(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)

Déclaration de Burleigh et de Leicester sur les intentions d'Élisabeth de renouer l'alliance avec la France, pourvu que le roi lui donne la ferme assurance qu'il veut maintenir le traité.—État des affaires en Écosse.—Eclaircissements sur des projets d'attentats dirigés contre la personne du roi.—Départ du vidame de Chartres pour l'Allemagne.

Au Roy.

Sire, pour davantage recognoistre si le fondz de l'intention de ceste princesse estoit semblable aulx bonnes responces qu'elle m'avoit dernièrement faictes, quand je luy présentay vostre lettre, j'ay mis peyne, sur l'occasion des aultres deux lettres, qu'avez escriptes à ses deux principaulx conseillers, de négocier et fère négocier bien estroictement, avec eulx, en termes si clers que je les ay contreinctz de parler clèrement.

Et, en substance, il s'est recueilly de leur dire qu'ilz estiment que leur Mestresse et eulx ont très juste occasion d'avoyr les dellibérations qui se font près de Vostre Majesté, et les entreprinses à quoy ilz voyent que Vostre Majesté se prépare, pour bien fort suspectes, tant pour la source d'où ilz disent que dérivent voz conseilz, qui est du Pape et du Roy d'Espaigne, et d'aulcuns des vostres desquelz ilz ont une merveilleuse deffiance, que pour les objectz qu'il leur semble bien qu'ilz vous pourront mouvoir d'entreprendre contre ce royaulme pour la cause de la religyon, et pour la détention, qu'on y faict, de la Royne d'Escosse; et que, là dessus, ilz ne me veulent nullement dissimuler qu'ilz ne veillent, et qu'ilz ne consultent, dilligemment et souvant, comme ilz pourront fère que ceulx de leur dicte religyon ne souffrent tant de détriment, ailleurs, que l'orage en puisse, puis après, venir fondre, icy, sur eulx; et comme ilz pourront pourvoyr que les grands dangers, qu'ilz ont tousjours jugé très imminentz à la Royne, leur Mestresse, et à son estat, si elle ne se tenoit bien assurée de la Royne d'Escosse, ne luy survenoient; et qu'en cella ilz ont réputé nécessayre, touchant le premier poinct, d'en entendre l'advis de ceulx qui sont en mesme cause, et en pareille condicion que eulx, et, par ainsy, d'en conférer avec les princes protestantz; et, quand au second, de adhérer à ceulx des Escossoys qui conviennent, mieulx que les aultres, avec le repos de l'Angleterre; et, pour toutz les deux poinctz ensemble, ilz ont estimé bon de renouveller les anciennes amityés, et en fère de nouvelles et regaigner les perdues, le plus tost et le mieulx qu'il leur seroit possible; mesmement qu'ilz estoient incertains à quoy inclineroit Vostre Majesté, à vouloir ou ne vouloir poinct l'intelligence de ce royaulme. Et néantmoins, encor que desjà il y eût de ces choses qui fussent beaucoup advancées ailleurs, il y en avoit aussy, et de plus importantes, qui restoient en suspens, pour attandre l'évidence de voz actions; et qu'ilz ne doubtoient nullement, si, après ceste bonne lettre qu'avez escripte à leur Mestresse, il vous plaisoit luy fère voyr une suyte de vostre bonne intention, et de voz bons effectz vers elle, qu'elle ne se disposât en si bonne sorte, vers voz affères, que vous la trouveriez, à toutes occasions, preste de les segonder, et de procurer l'establissement et le progrès de vostre grandeur; et que, sans difficulté, elle vous accorderoit la confirmation de la ligue, si la luy envoyés ainsi honnorablement demander, comme le traicté monstre qu'il touche à vous de le fère; mais qu'ilz me vouloient bien advertir qu'ilz ne la pouvoient conseiller de demeurer longuement sur l'incertain, parce que la sayson ne portoit qu'on se deût arrester à simples parolles: dont failloit que j'advisasse de haster, le plus que je pourrois, ce qui se debvoit establir entre vous.

