Et lors, le dict Sr de Foix luy proposera la difficulté, en laquelle Sa dicte Majesté se retrouve, spécialement pour l'article faisant mention de la religion; lequel est, par les dicts mémoires, tellement contrainct pour Mon dict Seigneur et pour les siens, que, s'il ne luy estoit beaucoup davantage augmenté, il n'en pourroit avoir satisfaction, et demeureroit en grand peyne de la liberté qu'il a tousjours desirée pour luy et les siens en l'exercisse de sa religion; estimants Leurs Majestez, et aussy Mon dict Seigneur, qu'icelle Royne considérant, comme ilz la prient bien fort de faire, que, pour l'intégrité de conscience où mon dict Seigneur veut tousjours demeurer, il ne luy seroit honnorable de se contraindre et les siens en sa religion, allant de delà en la bonne et syncère délibération, où il est, de servir d'affection à icelle Royne, à la continuation de l'union et concorde de ses subjects et païs, et ne leur donner nulle mauvaise occasion;
Et, pour ceste cause, il plaise à la dicte Dame Royne de regarder d'accorder le faict et exercisse d'icelle religion à Mon dict Seigneur et aux siens, à sa satisfaction, et en faire passer l'article, comme le reste de ce qui sera accordé du traité, par le Parlement et Estats du païs; car aultrement et à grande difficulté se pourroit il résoudre, aussy Leurs dictes Majestez ne luy conseilleroient et ne seroient d'advis, en quelque sorte que ce soit, de passer plus oultre en ceste négociation, considéré ce que sur ce poinct la dicte Dame Royne a dict au dict Sr de Larchant et despuis au dict Sr de La Mothe Fénélon: qui est qu'il y auroit pour Mon dict Seigneur un extresme danger, et qu'elle aymeroit mieux mourir que de le voir.
Voylà pourquoy chascun en demeure en peyne de deçà; car, encores que Mon dict Seigneur aille avec toute bonne affection, et n'y voullant apporter aulcune cause ou occasion de rumeur ni trouble, si, n'y seroit il nullement en seuretté de sa personne, comme icelle Dame Royne a tacitement déclaré.
Et advenant qu'il y ait difficulté sur le dict point de la religion et libre exercisse d'icelle, qu'il ne se puisse, ainsi que dict est, terminer et que l'on désire absolluement que Mon dict Seigneur soit par delà pour le luy accorder et les siens, le dict Sr de Foix ne passera point oultre à tout le reste des dicts aultres articles, mais se despartira prudemment de la dicte négociation,
Et asseurera la dicte Dame Royne que Leurs dictes Majestez et Mon dict Seigneur, cognoissant par ce qu'elle en a dict si franchement aux dicts Srs de Larchant et de La Mothe Fénélon, et puis par les honnestes depportementz que l'on a tousjours cogneu en elle et aux siens, procédants à cest affaire; qu'il ne sera jamais que le Roy ni la Royne, sa mère, n'en ayent telle souvenance qu'elle se peut asseurer d'eux d'une vraye et parfaicte amour qu'ilz lui portent, comme ils fairont tousjours paroistre par effaict d'aussy grande affection et bonne volonté qu'elle sçauroit desirer envers elle et les siens, toutes et quantes fois que l'occasion s'en présentera.
Davantage luy dira aussy que, quand à Mon dict Seigneur, il se sent particullièrement tant obligé à elle de l'honneur qu'elle luy faict, qu'il ne sera jour de sa vie qu'il n'en ait souvenance pour luy faire aussy, l'occasion se présentant, de toute affection servisse, et aux siens toutes les honnestetés et courtoisies qu'il pourra, regrettant grandement que les choses ne se peuvent mieux accorder pour l'affection et grand amour qu'il porte à icelle Dame Royne, dont mal aisément se pourra il jamais despartir, ce qu'il la supplie très humblement croire, et le tenir tousjours en sa bonne grâce, et pour le plus affectionné de ses serviteurs.
Fait à Fonteinebleau, le XXIXe jour de juillet 1571.
CHARLES, CATERINE. Au-dessous, HENRY.
Et plus bas, Pinart.
XVIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.