XC
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du VIIIe jour de juillet 1571.—
État de la négociation du mariage.—Assurance donnée par Walsingham que la reine d'Angleterre veut fermement épouser le duc d'Anjou.—Protestation de Catherine de Médicis qu'elle partage le même désir.—Recommandation faite à l'ambassadeur au sujet de cette négociation.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ceux qui ne désirent pas le mariage d'entre la Royne d'Angleterre et mon dict fils, le Duc d'Anjou, ont fait courir le bruict par deçà que ce que la dicte Royne faisoit en ce négoce, n'estoit pas de bonne volonté qu'elle y eût, mais seullement pour se servir du temps. Cela véritablement nous a fait penser à cest affaire, et aller plus rettenus, et a esté cause que mon dict fils, pour ceste occasion, n'en a pas voullu tesmoigner, comme aussi n'estoit il pas raisonnable, qu'il y eût si grande affection.
Dont le Sr de Walsingam, qui en a eu advis d'Angleterre, et des aultres bruits que ces gens là mesmes ont faict courir par toute la Chrestienté, pour tascher à rompre ce traicté de mariage, m'a faict dire que, tant s'en fault qu'il soit vray qu'icelle Royne y procède par dissimulation qu'au contraire elle y marche de très bon pied, et ses principaux ministres aussi: qui l'ont expressément escrit au dict Sr de Walsingam pour me le dire ou faire dire, comme il a fait par mon cousin le Sr de Foix; et qu'icelle Royne et tous les siens ne desireront jamais tant chose qu'ils font la conclusion d'icelluy mariage. Dont le Roy, Monsieur mon fils, et moy, et aussi mon dict fils, le Duc d'Anjou, sommes aises, espérant, puisqu'ainsi est, que, par le Sr de Larchant que nous attendons en bonne dévotion, vous nous envoyerés les responces des conditions que nous desirons, et les aultres choses que vous avés entendues par luy, si avancées qu'il s'en prendra bientost quelque bonne résolution, comme il est nécessaire et que nous desirons; ainsi que vous pourrés asseurer la dicte Royne et tous ceux de ses ministres qui conduisent cest affaire; et leur dire hardiment que nous y marchons aussi de fort bon pied, et qu'ils ne croyent rien de tous les bruits qui pourroient courir du contraire, qui ne sont que pour rompre cest affaire; lequel je vous recommande sellon la parfaicte confiance que nous avons en vous; à qui j'en ay voullu incontinant faire ceste lettre, ayant sceu que tous ces bruicts couroient, afin que, si l'on vous en parle de delà, vous asseuriés tousjours la dicte Royne et ses ministres de nostre sincère volonté et bonne affection. Et sur ce, etc.
Escript à Monceaux, le VIIIe jour de juillet 1571.
Par postille à la lettre précédente.
Ceste lettre vous servira d'advis pour en user discrètement, comme vous sçavés très bien faire; car si de delà, ils ne sçavoient encore tous ces faux bruits, vous vous conduirés en cela et leur parlerés ainsi que vous le jugerés à propos. Ce VIIIe jour de juillet 1571.