Escript au camp devant Saint Jean d'Angely, ce premier jour de novembre 1569.

CATERINE. FIZES.

XXXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XIXe jour de novembre 1569.—

Dispositions prises pour secourir Dumbarton.—Négociation du mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.—Désir du roi de conclure la paix.—Approbation des articles proposés pour régler le commerce avec l'Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu les lettres que m'avez escriptes, du XIIIe du passé[34], par le Sr Thomas Flemy; et, suivant le conteneu en icelles, et ce qu'il m'a faict entendre de la nécessité en laquelle estoit réduit le chasteau de Dombertrand, j'ay donné tel ordre et pourveu de façon à le faire secourir de ce que l'on m'a dict y estre nécessaire, que j'espère qu'il ne sera point pris et demeurera en l'obéyssance de la Royne d'Escosse, ma belle sœur; et despuys, par la voye de la poste, celles du XXIIIIe et par le Sr de Vassal, que vous avez dépesché devers moy, celles du XXVIIIe du dict moys[35], et entendu de luy bien particulièrement ce que luy aviez donné charge me dire de vostre part, et principallement sur les propos qui ont esté tenuz entre la Royne d'Angleterre et vous, à l'audiance du vingt ungniesme, sur le faict de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc, ayant trouvé très bon et fort à propos les responces et répliques que vous luy avez faictes, et mesmement sur la résolution que desiriez tirer d'elle, du secours et assistance qu'elle disoit entendre faire à la dicte Royne, ma belle sœur, pour la remètre en son estat.

Et surtout j'ay esté grandement satisfaict d'avoir entendu sy particulièrement, par vostre mémoire en chiffre[36], tant de l'estat de toutes les affaires de dellà que de celles de la Royne d'Escosse, et ce qui s'est passé pour le faict du mariage d'elle avec le duc de Norfolc, que pour le regard des discours qui ont esté tenuz entre l'évêque de Roz et le secrétaire Cecille touchant le mariage du dict duc avec la sœur de sa femme. Sur quoy il faudra, suivant ce que je vous ay mandé par ma dernière despesche, que vous favorisiez ce mariage et y teniez la main en tout ce que vous pourrez, selon ce que le dict évesque de Roz et vous adviserez ensemble; et de vostre part favoriser tousjours le party des Catholiques, et aussy, s'il est possible, de mettre dissention et discordes ez seigneurs de dellà, les uns contre les autres, affin de rompre et dyvertir les desseins de ceux qui, soubz main, vont aydant et favorisant mes subjectz rebelles, et par ce moyen leur oster l'occasion de les secourir en façon que ce soit, d'autant que cela estant bien conduict et manié, comme je m'asseure que vous sçaurez très bien faire, ne peut apporter que une grande commodité à mes affaires; et que le tout soit conduict sy dextrement et secrètement qu'il puisse réuscir selon mon intention et volonté, sans que l'on en cognoisse ny descouvre aucune chose.

Et quant aux propos que la dicte Royne d'Angleterre vous a tenuz: qu'elle desireroit que les troubles de mon royaume cessassent par ung bon accord, et qu'elle s'employeroit volontiers pour ayder à les pacifier, vous luy pourrez dire, de ma part, que je ne refuzeray point (comme je n'ay point faict jusques icy) de recevoir mes subjectz qui se vouldroient recognoistre et remectre en mon obéyssance, gardant mon autorité et ce qui m'appartient, comme estant Roy souverain et leur prince naturel: ayant trouvé bon ce que vous avez présenté à la dicte Dame pour le regard de la restriction du traffiq et commerce des Françoys de Flandres en Angleterre, et du dict pays en Flandres, ainsy que j'ay veu parla coppie du mémoire[37] que m'avez envoyé; ensemble de l'arrivée du Sr Chapin Vitel et du bon recueil qui luy a esté faict par icelle Dame. Sur quoy je vous prie de prendre bien et soigneusement garde, et m'avertir, le plus souvant que pourrez, de tout ce qui se passera par delà, ainsy que vous avez accoustumé de faire jusques icy, et comme j'ay donné charge au dict Vassal, présent porteur, que je vous renvoye, de vous dire de ma part avec d'autres particuliarités; qui me gardera, m'en remettant sur luy et sur la fiance que j'ay de l'affection que vous avez à mon service et au bien de mes affaires, que je ne vous fairay plus longue lettre, etc.

Escript au camp de Tonny Boutonne le XIXe jour de novembre 1569.