Remerciemens des soins donnés par l'ambassadeur à la négociation du mariage.—Attente du retour de Mr de La Mole.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je voy par voz dépesches comme vous estes sy affectionné, en l'affaire qui me concerne, que vous pouvés croire et estre asseuré que jamais je ne l'oublieray, vous priant continuer, affin que je puisse recevoir le bien et contantement que j'attandz de ceste négociation. Nous espérons que le Sr de la Molle sera bientost de retour, l'attandant en grande dévotion, pour l'extrême desir que j'ay qu'il nous raporte quelque bonne résolution sur l'occasion de son voyage, et que tant de peynes qu'en prennés succèdent bien pour me rendre fort contant; car il faut que je vous confesse, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'ayant ouy parler des vertus de la Royne d'Angleterre et des partyes qui sont en elle, que j'estime toutes perfections, je ne vois pas que je me puisse jamays despartir de l'affection que je luy porte, comme vous aura peu dire le Sr de La Molle; priant Dieu, etc.

De Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.

Vostre bien bon amy. FRANÇOYS.

CXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXIIe jour d'aoust 1572.—

Blessure faite à l'Amiral.—Assurance qu'il sera rendu justice.—Mesures prises pour l'observation de l'édit de pacification.—Les Guises signalés comme les auteurs de l'attentat.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que mon cousin, le Sr de Chastillon, Admiral de France, sortoit présentement du Louvre, pour aller disner en son logis, il luy a esté tiré, par la fenestre d'une maison, où loge le Sr de Villemeur, qui estoit précepteur de mon cousin, le duc de Guyse, un coup de harquebuse, duquel il a esté fort bien blessé à la main droicte et au bras gauche; dont je suis infinyement marry, ayant aussytost faict faire tout ce qui se peut pour prendre (comme j'espère qu'on faira) celluy qui a donné le coup, et sçavoir d'où cella procède, afin d'en faire faire promptement telle et si grande justice que ce soit exemple par tout mon royaume; ayant aussi escript, par toutz les endroicts de mon dict royaume, aux gouverneurs des provinces et des principalles villes combien je trouve mauvais ce malheureux acte, et la résolution où je suis d'en faire faire justice très exemplaire, deffandant très expressément que, soubz ce prétexte, ni aultre que ce soit, nul de mes subjectz s'en esmeuve; mais au contraire que chascun ayt à garder et observer inviolablement, plus que jamais, mon édict de paciffication.

Et pour ce que je ne doubte pas que incontinant les nouvelles n'en soient par delà, je vous ay bien vouleu avec ceste dépesche, qui estoit preste à partir, advertir, affin que vous faciez entendre de ma part à ma sœur, la Royne d'Angleterre, ce que je vous en escriptz, et la dellibération où je suis d'en faire faire si grande justice que chascun y prendra exemple en mon dict royaume, et de faire, au demeurant, garder entièrement et inviolablement mon dict édict de paciffication; priant Dieu, etc.