Et là dessus je luy ay discouru l'ordre, que vous y aviés desjà mis, pour les siens, en France, et qu'elle voulût ordonner le semblable pour les Françoys, en Angleterre; et que Vostre Majesté avoit donné une bien prompte provision, par lettres patantes, à ses dicts subjectz, et, encores, pour l'amour d'eux à d'aultres, estrangers, pour avoir l'entrée et l'yssue libres par dellà, aussytost que aviez entendu que Mr de La Meilleraye leur y avoit mis de l'empeschement.
Puis ay suivy à luy parler des ambassadeurs des princes protestantz, qui sont allez trouver le Roy, vostre filz, et des levées de reytres et de suysses, et aultres forces, que faysiés acheminer vers luy à Lyon, desquelles vous desiriés bien fort que la dicte Dame ne se voulût donner aulcune souspeçon; car estoient pour la servir, plus que pour luy nuyre; et que Voz Majestez prétendoient, par là, de fère la paix, avec authorité, ou bien terminer bientost la guerre, par la force; et qu'il ne tiendroit au Roy, vostre filz, ny à Vous, que la dicte paix ne s'en suivît, à condicions si bonnes et si seures, pour voz subjectz, que toutz les princes chrestiens les auroient à tenir pour manifestes rebelles, s'ilz ne s'en contantoient. Dont, en ce cas, vous la vouliés bien prier de se porter en bonne amye, et en confédérée bonne seur, vers le Roy, vostre filz, contre eulx.
La dicte Dame, devant toutes choses, ayant prins, sur le mercyement de l'exèque, et sur l'office de la condoléance, un argument de dire plusieurs choses à la louenge du feu Roy, et du tort qu'elle se feroit, si elle n'en honnoroit la mémoyre, m'a, au reste, respondu, qu'elle vous avoit amplement escript de sa main tout ce qu'elle avoit eu sur le cueur, touchant les particullaritez qu'elle avoit veues dans voz dernières lettres, et touchant aulcunes aultres; lesquelles elle vous prioit bien fort de les prendre, et de les fère prendre, de très bonne part, au Roy, vostre filz, sellon qu'elles procédoient d'une grande franchise, qu'elle desiroit estre uzée entre vous; et vous ouvrir clèrement son estomac, affin de nourrir une plus parfaicte et plus pure amityé, avec Voz Majestez, si, d'avanture, vous ne vouliés mespriser la sienne; et qu'il seroit en vostre main de pouvoir aussy seurement respondre au Roy, vostre filz, pour elle, comme il vous playsoit d'estre respondante à elle, pour luy; car, indubitablement, vous, et luy, jouyriés de ce qu'elle avoit de moyen et de pouvoir, et aultant qu'il y en avoit en sa couronne, pour voz commodictés, si luy donniés bien à cognoistre qu'elle se peût confier à Voz Majestez; et qu'elle ne se souvenoit plus de la petite querelle qu'elle avoit eue avec le Duc d'Anjou, et n'en vouloit avoir nulle avec le Roy de France, ains luy ayder, en ce qu'elle pourroit, à establir sa grandeur et accomoder ses affères;
Et, quant à parachever le propos de Monseigneur le Duc, qu'elle estimoit que c'estoit une chose du tout délayssée, laquelle auroit besoing d'ung esclarcissement de beaucoup de faictz d'autruy, là où il luy suffisoit assez qu'elle peût bien respondre des siens; qu'elle estoit infinyement marrye de la fascherye que l'italien Jacomo vous avoit donnée, lequel Vostre Majesté pouvoit fère bien chastier, si elle vouloit, car c'estoit sans qu'elle le sceût, et contre son vouloir, qu'il faysoit ces meschantes praticques; et qu'elle commançoit d'avoyr cest homme là pour suspect, et pour ung qui trahissoit son maistre; et, que je serois trop esbahy d'entendre ce qu'elle avoit commancé de descouvrir, depuis ma dernière audience, comme bon nombre de ducatz avoient couru, en ceste menée, pour vous mettre l'une et l'aultre en peyne, et en mauvais mesnage, toutes deux; que d'administrer justice, en France, à ses subjectz, c'estoit ce, de quoy elle vous vouloit infinyement requérir, parce que ses dicts subjectz commançoient desjà d'uzer de parolles arrogantes contre elle, et contre ceulx de son conseil, de ce qu'elle ne prenoit aultrement à cueur leurs injures, pour leur en faire avoyr leur réparation et revenche; et qu'indubitablement c'estoit la chose qui pouvoit plustost admener une ropture entre vous, s'il n'y estoit bien remédyé;