Qui sont propos, Sire, fort conformes à ceulx que la dicte Dame m'a tenus, aulxquelz je n'ay deffailly de suffizante réplicque; car la matière et les bonnes raysons ont abondé de mon costé: et pense qu'elles ont esté de quelque moment, et mesmement à divertyr le voyage de Me Wilson en Flandres, aulmoins l'ont elles retardé. Mais, sur les dictz propos, j'ay à dire à Vostre Majesté que, au retour de milord de North, il se doibt fère, icy, une grande résolution des choses appartenantes à ceste présente guerre, qu'ilz appellent de la religyon, sellon que je sçay qu'on a prié des personnages allemantz, qui sont prestz de partir, qu'ilz vueillent attandre jusques allors. Dont semble qu'il est expédient, Sire, que la légation de Vostre Majesté vers ceste princesse suive bientost, et sans intervalle, celle qu'elle a faicte vers vous. Et de tant qu'elle et les siens sont merveilleusement tendus sur le faict de la Royne d'Escosse, et encor plus sur le faict des Escossoys, et qu'ilz veulent pourvoyr, par toutz les moyens qu'ilz pourront, que ny la personne d'elle, laquelle ilz ont en leurs mains, ny l'intelligence d'eux, qu'ilz pensent encores mieulx posséder, ne leur eschapent, sellon qu'à présant ilz ne vivent en peyne de nul aultre endroict, ayantz réduict l'Irlande, que de ce costé là; et qu'ilz prétendent d'avoyr, s'il leur est possible, ou le Prince ou quelque aultre grande chose en gage, pour garder que le pays ne se destourne de leur dicte intelligence; il sera bon, Sire, que pourvoyés, le plus tost que pourrés, que celle ancienne alliance, conjoincte avec authorité, que voz prédécesseurs y ont tousjours conservée, et qui est deue à vostre couronne, ne vous y soit en rien diminuée; et qu'à cest effect, en desmellant les aultres choses avec la Royne d'Angleterre, vous vous esclarcissiés encores avec elle de ceste cy.

J'ay bien escript, depuis naguyères, à aulcuns seigneurs du pays, mais, parce que ce a esté par voye secrette, je ne sçay quand j'auray responce d'eux. Et me vient on d'advertyr qu'il y a grande apparance que les armes y seront bientost reprinses, parce que quelque mylord y a esté tué, qu'on dict estre le comte d'Athol; et que c'est le comte de Morthon qui l'a faict fère; mais je n'ay encores bien la vériffication de cella. L'on m'a desjà promis le passeport, icy, pour envoyer voz lettres au jeune Prince d'Escosse et au dict de Morthon; mais je me trouve en celle mesmes difficulté, que j'ay cy devant mandée, que le dict de Morthon ne voudra recepvoir, ny mesmes souffrir, qu'aulcun entre au païs, qui ayt adressé au dict Prince, sinon comme à Roy, ny à luy, sinon comme à régent, et les lettres de Vostre Majesté n'ont pas celle intitulation.

Et, au regard de l'autre lettre, qu'avez escripte à la Royne d'Escosse, parce qu'on avoit desjà octroyé passeport au frère de son chancellier, présidant de Tours, pour luy aller porter quelques besoignes, lequel est encores icy, l'on a desiré que je fisse fère, par luy mesmes, le message. A quoy, pour n'augmenter les escrupulles de ceste princesse, lesquelz, par occasion nouvelle, qui a procédé de la duchesse de Suffolk, se sont, puis peu de jours, rengrégés, oultre la générallité de ceulx qu'elle a tousjours non petitz de Vostre Majesté, je m'y suis condescendu.

Et, quand à esclarcyr davantage Voz Majestez sur l'advertissement de prendre garde à voz personnes, j'ay singullièrement recherché de ceulx, d'où cella estoit venu, de m'en dire la particullarité. Et ilz m'ont séparément confirmé, qu'après qu'il se sceut, icy, que les empeschementz qu'on croyoit fermement qui deussent retarder vostre retour estoient ostez, qu'il y eut de ceulx qu'ilz appellent Puretains, qui tindrent des propos fort meschantz et malheureux, disantz qu'il n'importoit pas beaucoup que vous fussiez venu, car bientost l'on verroit ung semblable jugement sur vous, et sur la Royne, vostre mère, qu'on avoit veu sur le feu Roy, vostre frère; et qu'il ne falloit destendre le tabernacle qui avoit esté dressé pour ses obsèques, parce que l'on y auroit bientost à cellébrer les vostres, et aultres motz tendantz à mesmes effect; de façon que, s'estantz eulx donnés une grande peur du danger de Voz Majestez, ilz avoient bien volu fère en sorte que je vous advertisse d'y prendre bien garde, et que, quand ilz en entendroient davantage, et de plus expécial, qu'ilz me le feroient incontinent sçavoyr. A quoy pouvez croyre, Sire, que je n'auray l'œil et le cueur moins tendus, que si c'estoit pour ma vye et pour le mesmes salut de mon âme.

Mr le vidame de Chartres s'est enfin embarqué, le XXXe du passé, avec la pluspart de toutz ces françoys qui restoient icy, et est passé à Fleximgues devers le prince d'Orange. Il m'a promis qu'estant là, et lorsqu'il sera près du comte Palatin, où il prétend d'aller, il s'efforcera de vous fère cognoistre qu'il a toute dévotion à vostre service et à la paix de vostre royaulme; et que, de Hollande en hors, il dépeschera ung des siens devers Vostre Majesté. Néantmoins l'on m'a adverty qu'ainsy qu'il entroit dans son navyre, celluy Rua, que j'ay cy devant mandé, qui estoit allé en Allemaigne, est arryvé, et qu'il s'en est retourné avecques luy en Zélande; mais qu'il doibt bientost revenir, et qu'on a entendu qu'il a dict que les choses se portoient très bien, là où il avoit esté, ce qu'on juge estre qu'il y a des forces prestes en Allemaigne pour ceulx de leur religion. Sur ce, etc.