CHARLES. PINART.

CXXX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXIIe jour de septembre 1572.—

Satisfaction du roi au sujet de l'audience dans laquelle l'ambassadeur a rendu compte à Élisabeth de la Saint-Barthèlemy.—Protestation du roi qu'il veut rester en paix avec l'Angleterre, et continuer la négociation du mariage.—Explication sur la nécessité où s'est trouvé le roi de souffrir les massacres de la Saint-Barthèlemy.—Assurance que les Anglais trouveront toute protection en France pour leur commerce.—Affaires d'Écosse.—Négociation du mariage.—Nécessité d'empêcher la réconciliation d'Élisabeth avec le roi d'Espagne.—Audience accordée à Walsingham par le roi et la reine-mère.—Nouvelles explications des causes de la Saint-Barthèlemy.—Résolution du roi de faire punir les auteurs des massacres de Rouen.

Monsieur de La Mothe Fénélon, il n'eust esté possible de pouvoir mieux à mon gré, ny plus véritablement, parler à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et aux seigneurs de son conseil de ce qui est adveneu dernièrement, à cause de la damnable conspiration du feu Admiral et de ses adhérans, que vous avés faict, comme j'ay veu par vostre fort ample et dernière dépesche du XIIIIe de ce moys[135], espérant que, sellon ce que je vous ay depuis escrit, des premier, IIe, IIIe et VIIe de ce dict moys[136], vous aurés encore en audiance de ma dicte bonne sœur et cousine; et que, continuant, par elle, en la bonne disposition où vous l'aviés laissée, ainsy que j'ay veu par vostre dicte dernière dépesche, elle aura esté beaucoup confortée en la vérité des choses comme elles sont passées, tant par ce que la Royne, Madame ma mère, et moy en avions amplement dict et déclairé, ces jours icy, en deux audiances à son ambassadeur, qui n'aura pas failly de luy escrire, que encores par vous selon le contenu en nos dictes dépesches; et comme je ne desire rien tant en ce monde que continuer en la parfaicte et sincère amytié d'entre elle et moy et nos commungs subjects, comme j'espère, de sa part, qu'elle voudra bien faire; car aussy n'a elle aucune occasion de s'en désister pour infinyes raisons que vous aurés veues par nos dictes lettres, qui ont esté dictes par ma dicte Dame et Mère et moy au dict ambassadeur, desquelles je ne doubte pas qu'il n'aye bien amplement escript à sa Maistresse comme il a accoustumé et que c'est son debvoir. Mais, le voyant sy affectionné en sa religion, je craincts aussy un peu, à présent, plus que je ne soulois, qu'il y aura meslé de la passion extrême où nous l'avons trouvé au commancement des dictes deux audiences à cause de la mort de l'Admiral et des autres, avec lesquels, possible, il conféroit souvant, et qu'il aura peult estre changé la façon qu'il avoit accoustumé d'escrire à sa Maistresse pour entretenir et fortiffier nostre bonne amytié et conduire le faict du mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon. Toutesfoys j'estime qu'aïant bien considéré la vérité des choses, ainsy qu'elles luy ont esté sy sincèrement déclarées et représantées, qu'il retournera tousjours en cella à sa première bonne inclination; car aussy, ainsy qu'il nous a dict, son advis est que sa dicte Maistresse se doibt maintenant plustost lier et fortiffier d'amytié avec nous qu'auparavant que cecy advînt par les raisons emplement portées par nos dictes dernières dépesches, auxquelles je m'en remettray, en attendant que j'aye parlé au dict ambassadeur, qui nous feist hyer dire qu'il avoit eu lettres de sa dicte Mestresse, sur lesquelles il demanderoit bientost audience.

Ceste cy sera premièrement pour vous dire que vous asseurerés, de ma part, la dicte Royne que, quelque chose qu'elle vous ayt dict, il ne faut pas, s'il luy plaist, qu'elle croye que personne de ce monde ayt jamais tant de pouvoir envers moy que de me faire en rien diminuer et desmouvoir de la vraye amytié que je luy porte, et que je la prye d'estre tousjours aussy ferme envers moy et les miens que je veux estre et demeurer à jamais en son endroict; que, quand aux deux poinctz qu'elle vous a dict qu'elle desiroit, pour l'amitié qu'elle me porte, que je feisse: le premier, sur ce qu'elle desire que j'esclaircisse de mesmes elle, les princes et potentats de la Chrestienté, de ce faict, affin qu'ils demeurent bien édiffiés que ce n'a esté nullement de mon costé que la foy et promesse envers mes subjects de la dicte relligion a commancé à se rompre, mais que ce a esté de leur part; et que, pour l'autre poinct, je maintienne par effaict, à ceux de la dicte religion qui n'ont esté de la dicte conspiration, mon édict dernier de paciffication:

Sur quoy vous aurés à luy dire que, par cela, je cognois l'amitié qu'elle me porte, qu'aussy se peult elle réciprocquement asseurer de la mienne, et qu'aux choses que je verray qui luy importeront, je luy donneray, en semblable, le mesme advis et conseil en ma conscience que je voudrois prendre pour moy; qui ay, dès lors mesme que les choses adveinrent, faict entendre aux princes et potentats, mes amys, alliés et confédérés, à la vérité comme toutes choses sont passées en cecy, de sorte que j'estime que touts en demeurent bien édiffiés; ainsy que je m'asseure qu'elle faict de sa part.

Et quand à l'aultre poinct, concernant l'entretènement de mon dict dernier édict, voyant que beaucoup de mes subjects d'icelle religion, qui n'estoient de la dicte conspiration, se départoient d'eux mesmes fort volontairement de faire les presches et assemblées que je leur avois permises, pour ce qu'ils ont veu certainement que, soubz coulleur d'icelles, les mauvais d'entre eux y ont faict les menées et praticques de ceste malheureuse conspiration résolue, et sy preste d'exécuter que je n'ay eu loisir de les en faire punir par justice comme j'eusse bien voulleu, mais permettre de faire sur eux ce qu'ils vouloient faire sur moy, sy je ne les eusse prévenus, j'ay faict différer les dicts presches et assemblées jusques à ce que autrement en soit par moy ordonné, et que je verray comme toutes choses se passeront; laissant néantmoins chascun vivre en sa liberté, doucement en sa maison; qui est ce qui m'a semblé debvoir faire pour le meilleur ordre que j'eusse peu donner pour retenir et arrester le peuple catholique, tant animé contre les dicts de la religion prétandue refformée, de leur courre sus.

Et quand aux deux poincts dont ceux de son conseil vous ont aussy requis qu'ils feussent esclarcys: l'un, de la seureté que leurs marchands pourroient trouver à Bourdeaux, allans pour les vins; et l'autre, de ce qu'ils ont à penser de l'armée du Sr Strosse; vous les asseurerés, quand au premier, que, incontinant que je veis ces dernières esmotions, je feis publier par touts les ports et hâvres, et autres endroicts de mon royaulme, où besoing estoit, la déclaration et deffence que je vous envoye. Et encores que je suis très asseuré que nul marchant estranger ne sera travaillé ny empesché en mon dict royaulme, mais, suivant la dicte publiquation, reçu en toute seureté et liberté, toutesfoys j'ay encores envoyé réitérer les dictes deffenses et faict spécialle mention des marchands angloys qui viendront à ceste flotte pour les vins, tant à Bourdeaux que ailleurs, de sorte que vous pouvés hardiment asseurer les dicts seigneurs du conseil d'icelle Royne que ceux de leur nation peuvent aussy librement et seurement commercer en mon royaulme que mes propres subjects;