Escript à Paris, le XXe jour de juillet 1572.

CHARLES. PINART.

CXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du IXe jour d'aoust 1572.—

Négociation du mariage.—Réponse d'Élisabeth sur la mission de MMrs de Montmorenci et de Foix.—Explications données par Walsingham.—Desir du roi que la négociation soit continuée, alors même qu'il resterait peu d'espoir de la voir réussir.—Recommandation pour que le traité concernant le commerce s'achève.—Instances de Marie Stuart afin qu'il soit permis à quelqu'un de sa maison en France de se rendre auprès d'elle.—Nouvelles assurances de la protection du roi en sa faveur.—Affaires d'Écosse.—Nouvelles de Flandre.—Intention du roi que l'ambassadeur pousse Élisabeth à déclarer la guerre au roi d'Espagne.—Prochain mariage du roi de Navarre avec Madame.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay eu fort agréable la façon de laquelle vous vous estes comporté despuis le partement du duc de Montmorency, mon beau frère, et du Sr de Foix, mon cousin, en la négociation du traicté du mariage de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, avec mon frère, le Duc d'Alençon, ayant eu grand plaisir de voir par voz lettres les honnestes et véritables persuasions que, sur cella, vous avés, comme je vous avois escript, faictes de ma part, et de la Royne, Madame et Mère, et aussy de mon dict frère d'Alençon, à la dicte Royne, ainsi que j'ay veu par vos dépesches des XXe, XXIIe et XXIXe du moys passé[123] que j'ay receues, les deux premières par l'ordinaire, et l'autre par Vassal, présent porteur; lequel, oultre ce que par voz dictes lettres nous escrivés bien particulièrement, a fait encore verballement entendre à la Royne, Madame et Mère, ce que luy aviés donné charge nous dire, et qu'il a apris en cest affaire, négociant avec le milord de Burgley, toutes les foys que l'avés envoyé vers luy pour cest effaict; ayant trouvé le tout fort conforme à ce que le Sr de Walsingam déclara, hier au matin, au dict duc de Montmorency, mon beau frère, luy baillant une honneste lettre de sa Maistresse, faisant mention de la responce que nous attendons d'elle sur le propos du dict mariage; dont aussy le dict ambassadeur en manda aultant au dict Sr de Foix par son secrettaire, leur monstrant les lettres que icelle Royne, encore qu'elle n'ait acoustumé d'escrire à ses ambassadeurs, luy en avoit néantmoins voullu escrire elle mesme sa délibération, à cause de l'importance de l'affaire; ayant le dict ambassadeur présentement, en l'audience que nous lui avons donnée, faict entendre à la Royne, Madame et Mère, vers laquelle il est allé premièrement, pour ce que je disnois, faire entendre la responce que nous faisoit sa Maistresse au dict propos de mariage; et nous l'a déclaré en mesmes termes qu'il avoit dict au dict duc de Montmorency et mandé au dict Sr de Foix, conformément à ce qui lui étoit prescript par la première lettre qu'il avoit receue de sa Maistresse; qui est du XXIIe de juillet, laquelle contient, comme il nous a dict, que:

«Pour la grande inesgalité de l'âge d'entre elle et mon dict frère d'Alençon, il n'estoit possible que les choses se peussent faire et réheussir comme elle eût bien desiré pour son contentement et le nostre; mais qu'elle nous prioit que, ne se pouvant faire, pour ceste légitime occasion, cella ne feust cause de diminuer aulcunement nostre amitié ni altérer nostre dernier traicté, et que, de sa part, elle y persévèreroit et continueroit de tout son pouvoir sans y rien espargner.»

Et, poursuivant son propos, nous a dit que, par l'aultre lettre que luy a escripte la dicte Royne, sa Maistresse, despuis l'audience qu'elle vous avoit donnée, en laquelle luy présentastes et fistes voir les lettres que, de si bonne affection, je luy avois escriptes de ma main, et aussy la Royne, Madame et Mère, et pareillement mon dict frère d'Alençon, de l'extrême desir qu'il avoit de luy faire servisse et méritter ses bonnes grâces, elle luy mandoit qu'elle eût bien desiré de voir mon dict frère d'Alençon, et que luy l'eût veue aussy; car, en telles choses, cella serviroit beaucoup.

Sur quoy, suivant la résolution que nous en avons à ce propos prise, à ce matin, avec aulcungs seigneurs de mon conseil, qui ont toujours eu communication de cest affaire, la Royne, Madame et Mère, qui luy a premièrement donné audience, a, sur ce, respondu au dict ambassadeur, comme aussy ay je despuis, que, si nous sçavions et que luy cogneût que la dicte entreveue servît à nous donner le contentement que nous avions espéré et que nous desirons encore en cest affaire, que nous voudrions très vollontiers que mon dict frère allât plus tot aujourdhui que demain en Angleterre; mais aussy que, si la dicte Royne avoit changé la vollonté qu'elle et ses ministres vous ont dicte, il y a assés longtemps, qu'elle avoit de se marier, ou qu'elle n'eût agréable mon dict frère, que véritablement, se faisant en vain la dicte entreveue, que cella seroit cause certainement que nous aurions lors beaucoup plus grande occasion de mécontentement que nous n'avons à présent de la responce qu'elle nous a faicte, et peut estre que cella seroit cause de diminuer bien fort et altérer, possible, entièrement nostre amitié, laquelle, au contraire, nous espérions, le dict mariage se faisant, estre à jamais parfaicte et indissoluble par le moyen d'icelluy, comme, de vray aussy, seroit elle, s'il se faisoit, et en recevrions, elle et nous, noz royaulmes et communs subjectz, un extrême bien; et considéré l'estat auquel elle se peut retrouver en ses affaires et entre ses subjectz, j'estime qu'elle en auroit encore plus de commodité et de bien que nous.