Le dict mèdecin aisséra sa pratique sur un paige; et, l'esté, il usera de ses remèdes en mon dict filz.

CATERINE. PINART.

CXXVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

des XIIe et XIIIe jours de septembre 1572.—

Détails de l'audience accordée par Catherine de Médicis à Walsingham.—Desir manifesté par la reine de voir continuer la négociation du mariage.—Crainte témoignée par Walsingham que les exécutions faites en France contre les protestans ne rendent désormais cette union impossible.—Protestation de Catherine que ces exécutions ne doivent en rien altérer l'amitié avec l'Angleterre.—Remontrances de Walsingham en faveur des protestans.—Assurance donnée par la reine que toute protection sera accordée à ceux qui ne conspireront pas;—Que la tranquillité est entièrement rétablie;—Et que la différence des religions n'a jamais été un obstacle aux mariages des princes.—Recommandation faite à l'ambassadeur de surveiller les intrigues des protestans de France en Angleterre, et de savoir quel a été le motif de la mission donnée au vice-amiral d'Angleterre pour la Rochelle.—Communication faite à Walsingham des papiers trouvés chez l'Amiral.—Nouvelle demande pour que Montgommery soit livré.—Autorisation qui lui serait accordée de vendre ses biens, s'il promettait de ne plus rentrer en France.

Monsieur de La Mothe Fénélon, à l'occasion du propos que le Sr de Walsingam, ambassadeur de ma sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, avoit teneu à Mauvissière, comme vous verrés par ma lettre d'hyer, j'ay présentement donné audiance au dict ambassadeur et luy ay faict entendre que le Roy, Monsieur mon filz, et mes filz les Ducs d'Anjou et d'Allençon, et moy desirons, autant que nous fismes jamais, et d'aussi grande affection qui se pourroit dire, le mariage de la dicte Royne, sa Mestresse, et de mon filz d'Alençon; que nous procédions en cella sincèrement et droictement, et que nous n'eussions pas accordé de faire l'entreveue, si nous n'y avions une parfaicte volonté; et que ce qui estoit advenu, de la mort de l'Admiral et des autres, ses adhérans, ne nous avoit rien faict changer en cella.

Sur quoy le dict ambassadeur, reprenant à peu près les mesmes propos qu'il me tint, avant hyer, comme vous verrés par nostre dépesche de ce jour là, il m'a dict, en protestant qu'il ne me parleroit point en ambassadeur, pour ce qu'il n'avoit point encores eu lettres de sa Mestresse, mais seulement de quelques particuliers d'Angleterre, depuis les nouvelles de la mort du dict Admiral; mais, comme de luy mesmes, et pour la bonne affection qu'il portoit à l'entretènement de l'amitié d'entre nous et sa dicte Mestresse, il me vouloit bien dire que sa Mestresse avoit faict ce dernier traicté avec nous, pour ce qu'elle voïoit que nous entretenions sincèrement l'édict de paciffication et permettions en ce royaulme l'exercice de la religion de sa dicte Maistresse et des princes protestans de la Germanye, et démonstrions porter si bonne volonté à ceux de nos subjects qui estoient de la dicte religyon; mais que, voïant ce qui estoit au contraire adveneu, il estimoit que sa Mestresse seroit en grand doubte, et que l'on penseroit que cecy eust esté exécuté sellon la dellibération du consile de Trente, et ce qui feut dict à Bayonne[132] pour l'extirpation des dicts de la religion.

Sur quoy, parlant franchement comme j'ay tousjours accoustumé, je luy ay déclaré que nous avions faict le dict traicté avec la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, pour la bonne affection que nous portions à elle et à sa couronne, et non avec aucun particulier de ses subjects; aussi que, de mesme, nous avions estimé que sa dicte Mestresse eust traicté avec nous et nostre couronne, qui est une chose stable et permanante, et non avec le dict Admiral ny autres noz subjects, et que la mort d'icelluy Admiral ne pouvoit rien altérer en nostre dict traicté; lequel nous voulions, de nostre part, entièrement garder, et parfaictement observer l'amytié d'entre nous et la dicte Royne, sa Mestresse, et toutz les dicts princes; et que, quand nous aurions faict mourir toutz ceux de nos subjectz que nous penserions qui nous voudroient mal faire et attanter à nostre personne et estat, que nul ne s'en debvoit altérer, ny pour cella s'en départir de nostre amytié, non plus que nous ne nous estions mis en peyne, quand la dicte Royne avoit faict exécutter ceux qui l'avoient voulleu troubler et attanter à elle, et que ne nous altérions jamais de voir qu'elle feist en son royaulme (comme il luy estoit permis faire) faire exécution, quand il y en auroit qui la voudroient troubler comme ceux cy nous avoient faict et voulloient encore faire; et, quand ce seroit contre touts les Catholiques, que nous ne nous en empescherions, ny altèrerions aucunement l'amitié d'entre elle et nous.