du IVe jour d'aoust 1570.—

Nouvelle que la paix peut être considérée comme définitivement conclue.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avés cy devant entendu comme, quelque temps après le retour des Srs de Biron et de Malassise de leur voyage vers les Princes, où je les avois envoyés de Chasteaubriant, les depputés des dictz Princes sont arrivés en ce lieu pour achever ceste négociation de paix, de si longtemps commancée. A quoy j'ay tant travaillié despuys mon arryvée en ce lieu, avec la bonne assistance de la Royne, Madame et Mère, et de mes frères, les Ducs d'Anjou et d'Alençon, pour le desir que j'ay heu de remettre mon royaulme en repos, et faire cesser les grands et exécrables maux que nourrit et entretient ceste guerre, que je tiens pour ce jourdhuy les choses terminées en une bonne pacification, selon les articles qui en ont desjà esté arrestés, que je vous envoyeray par cy après; qui n'a pas esté sans assés longues disputes. Néanmoings j'ay voullu préférer le repos général de mon peuple à toutes aultres considérations particullières, ayant bonne vollonté de suyvre tous les plus propres et convenables moyens qui se pourront tanter, pour establir si bien la paix par tout mon dict royaulme, qu'il ne puisse plus tomber ez inconvéniens, desquels il a esté enveloppé despuys trois années en çà. Qui sera chose, comme j'estime, fort agréable à toutes les nations estrangères, qui ayment la conservation de mon dict royaulme, et mesmes à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, à laquelle je vous prie faire part de ceste bonne nouvelle, pour estre celle qui, ainsi que je m'asseure, en recevra grande joye et plaisir; priant Dieu, etc.

Escript à St Germain en Laye, le IVe jour d'aoust 1570.

CHARLES. BRULART.

LIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

du XIe jour d'aoust 1570.—

Réponse aux nouvelles d'Angleterre.—Espoir que la pacification va rompre les projets hostiles des Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XXVe du passé[61], par laquelle vous m'avés bien au vray représenté l'estat auquel sont toutes choses par delà; mesmes l'espérance où est le duc de Norfolc de sa délivrance; les préparatifs d'armes que faict la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, tant par mer que par terre, soubz coulleur du soubçon qu'elle a prins de l'armement que faict faire le duc d'Alve, pour le passage de la Royne d'Espaigne; et aussy la grande intelligence qui s'est découverte parmi les Catholiques d'Angleterre, pour faire une nouvelle sublévation dedans le royaulme; ce que je pense estre plus pour ceste occasion que pour entreprinse qu'ils ayent sur mon royaulme. Dont, s'ils a voient heu quelque mauvaise vollonté, j'espère qu'elle leur sera diminuée par la pacification des troubles, que j'ay conclue avec les depputés des Princes, qui s'ont près de moy, estant le meilleur conseil que j'heusse peu prendre, puisque, par ce qui est contenu au mémoire et instruction particullière[62] que m'avés envoyé, il se cognoit clairement que ceux de delà regardent à accommoder leurs affaires avecque les Flamans, et à nourrir la guerre en mon dict royaulme, le plus qu'ils pourront, pour le rendre entièrement ruiné. Mais, quand ils entendront la nouvelle de la dicte pacification, je croy qu'ils se trouveront fort esloignés de leurs desseins, et que, si les seigneurs du conseil de par dellà vous ont cy devant faict quelque plus grande confirmation et démonstration de la bonne amitié que me porte la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'ilz en fairont encores, à ceste heure, davantage, estant bien de tel humeur de se gouverner en semblables choses, selon qu'ils voyent noz affaires estre en bon train.