Ceulx cy commencent de n'espérer plus, tant qu'ilz faysoient, l'accord d'entre le grand commandeur de Castille et le prince d'Orange; et si, se parle, entre eulx, que la venue du Prince de Condé est retardée, mais ilz ont bien quelque opinyon que le Roy, à son retour, voudra remettre la paix en son royaulme. Et n'est pas à croyre, Madame, en quelle admiration ung chacung, icy, a ce qu'on escript, d'Italye des grands appretz qui s'y font pour honnorer le passage du Roy, vostre filz, et que toutz les potentats du pays concourent à luy aller au devant. De quoy aulcuns sont aussy aises comme si c'estoit pour leur propre prince; et les aultres en restent touts estonnés: et milord de Windesor, qui est à Venise, en a mandé ung grand discours en ceste court. Dont je verray ce que ceste princesse m'en dira, quand je l'iray trouver, à la première occasion que Vostre Majesté m'en donra, après ceste vostre dépesche, que je viens de recepvoyr, du XXIIIe du passé, laquelle contient bien des matières d'importance, mais non propres pour aller tretter d'icelles seules avec la dicte Dame; et aussy que je me suis arresté icy pour les exèques, qu'on a faictes, le VIIe de ce moys, du feu Roy, vostre filz, assez magnificques; où milord trézorier est intervenu pour la Royne, sa Mestresse, avec plusieurs aultres milords; par où l'on a bien voulu fère voyr qu'on tenoit le deffunct pour ung grand amy et confédéré de ceste couronne, qui est une démonstration qui tend à vouloir persévérer vers le Roy, son frère, si, d'avanture, les choses sont gracieusement conduictes. Je m'y suis trouvé, à l'instance de la dicte Dame et à la leur, avec protestation que c'estoit seulement pour ne refuzer d'assister à l'acte de gratitude de ceste princesse vers le feu Roy, et pour ne la mettre en aulcun doubte que Voz Majestez Très Chrestiennes ne vueilliés persévérer tousjours fort constamment vers elle; mais ce a esté sans y fère ny dire chose qui n'ayt beaucoup plus monstré de n'approuver que de donner tant soit peu d'aprobation à leurs cérymonies. Et me suis excusé d'aller à l'offrande, bien qu'on m'y ayt semond, et qu'on m'ayt remonstré que c'estoit la coustume.

Il y a, icy, encores quelque petit nombre de cappitaines et soldatz françoys, de la nouvelle religyon, qui parlent entre eulx de la surprinse de quelque place en France; mais je n'en puis si tost descouvrir la particullarité. Et sur ce, etc. Ce VIIIe jour d'aoust 1574.

Les choses d'Espaigne se vont fort accommodant avec ceulx cy, et faict on tenir prest un gentilhomme, pour l'envoyer devers le Roy Catholicque, ainsy qu'on faict aussy apprester ung milord, pour le dépescher devers le Roy, vostre filz.

CCCXCIXe DÉPESCHE

—du XIIIe jour d'aoust 1574.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Mounyer.)

Irrésolution des Anglais.—Sollicitations des protestans de France pour obtenir des secours.—Instances de l'ambassadeur auprès des réfugiés afin de les engager à recourir au roi.—Nouvelles d'Écosse.—Négociation des Pays-Bas.

A la Royne, Régente

Madame, je n'ay pas esté avec milord trézorier durant les exèques, qu'il a célébrées, icy, au nom de la Royne, sa Mestresse, pour le feu Roy, vostre fils, sans le mettre en propos de confirmer, à ce nouveau règne, l'amityé qui a duré tout le règne passé, affin de sentir en quelle disposition sa dicte Mestresse et eulx de son conseil en estoient. Qui m'a respondu honnorablement plusieurs choses, les unes généralles, les aultres particullières, et les aultres indifférentes, lesquelles seroient bien longues à les mettre toutes, icy; mais, en substance, il a esté facille de recueillyr, de son dire, que la dicte Dame et eulx ont remis de prendre leur résolution, vers le Roy, jusques à ce qu'ilz voyent comme il se déportera à cestuy sien advènement à la couronne, et comme il commencera l'entrée de son règne; en quoy ne fault doubter qu'ilz ne remarquent, de près, tout ce qui s'y fera, et qu'ilz ne se forment une impression que la suyte en doibve estre semblable. Bien m'a il dict que ce qu'il estimoit, à présent, estre besoing de plus promptement pourvoyr, estoit celle plaincte de leurs marchandz et subjectz qu'ilz m'avoient renvoyée, à laquelle ils avoient à adjouxter plusieurs excès nouveaulx, qui estoient par trop insupportables, et sur lesquels la Royne, sa Mestresse, ne pouvoit plus dényer sa provision, si elle ne vouloit renoncer à sa couronne; et mesmement que ses subjectz la supplioient qu'aulmoins elle leur permît de se revencher sur les mesmes françoys qui les avoient oultragés et endommagez.