Au surplus, encore qu'il ait prins congé de moy, et que je luy aye faict faire le présent de mille escus, ainsi que je vous ay escript, je luy ay escript, et au docteur Dale son successeur, la lettre de laquelle je vous envoye le double, espérant qu'il sera icy demain, et que je parleray à luy de tout cessy, affin qu'il le puisse faire entendre, de ma part, à icelle Royne, sa Mestresse; dont cepandant je vous ay bien vouleu advertir par ce porteur exprès, affin que, s'il en escrivoit quelque chose par delà qu'il pensât que je le voulleusse rettenir, que vous, asseuriés bien qu'il est en toute liberté, et que, aussytost que j'auray parlé à luy de cest affaire, il pourra, quand il voudra, s'acheminer en Angleterre, sans qu'il luy soit faict aulcun tort ny desplaisir, ni donné davantage de retardement.

J'ay veu l'ordre qu'avés donné pour faire advertir mon frère, le Duc d'Anjou, des délibérations du comte de Montgomery; mais ce n'est pas assés que cella. Je desire et vous prie de n'espagner deux ni trois cens escus, pour envoyer gens aux ports et hâvres, où s'assemblent les vaisseaux qui doivent aller avec le dict Montgomery, et en y ayés plusieurs qui ne sçachent rien les uns des autres, comme je vous ay cy devant escript; affin que soyez mieux et plus seurement adverty et que me puissiés donner advis de tout. Il en faudra aussy envoyer au lieu où s'arment les dictz grands vaisseaux d'icelle Royne, et seroit bon que en eussiés pareillement du costé de Varwich pour voir quel équipage il s'y faict pour l'entreprise d'Escosse; où je desire bien que Vérac s'achemine pour le bien de mon servisse, ou, si la dicte Royne ne veut qu'il y aille, d'en estre résolleu pour y en envoyer quelque aultre. Et cependant je desirerois que y fissiés passer Sabran bien instruict de vous et du dict Vérac, affin qu'il y fist le mieux qu'il pourroit pour le bien de mon servisse, sellon les dépesches que nous vous avons cy devant faictes et la charge qu'avons donnée au dict Vérac; priant Dieu, etc.

Escript à Fontainebleau, le XXIIIe jour d'apvril 1573.

Il est très nécessaire que vous fassiés toute la plus grande dilligence que pourrés pour envoyer Vérac ou Sabran en Escosse, car il importe grandement, pour le bien de mon service, que je y aye quelqu'un, affin d'entrettenir tousjours ceux qui me sont bien affectionnés de la bonne vollonté qu'ilz ont aux affaires qui me concernent, et à tout ce qui dépend des traictés et alliances d'entre les Escossois mes prédécesseurs et moy.

CHARLES. PINART.

CXLVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XXVe jour de may 1573.—

Nouvelle de l'élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne.

Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons présentement eu advis que mon filz, le Duc d'Anjou, a esté esleu Roy de Poloigne, les Ve et VIe de ce moys, par la commune voix et vœux par escript de trois parts, dont les quatre font le tout, de tous les évesques, palatins et noblesse du dict royaulme, de sorte qu'il ne restoit plus que les vœux à publier, comme il se debvoit faire dedans trois jours après. Et, ainsi que l'on nous escript, il n'y a poinct de difficulté que la dicte élection ne soit publiée et résolue, dont je vous ay bien voullu advertir en dilligence, affin que, si cella peut servir, comme je ne doubte pas qu'il ne fasse, à l'affaire de mon fils le Duc, et pour nous faire avoir la bonne responce de la Royne d'Angleterre que nous espérons pour le faict du mariage, vous usiés de ces bonnes nouvelles envers la dicte Royne et ses principaux ministres, comme vous verrés qu'il sera à propos, pour leur représenter la grandeur et moyen qu'ont ceux de ceste maison de la maintenir et assister, vous estendant sur ce subject, comme je m'asseure que sçaurés très bien faire, ainsi que verrés qu'il sera à propos: et de tout je vous prie nous escripre le plus tôt que vous pourrés de bonnes nouvelles que nous attandons aussy de ce costé là en bonne dévotion; priant Dieu, etc.