui regarde la France, affin de les mettre promptement en deffance, et les garnyr d'artillerye et de monitions et de gens de guerre, ung peu mieulx que de l'ordinayre, sur quelque souspeçon qu'ilz ont que ce, que Vostre Majesté a commandé d'armer des vaysseaulx par dellà pour assurer la mer contre les pirates, ayt quelque aultre chose de caché là dessoubz; de quoy je les mettray bien hors de peyne sur l'assurance de l'amityé que leur avez jurée, si, d'avanture, ilz daignent m'en parler.

Mr de Walsingam me vient d'escripre, du XIIIe de ce moys, que je vueille refraischir à Vostre Majesté la plaincte des marchandz de Londres contre les habitans de St Malo, parce que la Royne, sa Mestresse, en est pressée; et que, quand à la plaincte du sire Lacheroy, de Roan, de laquelle Vostre Majesté m'a naguyères escript, il me mande que la dicte Dame a commandé à son ambassadeur par dellà d'y regarder, et d'en accommoder l'affère sellon que, par les preuves et vériffications du procez, il cognoistra qu'il se debvra fère.

Au surplus, Sire, je reste le plus confus gentilhomme de toutz ceulx qui sont à vostre service pour n'avoyr receu, par le Sr de Vassal, aulcune provision d'ung seul denier de Vostre Majesté, pour me désangager d'icy, qui suis en danger d'y souffrir une très grande honte au préjudice de la réputation de voz affères, par la rigueur que justement m'uzeront, à ceste heure, ceulx à qui je doibs; qui vous supplye très humblement, Sire, y vouloir pourvoyr, et avec ce qui en peut toucher à la dignité de vostre service, avoyr compassion de l'extrême nécessité de vostre serviteur.

Je feray bien tout ce qu'il me sera possible pour avoyr la permission d'aller visiter la Royne d'Escosse et Monsieur le Prince, son filz, de la part de Vostre Majesté, et vous y feray tout le service qu'il vous plaist me commander, sans y espargner ma santé ny mesmes ma vye, s'il est besoing; mais il n'est pas possible que, sans qu'il vous playse me fère envoyer de l'argent, je puisse frayer au voïage. Et sur ce, etc. Ce XXe jour d'aoust 1575.

CCCCLXVIIe DÉPESCHE

—du XXVIIe jour d'aoust 1575.—

(Envoyée exprès jusques à Callays par la voye du Sr Acerbo.)

Nouvelle répandue à Londres de l'entrée en France du prince de Condé avec une armée.—Secours d'argent donné aux protestans de France et d'Allemagne par les églises d'Angleterre.—Incursion des Anglais sur les frontières d'Écosse.—Craintes pour Marie Stuart.