CATERINE. FIZES.
XXXV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(Lettre ostensible.)
du XIVe jour de janvier 1570.—
Espérance qu'Élisabeth, instruite par la révolte du nord, refusera de secourir les protestans de France.—Satisfaction du roi de ce que cette rébellion est apaisée.—Négociation de la paix en France.—Dispositions prises pour continuer la guerre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu trois despesches de vous, assez près l'une de l'autre, des XVIIe, XXIe et XXVIIe du passé[41], par toutes lesquelles, ensemble les mémoires que a apportés Vassal, j'ay esté bien aise d'entendre, si particullièrement que me le discourés, comme toutes choses se passent, jour par jour, au delà; les changements qui s'y présentent ordinairement, et mesme d'avoir veu, par celle du XVIIe que, sentant maintenant la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, par elle mesme, le mal qui provient d'une rébellion de subjects, elle vous ait tenu un si honneste langage qu'elle a fait, avec démonstration de ne voulloir favoriser, en sorte du monde, mes subjects rebelles. A quoy je m'asseure que vous incisterés tousjours le plus soigneusement que vous pourrés, ainsi que vous avés faict jusques ici très dignement par vos sages et prudentes remonstrances, mesmes en la dernière instance, que vous luy avés faicte, de ne souffrir qu'il ne soit baillé aucuns bleds, argent ou poudres à ceux de la Rochelle, qui ont esté, puis naguières, envoyés en Angleterre pour cest effaict; qui est bien le plus digne service que vous me sçauriés faire pour le grand besoin que j'entends qu'ils ont de toutes ces choses là.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, touchant les mouvements du North, vous entendrés, à l'arrivée du Sr de Montlouet, qui sera bientost par delà, les offices que j'entends que vous faictes pour ce regard envers ma dicte bonne sœur et aultres; à quoy je me remétray.
Et vous prierai au surplus que, comme vous m'avés adverti avec grand soin et dilligence de toutes choses qui se sont, jusques icy, présentées de par delà, vous m'en donniez ordinairement advis, ayant esté bien aise d'entendre ce que vous me mandés, par vostre dernière lettre du XXVIIe, de la rupture de ceux qui s'étoient eslevés contre ma dicte bonne sœur. Dont je n'ay jamais espéré aultre chose, estant un juste jugement de Dieu, qui ne veut point que les subjects d'un prince s'eslèvent en armes contre luy pour quelque occasion que ce soit; et desire que vous alliés trouver ma dicte bonne sœur pour vous en conjouir avec elle, de ma part, de cest heureux succès; duquel vous l'asseurerés que je reçois tout plaisir et contentement, ainsi qu'il est convenable à nostre commune amitié; laquelle me faira tousjours desirer de voir son royaulme paisible et pacifique, espérant que ces petits mouvements, survenus en son royaulme, l'induiront de plus en plus à faire tous bons offices en mon endroict pour le regard des troubles qui sont en mon royaulme, et à ne se laisser vaincre des persuasions de ceux qui la peuvent solliciter de favoriser mes rebelles, contre la foy et promesses qu'elle a faictes, en suivant les traités de paix.
Je suis, tous les jours, attandant l'arrivée des depputés qui doibvent venir de la Rochelle pour la pacification des présents troubles; et de ce qui en réhussira, vous en serés tousjours adverti des premiers, m'estant advisé de faire quelque bon séjour en ceste ville pour prendre résollution, tant sur ce faict que plusieurs aultres affaires. Cependant mon cousin, le prince Dauphin, avec les forces que je luy ay baillés, aprochera toujours de mes ennemis qui sont vers Montauban, pour n'oublier rien de ce qui sera à faire, durant que les choses seront en estat d'hostilité. Sur ce, etc.