Qu'elle avoit grand playsir que les princes d'Allemaigne eussent desjà envoyé devers le Roy, vostre filz, ainsy qu'elle avoit aussy desjà faict élection d'ung de ses milords, pour le luy dépescher, incontinent qu'elle entendroit son arryvée à Lyon; et qu'il ne falloit doubter que toutz les Protestantz n'eussent assez suspect son passage, qu'il avoit faict par l'Italie; et que, s'ilz voyoient maintenant qu'il poursuivît ses subjects, qui sont de leur religyon, par les armes, qu'ilz ne jugeassent incontinent que les mesmes armes s'adresseroient à eulx, aussytost qu'il auroit faict en son royaulme; dont ilz pourvoyroient, de bonne heure, à leurs affères;
Et, si elle n'estoit pas trop ignorante des affères du monde, elle pronosticquoit une plus obstinée et plus dangereuse guerre en France, que n'avoient esté toutes les précédentes, si le Roy et Vous, Madame, n'embrassiés la paix; ce qui luy faysoit grandement louer la dellibération qu'aviés prinse, qu'il ne tiendroit ny à luy, ny à Vostre Majesté, qu'elle ne se fît; et que, pour ce regard, approuvoit elle bien fort les levées des estrangers et les forces du royaulme, que faysiés acheminer au devant de luy, à Lyon, affin qu'elles luy peussent servir de meilleur moyen et de plus d'authorité en cella; desquelles forces, pour ceste occasion, elle ne se donnoit poinct de peur, ny n'en prenoit aulcune souspeçon, jugeant qu'elles luy faysoient bien besoing pour luy, et qu'il avoit assés où les employer, en son propre estat, sans en aller troubler ses voysins; et qu'elle vous prioit toutz deux de croyre fermement que, si voz subjectz ne se vouloient contanter de la rayson, ny accepter les honnestes condicions qu'il vous plerroit leur donner, et qu'il apparût tant soit peu de rébellion en eulx, que non seulement elle leur dényeroit toute retraicte et assistance en son royaulme, mais qu'ilz n'auroient nulle plus mortelle ny plus irréconciliable ennemye qu'elle, en tout ce monde universel;
Et se sont faictes, Madame, plusieurs aultres honnestes déductions et plusieurs réplicques sur les susdicts propos, desquels, et de toutes ses démonstrations, et de plusieurs discours que j'ay eus avec ceulx de son conseil, je n'ay poinct comprins qu'elle et eulx ayent aultre intention que celle que je vous ay desjà mandée par mes précédentes, du XXIIIe du passé: c'est de persévérer en l'amytié du Roy, vostre filz, avec la considération toutesfoys et réserve de ce qu'elle vous a dernièrement escript, de sa main; qui espère encores que, sur cella mesmes, ce que je luy ay déduict de raysons luy tiendront modérée sa trop violente impression.
Après estre de retour de la dicte Dame, j'ay trouvé que Mr de Méru estoit arryvé en ceste ville, lequel m'a incontinent envoyé ung des siens pour me dire qu'il me viendroit fère entendre l'occasion qui le menoit par deçà, quand je serois de loysir; dont soubdain, je luy ay renvoyé troys ou quatre des miens, pour le conduyre en mon logis; mais cependant aulcuns l'ont eu diverty de n'y venir poinct.
Vray est qu'il m'est depuis venu trouver, aulx champs, où il m'a déclaré qu'il s'estoit retiré d'Allemaigne, pour éviter de ne donner aulcune souspeçon de luy à Voz Majestez, ayant receu une lettre de madame la connestable, laquelle il m'a monstrée, qui l'advertissoit de la détresse, où elle estoit, d'entendre le bruict, qui couroit de luy et de son frère, qu'ilz fussent pour dresser des praticques en Allemaigne, et pour mener des reytres en France; et qu'il advisât de s'oster de là: n'y ayant aultre chose, en substance, dans la dicte lettre, sinon qu'elle l'exortoit au reste de prier fort Nostre Seigneur et la Vierge Marie;
Et que, suyvant le conseil de la dicte Dame, il estoit passé en ce royaulme, comme en pays allié et confédéré du Roy, où il ne pouvoit fère de moins que de bayser la main de la Royne d'Angleterre, et la prier d'intercéder pour monsieur de Montmorency, son frère, à ce qu'il playse à Voz Majestez Très Chrestiennes le recognoistre pour vostre très fidelle et loyal subject et serviteur, et pareillement luy, qui ne s'est jamays entremis plus avant que de très humblement obéyr à tout ce que luy aviez commandé; et que si, à ce retour du Roy, Voz Majestez vouloient uzer de clémence et de douceur, vers le dict Sr de Montmorency, et vers Mr le maréchal de Cossé, qu'il s'yroit jetter à voz piedz; et sçavoit que touts les siens le feroient de mesmes, pour n'entendre jamays à rien aultre chose qu'à bien employer leurs vies pour vostre service.