CATERINE. PINART.

CVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

des XXIIIe et XXVe jours de juing 1572.—

Affaires d'Écosse.—Négociation du mariage.—Départ des seigneurs anglais qui avaient été envoyés en France pour complimenter le roi.—Présens qui leur ont été faits.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ordre pour le faict du dict païs d'Escosse et ez mains de qui sera randu le chasteau de Humes, d'aultant que j'estime que ceux du chasteau de Lislebourg ne le pourroient pas garder, à present, en l'estat qu'ilz sont. De le mettre aussy ez mains de ceux de l'aultre parti, ce seroit desfavoriser les dictz de Lislebourg, et estre cause de les désespérer et qu'ilz s'endurciroient et irriteroient davantage les uns contre les aultres. D'aultre part, il fault aussy que la Royne d'Angleterre vuide ses mains selon nostre traicté. Voylà pourquoy il est très nécessaire de cercher promptement quelque bon expédient, pendant qu'estes de delà, pour appaiser les troubles d'Escosse et accorder les subjectz sur le faict de l'administration des affaires du dict païs. Et cepandant je croy qu'il ne sera que bon que le dict chasteau de Humes soit mis ez mains et en la charge de quelque escossois, riche, sage et très bien affectionné à la paix du dict pays, qui se choisira avec l'advis du sieur Du Croc; à qui il sera bon que en escriviés pour nous en mander son opinion.

Je luy en escris aussy un mot que je vous prie luy faire tenir avec voz lettres, quand luy escrirés; vous priant, au demeurant, de vous employer, avec toutes les dextérités et moyens que penserés que pourront servir, au mariage de la Royne d'Angleterre avec mon frère le Duc d'Alençon, affin que je puisse estre résollu du tout, avant que partiés pour venir de deçà; car il importe, pour mon servisse et pour le bien de mes affaires, qu'il y soit mis fin promptement sans en laisser tirer à la longue la négotiation, comme peut estre il adviendroit si vous n'y pourvoyés ainsi que je desire et veux que fassiés et qu'il vous sera aisé; car s'en retournans à présent d'ici ces seigneurs anglois si contentz qu'ilz sont, et monstrants de desirer bien fort que le mariage se fasse avec mon dict frère le Duc d'Alençon, qu'ilz ont pour ce fort agréable, je ne double pas qu'ils ne fassent, par lettre et en personne, quand ilz seront de retour de delà, à ceste occasion, tous bons offices envers leur dicte Maistresse et envers ses principaux ministres aussy.

Ils doibvent partir ce jourdhuy, et a esté donné ordre qu'ilz seront accompaignés et conduicts fort honnorablement et accommodés de tout ce qu'il leur faudra jusques à Bouloigne, estant aussy mon cousin le duc de Longueville et le sieur de Piennes bien advertis pour cest effaict, de sorte qu'il ne leur manquera rien; et m'asseure qu'ilz se loueront bien fort du bon traictement qu'ilz auront eu par deçà. J'ay faict présent au Sr comte de Lincoln d'un fort beau buffet d'environ de la valleur de douze mille livres, au dict Smith d'un aultre d'environ mille escus, et au dict Walsingam d'un aultre d'environ deux mille livres, oultre les présentz qu'ilz eurent dernièrement. Je fais donner aussy, mais c'est sans aulcune cérémonie, au Sr de Mildemor et vice admiral, à chascun une cheine de six cens escus; et si, fairay servir le nefveu du comte de Lestre de gentilhomme de ma chambre, et sera tousjours bien vollontiers veu, pendant qu'il sera icy, pour l'amour du dict sieur comte son oncle.

Estant ce que, pour ceste heure, je vous puis escrire si ce n'est pour vous dire qu'il sera besoin qu'advertissiés souvent les Srs Du Croc et Vérac de ce que vous fairés pour le costé d'Escosse, affin qu'ilz asseurent ceux de Lislebourg et ceux aussi de l'autre parti, et que chascun cognoisse pareillement que ce que je fais et desire en cella n'est que pour establir, s'il est possible, la paix et repos en Escosse; priant Dieu, etc.