Monsieur de La Mothe Fénélon, vous ne sçauriés faire chose qui me soit plus agréable que de faire tousjours cognoistre à la Royne d'Angleterre l'entière amitié et sincère affection que je luy porte; car, comme elle est si parfaicte en son endroict qu'elle peut dire avoir maintenant beaucoup plus de puissance sur moy et en pouvoir mieux disposer que moy mesmes, qui me suis desdié à la servir et luy en obéir de tout mon cœur, aussy desirè je bien qu'elle en cognoisse et s'en persuade quelque chose. Et me sera tousjours grand contantement, bien qu'il soit mal aisé de luy fère par les parolles une assés vive expression et telle qu'elle soit pour correspondre à ma vraye affection de penser qu'elle en croye, pour le moingz, une partie, et demeure persuadée qu'il n'y aura jamais prince en la Chrestienté, qui soit plus à son commandement, et duquel elle puisse si librement disposer qu'elle faira tousjours de moy; qui prie Dieu, etc.
Escript à Paris, le VIIIe jour d'octobre 1572.
Vostre bon amy.
FRANÇOIS.
CXXXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
du XXIIIe jour d'octobre 1572.—
Conférence avec Walsingham.—Desir de Catherine de Médicis que l'entrevue ait lieu à Jersey; et que Leicester soit envoyé en France.—Son desir de savoir si Élisabeth consentirait à être marraine de l'enfant du roi.—Motifs qui doivent dispenser le roi de jurer de nouveau le traité d'alliance.—Assurance donnée aux marchands anglais qu'ils peuvent continuer à faire le commerce en France.
Monsieur de La Mothe, attandant que l'on vous face responce à trois ou quatre dépesches que nous avons receues de vous, et dont la dernière est du XVIIIe de ce moys[139], qui m'a esté apportée présentement, je vous ay bien vouleu advertir de la réception d'icelles, et comme l'ambassadeur d'Angleterre vint hier parler à moy sur trois poinctz, qui avoient esté par vous proposés à la Royne, sa Mestresse: