Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu par ma dernière[155], comme ceste malheureuse entreprinse, semblable à celle que l'on voulloit dernièrement tanter à Saint Germain en Laye, avoit esté descouverte, qui feust cause que, m'ayant esté confirmée par plusieurs divers advis, je fis renforcer mes gardes et entrer dedans l'enclos de ce chasteau un corps de garde de Suisses. Il avoit dès lors esté prins quelques prisonniers, coupables de la dicte entreprinse, et despuis il en a esté encore prins d'aultres, entre lesquels sont La Molle et le comte Coconas, qui sont entre les mains des gens de ma cour de parlement, pour leur estre faict leur procès, s'estantz desjà, par les interrogations que l'on leur a peu faire, et leurs confessions vollontaires, vériffié comme ilz ont voulleu suborner mes frères, le Duc d'Alençon et Roy de Navarre, et les enlever hors d'auprès de moy pour leur faire entreprendre quelque chose au préjudice de mon authorité et du repos de mon estat; pour lequel effort ilz avoient disposé des chevaux en certains endroictz et prins un lieu où ilz se debvoient rendre; ayant bien à louer Dieu de ce que, par sa grâce, leur mauvais dessein n'a esté exécuté. Mes dicts deux frères, ayantz recogneu la maligne intention de ceux qui les ont voulleu ainsi malheureusement séduire, m'ont déclaré tout ce que dessus, espérant bien que, par la confession des procès qui seront faits à ceux qui se trouvent aujourdhuy prisonniers, il se pourra descouvrir quelque chose davantage de ce à quoy tendoit le but de ceste malheureuse entreprise; dont je ne manqueray de vous donner advis affin que vous en puissiés parler au lieu où vous estes.
Cependant je ne veux oublier à vous dire que mon cousin, le Prince de Condé, ayant eu quelque frayeur, pour luy avoir esté donné à entendre que je tenois prisonniers mes dictz frères, est sorty d'effroy de la ville d'Amiens, et s'est rettiré du costé des Ardennes, ainsy que je l'ay entendu. Mais j'espère que, comme son parlement a esté fondé sur un faux donné à entendre, quand il sçaura la vérité des choses, comme j'ay donné ordre de la luy faire sçavoir, il s'en retournera au dict Amiens pour continuer à pourvoir aux affaires de son gouvernement, selon la charge que je luy en ay donnée et que luy avois envoyée expressément.
Je viens d'avoir nouvelles de mon cousin, le duc Montpensier, comme il a, avec le Sr de La Vauguion, suivi de si près les troupes de La Noue, qui avoient envie de se joindre à Langoran, qu'il les a contrainct de prendre aultre chemin et de tirer du costé de la Rochelle, estant mon dict cousin en délibération de les combattre avec bonne intention de les deffaire, comme il est bien plus fort qu'elles ne sont. Quand au dict La Noue, estant malade d'une fiebvre double tierce, il s'estoit rettiré à la Rochelle, où je croy que mon cousin le sieur Strossy et le secrettaire Pinart, qui estoient après à le joindre, pourront négotier avec luy du faict de leur charge.
Du costé de la Normandie, j'ay eu aujourdhui advis que le Sr de Matignon a fait lever le siège devant Valongnes à Montgomery, qui s'est rettiré du costé de Vire, où il le poursuivoit pour le combattre avec une bonne troupe de forces, luy ayant desjà faict changer d'un logis ou deux.
J'espère quelque bon effaict de ces deux costés, n'ayant rien qui bouge, grâces à Dieu, ez aultres provinces par deçà, où les choses sont en fort paisible estat; priant Dieu, etc.
Escript au chasteau de Vincennes, le XVIIe jour d'apvril 1574.
Je ne veux oublier de vous dire que, despuis ces nouveaux accidentz survenus, je me suis résollu de mettre en wartguelt jusques à cinq mille chevaux reytres, et de demander une levée de six mille Suisses, pour estre fort et donner la loy à ceux de mes dicts subjectz qui me seront désobéissantz.
CHARLES. BRULART.
CLXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.