LVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

des XXIIe et XXIIIe jours de septembre 1570.—

Départ de Walsingham.—Plainte que lui a faite le roi au sujet de l'entreprise récente du duc de Sussex en Écosse.—Déclaration du roi qu'il veut employer ses forces pour la délivrance de Marie Stuart, et pour la rétablir dans ses états.

Monsieur de La Mothe Fénélon, s'en retournant le sieur de Walsingam devers la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, je vous ay bien voullu advertir de la réception de vostre despesche du Ve de ce moys, mais parce qu'elle a esté suivie de deux aultres voz despesches[66], que j'ay ce jourdhuy receues, ensemblement, avant que la responce en feust résollue, je remettray à vous satisfaire aux trois ensemble par la première commodité, ayant faict responce et remercier par le dict sieur de Walsingam la dicte Royne de ce qu'elle m'a escript et faict dire par luy, de sa part, sur la pacification des troubles de mon royaulme, que, comme je luy ay faict entendre, je délibère faire bien exactement observer. Et en attandant que je vous fasse ample responce à toutes vos despesches, qui sera bientost, je prie Dieu, etc.

A Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay donné charge au Sr de Walsingam, comme il prenoit congé de moy pour s'en retourner devers la Royne d'Angleterre sa Maistresse, de luy dire, de ma part, que je m'estois tousjours asseuré que, suivant ce qu'elle m'avoit si expressément promis, qu'elle ne fairoit ni permettroit point qu'il se fist en Escosse aulcune chose au préjudice de la Royne d'Escosse, ma sœur; et qu'ayant entendu que le comte de Sussex estoit allé de ce costé là, avec des forces, ayant, comme j'ay sceu par les derniers advis que j'en ay heus, desjà commancé à faire beaucoup de mal et de brulleries en Escosse, je m'estonnois fort de cella, et le trouvois merveilheusement estrange, veu l'asseurance qu'elle m'avoit donnée que, jusques à ce qu'il se vît ce qui pourroit réhussir de l'apointement qui se traittoit, il ne seroit faict aulcune entreprinse de ce costé là: m'ayant sur cella son ambassadeur, qui est ici, et le Sr de Walsingam respondu que le dict comte de Sussex n'estoit point advoué de la dicte Royne, leur Maistresse. Toutesfois estimant qu'il n'entreprend pas telles choses de luy mesmes, je leur ay bien faict entendre que, s'il y avoit de mes subjects qui usassent de tels déportements à mes voysins, je y sçaurois fort bien pourvoir, et en fairois faire telle exécution et justice que ce seroit exemple; et que, pour ceste cause, je priois la dicte Royne, leur Maistresse, d'y pourvoir, et me faire cognoistre qu'elle a vollonté d'entretenir ce qu'elle m'a si expressément promis en cella, et aussy pour la prompte dellivrance et liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; et que, si cella se faisoit aultrement, et qu'elle ne satisfît à sa dicte promesse, j'avois grande occasion de m'en ressentir, comme je ne fauldrois pas de faire délibération de ne laisser aulcunement ma dicte sœur, mais au contraire de l'assister et ayder, non seullement pour sa personne, affin qu'elle puisse estre bientost mise en liberté, et aussy pour les affaires et conservation de son païs, et de n'espargner en cella les moyens que Dieu m'a donnés.

Dont j'ay bien voullu vous avertir, affin que, de vostre part, vous regardiés de le faire entendre doucement à la dicte Royne d'Angleterre, observant bien sa contenance et ce qui se pourra en cella juger et estimer d'elle, lorsque luy en parlerez. Dont m'escrirés le plus tôt que vous pourrés ce que sur cella elle vous respondra; et que vous faictes aussy entendre le tout à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse. Sur ce, etc.

De Paris, ce XXIIIe jour de septembre 1570.

CHARLES. PINART.