LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(Lettre escrite de la main de Monsieur le Duc.)

du XIIe jour d'apvril 1570.—

Protestation faite par le duc d'Anjou qu'il n'a jamais déclaré avoir l'intention, aussitôt la paix conclue, de faire une entreprise en Angleterre pour délivrer Marie Stuart.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la despesche du Roy, Monseigneur et frère, responcive à celles que nous avons cy devant receu de vous, et mesme par le Sr de Vassal qui vous est présentement renvoyé, le voulloir et l'intention de Sa Majesté sur toutes vos dictes despesches, estant le tout si bien et amplement déduict qu'il ne me reste à vous dire davantage là dessus. Mais, pour le regard de ce que vous m'escrivés, en particullier, touchant quelques propos qui avoient esté tenus à la Royne d'Angleterre, et dont elle se sentoit piquée; disant que j'avois voullu persuader quelques gentilshommes, venus du camp de nos ennemis, à franchement recevoir les conditions de la paix que l'on leur offroit, et quitter toutes aultres passions pour se réunir ensemblement à une mesme bonne et entière vollonté, et que, après, je les mènerois à une très honnorable entreprise en Angleterre, pour y dellivrer une Royne que l'on y détenoit prisonnière; tellement qu'il sembloit par là que je luy voulleusse desjà dénoncer la guerre, dont elle ne pensoit m'avoir aulcunement donné l'occasion: sur quoy, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous luy avés fort bien et sagement respondu.

Et fault que je vous die qu'il estoit impossible de faire en cella meilleur office que celluy que vous avés faict, qui est la vraye et pure vérité, lorsque vous luy avez faict entendre qu'une telle vollonté ne m'estoit point tombée dans le cœur; et quand bien il en auroit heu quelque chose, ce que non, toutesfois tant s'en fault que je l'heusse dict à ceux que je tenois et tiens encore pour ennemis, durant le temps qu'ils porteront les armes contre moy, que seullement je ne l'heusse pas voulleu descouvrir à mes amis; vous priant d'assurer, de ma part, la Royne d'Angleterre que je trouve aultant estrange ceste nouvelle comme elle est éloignée de la vérité, n'y ayant jamais pensé en quelque sorte que ce soit. Mais ce sont quelques turbulents, esprits malicieux, qui s'exercent et passent le temps à forger telles malheureuses inventions; la priant bien fort de n'en voulloir croire aulcune chose, mais au contraire que j'ay toujours heu devant les yeux ceste bonne et ferme intention de voir ces deux royaumes, de France et d'Angleterre, continuer et persévérer en leur commune et mutuelle amitié; et à faire, de ma part, tous les meilleurs offices que je pourrois pour donner tesmoignage par effaict de ma dicte bonne vollonté, qui ne sera jamais aultre. Sur ce, etc.

Escript à Chasteaubriant, le XIIe jour d'apvril 1570.

Vostre bon ami, HENRY

XLVII