Attente de la réponse d'Élisabeth sur la déclaration du roi touchant l'Écosse.—Désignation de Cécil et de Me Mildmay pour discuter le traité concernant Marie Stuart.—Crainte que cette négociation ne reste sans résultat.—Recommandation faite à l'ambassadeur de surveiller les nouvelles d'Allemagne.—Détails sur le mariage du roi.—Satisfaction exprimée à l'ambassadeur à raison de ses services.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Vassal que je vous ay renvoyé ces jours icy, j'ay receu deux lettres de vous, l'une du XXIVe et l'aultre du XXIXe du moys passé[68]; et, avant que vous y faire responce, je vous diray que, à l'arrivée du dict Vassal par delà, vous aurés esté amplement satisfaict de tous les points portés par vos précédentes despesches, et si, aurés entendu de luy le desir que j'ay de sçavoir bien particullièrement la responce que vous aura faicte la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par le sieur de Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire modestement. Dont j'attands de vos nouvelles en grande dévotion combien que j'estime, suivant ce que m'escrivés par vostre dicte lettre du dernier du passé, que la dicte Royne monstrera tousjours avoir expressément deffendu le déportement du dict de Sussex, et que, pour négotier quelque bon traicté, elle a despéché son secrettaire Cecille avec Me Mildmay et le sieur de Ross pour y aller faire quelque bon appoinctement, mais je demeure en opinion que tout cella ne seront enfin que parolles. Toutesfois, il fault que vous y faites tout ce que vous pourrés pour y voir clair, et m'en donner continuellement advis, faisant à ma sœur, la Royne d'Escosse, et à ses affaires, toute l'assistance qu'il vous sera possible.
Cependant, pour responce à vos dictes deux dernières lettres, je vous diray que j'ay bien considéré ce que m'escrivés par celles du dict XXIVe du passé, de l'advis que l'on a par dellà du retardement qui pourra estre au passage de la Royne d'Espaigne, si elle suit ce que luy a esté, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ceste lettre, nous avons receu vostre despesche du Ve de ce moys[69], à laquelle vous verrés qu'il est aussy comme du tout satisfaict par ce que j'en ay escript cy dessus. Et tout ce que je y puis adjouster est que vous apreniés tout ce que vous pourrés du costé d'Allemaigne, et persévériés à nous en donner avis; voullant bien, au demeurant, vous dire, pour le regard de mon mariage, que l'archiduc d'Austriche doibt espouser Madame Elisabeth en mon nom: et s'en doibt faire la cérémonie à Espire par l'archevesque de Mayence; ayant envoyé le comte de Retz par delà pour porter les pouvoirs au dict archiduc et assister à la dicte cérémonie. Et, comme nous serons advertis quelle s'acheminera pour venir, mon frère, le Duc d'Anjou, et ma sœur de Lorraine s'avanceront jusques sur la frontière pour la recevoir avec tout l'honneur qu'il appartient, et dont il se pourra aviser, et de là la conduiront à Mésières, ou elle trouvera tous ceux de sa maison qu'elle y recevra; puis l'amèneront à Compiègne, où nous serons pour y consommer les nopces. Et, cella faict, nous la mèneront à St Denis en France pour le couronnement, puis après à Paris pour y faire entrée. Je sçay que vous serez bien ayse de ces agréables nouvelles, puisque vostre emploi vous prive d'y estre présent. Je vous assure que je ne me souviendrai pas moins de vous dans les occasions, voulant bien vous dire, en passant, que jamais ministre ne m'a servi plus fidèlement que vous et sans aucun reproche. J'espère que continurés de mesme, et je vous continuerai mes affections. A tant, je prierai Dieu, etc.
Escrit à Escouen, le XIIIe jour d'octobre 1570.
CHARLES. PINART.
LX
L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE AU ROY.
du XVIe jour d'octobre 1570.—
Communication faite au roi des noms des commissaires désignés par Élisabeth pour discuter le traité relatif à Marie Stuart.—Remontrance sur ce que Mr de Vérac serait entré avec des forces dans Dumbarton.—Et sur les secours qui seraient préparés en Bretagne pour l'Écosse.
Sire, suivant vostre desir, je vous envoye, par escript, la négotiation que la Royne, ma Maistresse, m'avoit commandé de vous faire entendre, suppliant très humblement Vostre Majesté de faire telle faveur de me donner responce à icelle, semblablement par escript.